témoignage

« J’ai découvert à ma grande surprise que l’on pouvait accoucher à domicile ! Quel soulagement !!! »

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Une nouvelle lettre de soutien en faveur de l’AAD :

Voici mon témoignage concernant le droit d’enfanter chez soi en toute sécurité.

Je suis auxiliaire de puériculture de métier.
De par ma formation, j’ai pu faire différents stages en milieu hospitalier, notamment en maternité.

Ce que j’y ai vu a suffi à me convaincre de ne pas accoucher à l’hôpital.

La naissance et la rencontre d’un nouveau né avec sa famille est quelque chose de très personnel, intime et qui devrait être respecté et mis sur un piédestal.
Or ce que j’ai pu voir en maternité est très loin de tout cela.
Commençons par l’accouchement en lui même. Les parents arrivent, inquiets, très peu informés sur la physiologie de l’accouchement à la maternité.
Sous prétexte que le corps médical sait, il faudrait que les parents acceptent tout, et ce sans broncher. Sans poser de question. Dès qu’ils commencent à en poser, ils sont catalogués comme les « chiants de service » par le personnel.
Paradoxalement en formation, alors que j’avais à montrer le bain à une maman, ma tutrice est allée jusqu’à me dire en amont « tu t’es fait avoir, cette maman est médecin » ce à quoi je n’ai pu que répondre « et alors? ».
Ce qui prouve bien que le fait de « savoir » quelque chose peut être tout aussi handicapant.
J’ai vu diverses pratiques également limites en ce qui concerne l’hygiène. Une seringue ayant servi à nourrir un nourrisson qui avait du mal à téter le sein de sa mère resservir une heure après sans même avoir été rincée. Et quand j’en ai parlé en privé à ma tutrice j’ai eu droit à « ben tu ne l’as pas rincée??? » j’étais stagiaire. Sensée apprendre mon métier et je mettais le nez de ces personnes dans leur caca…
Parlons encore du dossier médical qui soit disant est disponible et dont les explications du pédiatre sont sensées être transparentes… Ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Et parfois certains nourrissons passent des examens alors que leurs parents ne sont même pas au courant du pourquoi du comment (vu en néonat)

Bref. Pour moi, à moins d’une urgence, l’hôpital était le dernier endroit ou j’aurais voulu accoucher. Pas envie d’être jugée, infantilisée, numérotée, cataloguée et dérangée dans ce moment si intime.

J’ai cherché sur le net et j’ai découvert à ma grande surprise que l’on pouvait accoucher à domicile ! Quel soulagement !!!

Très vite, nous avons cherché et trouvé C. la sage femme qui aiderait à accoucher notre famille… Car c’est bien d’une famille que nous avons accouché ce jour là, mon compagnon, mon fils, mon beau-fils et moi même! Tout a changé à partir de cet instant.

C. nous a expliqué les conditions selon lesquelles elle accepterait de nous aider à accoucher à domicile : pas de grossesse gémellaire, pas de présentation praevia, des résultats d’examens nickel sinon rien. Elle nous a demandé d’être suivis dans un hôpital pour que, le cas échéant, s’il y avait le moindre doute, elle puisse nous transférer en urgence. Ainsi d’un point de vue sécurité, l’hôpital avait déjà mon dossier médical et pouvait donc intervenir sans être à l’aveuglette.
J’ai aussi eu le temps de me faire à l’idée que si il y avait une urgence, l’essentiel était de sauver ma vie et celle de notre fils, de fait il fallait faire le deuil de l’AAD dans ce cas.

Neuf mois de grossesse sans complication aucune (sans cela il était hors de question d’accoucher à domicile), et enfin, le 27 janvier 2012, à six heures du matin, sans crier gare, le travail commence. Et quel travail ! 6h plus tard entre rires et larmes, mon compagnon tenait pour la première fois notre fils dans ses bras et quelques secondes après je le tenais contre mon sein, tout chaud, tout luisant, magnifique, indescriptible.

Nous avons, les heures et les jours suivant, pu faire connaissance en toute tranquillité, sans « température! » ou « tension » ou « il n’a pas repris ses dix pour cent il ne peut pas sortir » ou encore la voisine de chambre qui papote, l’angoisse de le laisser seul pour me doucher…etc

Notre sage femme et sa collègue sont venues régulièrement pour vérifier que tout allait bien.
Et si l’allaitement de mon bout d’homme a été compliqué pendant quelques mois, je dois remercier ces femmes qui ont su m’encourager et me guider pour que je puisse trouver de l’aide et des solutions à nos soucis…
À la maternité, on m’aurait dit de lui donner un biberon… comme j’ai pu le voir tant de fois en deux mois de stage…

Et maintenant que j’ai vécu cela, alors que dans tant d’autres pays européens c’est devenu monnaie courante, que des études montrent même qu’il y a moins de complications (même si cela peut toujours arriver) , j’ai encore du mal à comprendre comment on peut en venir à vouloir interdire aux sage-femmes d’exercer leur métier en accouchant à domicile. J’ai autant de mal à comprendre pourquoi les assurances refusent de baisser leurs tarifs, puisque s’il y a le moindre doute, ces professionnelles transfèrent systématiquement leurs patients à l’hôpital. J’ai encore plus de mal à comprendre comment l’état qui se targue de vouloir faire diminuer le trou de la sécurité sociale en nous faisant payer certains actes ou médicaments dits « de confort » peut juste oublier que l’AAD lui ferait faire des économies car il revient moins cher.

Les parents ont le droit d’avoir le choix entre l’hôpital ou leur domicile quand cela est possible.

« La grande majorité des médias nous formatent à croire qu’il faut rentrer dans la norme imposée par le milieu médical »

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Il y a quelques semaines, une maman nous a soumis ce long témoignage.  Le récit de ses accouchements et de ses émotions, qui nous a emporté. Un magnifique partage que nous ne pouvons mieux présenter qu’elle ne l’a fait en nous l’envoyant : « Pas de message engagé pro-AAD dans ce témoignage, juste mon ressenti. Parce que c’est ce type de témoignages qui m’ont incitée à aller au bout de mon projet d’AAD ».

Nous la remercions encore une fois d’avoir bien voulu nous confier son histoire :

Un accouchement à domicile, une naissance en maternité.

J’ai eu besoin d’écrire la naissance de mon fils pour mettre des mots sur cette aventure unique. Ces mots retracent ce qui s’est passé mais surtout comment j’ai ressenti cet évènement. Ils ne sont pas le reflet objectif des faits mais, au contraire, la traduction des émotions que j’ai vécues. Bonheur, calme, peur, douleur, violence ou honte, ces émotions m’appartiennent et ne servent pas à juger.

Tout a commencé 2 ans plus tôt en Février 2009, lorsque ma fille naît. Naissance déclenchée parce que qu’elle était jugée trop grosse, déclenchement qui échoue parce que mon corps n’est pas prêt et a besoin de trop de temps, césarienne avant terme alors que je ne suis même pas en travail et que bébé va bien, juste parce que « ça a trop duré » et une hospitalisation qui dure parce que ma fille a perdu trop de poids. S’ensuivent 5 mois de dépression et un lien difficile à faire avec ma fille. Je m’accroche à l’allaitement parce que c’est la seule chose que je réussis et qui me permet d’échapper au jugement « elle mange trop / trop peu ». Pour m’en sortir, j’ai besoin de comprendre. Je lis, je comprends que la grande majorité des médias nous formatent à croire qu’il faut rentrer dans la norme imposée par le milieu médical (poids mini maxi pour la mère, le bébé, temps mini maxi pour la grossesse, le travail) et en maternité tout ce qui dépasse est raboté. Mais, dans ma famille, les bébés font 4kg et mettent 9 mois et demi à sortir : hors norme. Mon envie d’une fratrie de 2 se heurte à cette norme, je ne veux plus jamais être rabotée. Et je sais que la cicatrice qui me barre le ventre a encore rabaissé le seuil de tolérance des maternités. Bébé < 3,5kg et dépassement de terme < 5j sinon, je passe au bloc directement. Lire la suite »

« Droit de choisir »

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Voici un témoignage que nous avons reçu sur notre blog :

Droit de choisir.

Moi même je suis née à la maison dans les années 60. À mon tour, je voulais accoucher à la maison comme le font des femmes depuis l’aube de l’homme mais on m’avait dit que cela n’existait pas en France.
J’ai tenté un accouchement dans une maternité. Ce fut un échec. Le lendemain du 11 septembre 2001, mon bébé arraché de mon ventre ouvert, j’ai juré de rattraper ce rite de femme que j’avais raté la prochaine fois.
De nouveau enceinte en 2006, informée à fond, j’ai trouvé 2 sages femmes et une doula prêtes à m’accompagner dans mon projet d’AAD/AVAC.

J’avais loué une piscine gonflable et avais choisi la musique. La date terme est arrivée, sans que bébé n°2 ne se soit manifesté, prêt à descendre. Mes sages femmes m’ont donc laissé dans les mains d’un obstétricien dans une maternité pour la suite et pour la bonne cause.
Mon bébé, bien post-terme, n’arrivait pas à s’engager, comme le premier, mais cette fois-ci, il y avait d’autres complications aussi.
Pour moi, ce fut un échec personnel, intime, pour lequel il m’a fallu deux ans pour m’en remettre.

Ma seule consolation est d’avoir eu le choix.

Les sages femmes sont des professionnelles qui ne prennent pas de risques pour leurs clientes. Elles accompagnent les futures mères et si la situation présente un risque, les sages femmes s’assurent que la future maman sera prise en charge par une maternité adaptée.

Le choix d’accoucher à domicile doit être un droit, mais accompagné d’une sage femme. Un sage femme est qualifiée, et elle saura décider si oui ou non la maman et bébé encourent un risque en accouchant à domicile. Le choix doit appartenir à la femme, mais la femme doit être accompagnée, d’une sage femme, comme les femmes l’ont toujours été depuis l’aube de l’homme et non pas forcée d’accoucher dans les conditions qui ne sont pas pour elle, optimales.

Charlotte Yonge,
Présidente de l’association Allaitement pour Tous

« Il est nécessaire de rappeler chaque jour que nous sommes libres, libres de choisir ce qui nous correspond vraiment, libre de ne pas suivre un schéma préétabli, mais de construire nos vies à notre image »

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Dans notre diffusion des témoignages envoyés au CNOSF, nous avons oublié cette lettre. Une erreur que nous nous empressons de réparer !

Madame, 

Je suis une jeune maman de 28 ans, mère de deux enfants nés à domicile. J’ai eu cette chance immense, celle de pouvoir donner naissance à mes enfants de la façon qui me convenait. Mes deux accouchements ont été sereins et sûrs, parfaits tant techniquement qu’humainement.
Si j’ai pu bénéficier d’un tel privilège, c’est tout d’abord grâce au hasard, qui m’a fait connaître cette possibilité, mais aussi et surtout car j’ai la chance de vivre en Île de France, et d’avoir à moins de 100 km de chez moi plusieurs sages-femmes libérales pratiquant les accouchements à domicile, luxe dont peu de françaises peuvent se vanter. 
En effet, vous n’ignorez pas que l’impossibilité pour les sages-femmes « aad » de s’assurer, situation qui dure depuis plus de dix ans, limite très fortement leur nombre sur le territoire français, et laisse des départements voire des régions entières sans praticien, laissant par la même occasion aux femmes une alternative extrême : accoucher dans la seule maternité du secteur (qui pratique plusieurs milliers d’accouchements par an, de façon très protocolaire) dans le stress d’un mode d’accouchement qui ne leur correspond en rien, ou d’accoucher sans assistance médicale, ce qui n’est évidemment pas sans risques, dans un cas comme dans l’autre.
Récemment, deux sages femmes aad ont été radiées, limitant encore leur nombre. S’il ne m’appartient pas de juger leur cas, je suis choquée de constater que deux professionnelles encensées par de nombreux couples, et qui n’ont causé ni décès ni séquelles, qui n’ont même pas été attaquées par leurs patients, subissent une sanction si lourde, lorsque parallèlement on voit des médecins commettre des fautes bien plus graves et lourdes de conséquences sans autre sanction que des avertissements symboliques ou des radiations de courte durée. Où est la confraternité lorsqu’il s’agit des sages-femmes ? 

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« Me dire que mon accouchement dépendrait uniquement de la personne présente me dépassait »

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Un témoignage un peu particulier aujourd’hui puisque écrit en deux fois : la première partie – celle envoyée au CNOSF – a été rédigée durant la grossesse de son auteur. Depuis, elle a accouché et a repris sa plume pour nous dévoiler la rencontre avec sa petite fille.

 

Le 18 juin 2014,

J’ai 27 ans et suis déjà maman d’une petite fille qui approche les trois ans..j’approche à grand pas de mon second accouchement, puisque je suis à 34SA+5..le vécu de mon premier accouchement m’a confirmé dans mon choix d’un accouchement à domicile pour notre second enfant…

Je ne dirais pas que je garde un mauvais souvenir de cet accouchement au contraire…mais quelques regrets.

La grossesse s’était sur le plan physique plutôt bien passée…sur le plan psychologique cela avait été plus difficile ; cette première grossesse m’a mise malgré moi face à mon histoire et j’ai du composer avec … j’avais entendu parler de la possibilité d’accoucher à domicile lors de cette grossesse mais je me suis orientée vers un accouchement en milieu en hospitalier… parce que je ne connaissais pas encore ce qu’est un accouchement et que mon état émotionnel pendant la grossesse a fait que je me sentais plus rassurée dans ce choix… l’accouchement à domicile ne m’avait pas non plus paru envisageable d’un point de vue de la distance (aucune sage femme accompagnement des projets d’AAD à moins de 150km), et d’un point de vue financier également.

J’avais préparé un projet de naissance… et ai pris contact avec l’équipe de la maternité pour pouvoir en discuter. Le rendez vous s’est déroulé avec la sage femme qui fait les préparations à la naissance ; cette sage femme ne travaille pas en salle de naissance. On a lu point par point mon projet de naissance. Nous souhaitions une naissance la plus intime possible, sans intervention superflue (pendant le travail ou après la naissance)… Cette sage femme m’a clairement dit lorsque nous arrivions au passage où je demandais à pouvoir accoucher dans la position qui me conviendrait le mieux,  que mes demandes seraient respectées ou non en fonction de la personne qui serait présente. J’ai déchanté… je ne m’attendais pas a ce qu’on me réponde ça. J’aurais compris un refus qui relève d’une nécessité médicale, mais me dire que mon accouchement dépendrait uniquement de la personne présente me dépassait.

Le travail a commencé a 40SA, il était 23h. J’ai eu une contraction, puis une autre 20min après, puis toutes les 5minutes… Nous habitons à 30min de la maternité… j’ai pris un bain, le temps de nous préparer et de faire le trajet (épique, les contractions sur la route !) ; nous sommes arrivés à la maternité à 1h15 environ.

La sage femme présente m’a fait un monitoring, un toucher vaginal (j’étais à 4cm de dilatation) puis elle m’a dit que j’allais aller en salle de naissance… après avoir pris une douche bétadinée (??!!) mon mari n’a pas eu l’autorisation de m’accompagner et de m’aider à me doucher.. J’ai ensuite revêtu la superbe et confortable blouse ouverte derrière… et en route pour la salle de naissance. Je souhaitais éviter d’avoir recours à la péridurale, et j’ai refusé d’avance la perfusion d’ocytocine (posée systématiquement dans la maternité en question)… j’ai pu déambuler mais rapidement (les salles d’accouchement de la maternité ne se prêtant pas tellement aux positions diverses, elle font plutôt salle d’examen…), j’ai demandé la péridurale car je n’arrivais plus à gérer…

J’ai donc eu la péridurale autour de 2h30, j’étais à 7cm… la sage femme a demandé a mon mari de sortir le temps de la pose de la péridurale, elle est restée et m’a aidée à gérer au mieux la contraction sans trop bouger pendant que l’anesthésiste la posait (ça a pris un peu de temps)… le travail stagnait… au bout d’un moment la sage femme m’a proposé de rompre la poche des eaux, ce que j’ai accepté… tout s’est accéléré… j’ai accouché sur le dos les jambes remontées contre ma poitrine (pas possible de me mettre autrement car j’avais le monitoring, le « truc » sur le doigt, et une perfusion depuis la pose de la péridurale ) notre fille est née à 5h09 en deux poussées. J’avais précisé dans le projet de naissance que je ne voulais pas d’épisiotomie si elle pouvait être évitée. J’ai eu une toute petite déchirure, la sage femme m’a fait deux points de suture (je n’ai pas le souvenir qu’on m’ait demandé mon avis… et j’étais dans un état second, comme un moment de flottement sur la fin de l’accouchement)… On me l’a donnée puis une soignante l’a emmenée, aspirée (ingestion de liquide teinté), habillée, lui a mis du collyre, re-aspirée… et redonnée enfin… je regrette que toutes ces choses (hors aspiration si elle était nécessaire…) n’aient pas été différées comme je l’avais demandé… personne ne m’a demandé l’autorisation d’utiliser du collyre sur mon enfant à peine né…

Vient le moment de la délivrance… je souhaitais une délivrance spontanée… j’ai en mémoire le souvenir d’une douleur importante lorsque la sage femme s’est mise à appuyer sur mon ventre en tirant le cordon… en demandant mon dossier médical (pour en laisser un souvenir à notre fille) je découvre qu’on m’a injecté de l’ocytocine sans m’en demander l’autorisation pour accélérer la délivrance… nous sommes ensuite restés en salle de naissance, avant d’être conduits dans une chambre aux alentours de 7h30.

Suite à mon accouchement, pendant plusieurs mois les rapports sexuels avec mon mari ont été très douloureux, quasiment infaisables, l’entrée du vagin était très douloureux comme si le passage était refermé. Mon gynéco après m’avoir dit de me masser l’entrée du vagin, m’avoir prescrit des crèmes… m’a dit que les points avaient été trop serrés et qu’il devait donc rouvrir… ce qu’il a fait en ambulatoire 6 mois après l’accouchement. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que la déchirure était tellement petite qu’elle aurait mieux cicatrisé toute seule…

26 mois après la naissance de notre première fille, je suis de nouveau enceinte… l’allaitement de l’aînée m’a appris à m’affirmer face au jugement des autres… j’ai eu quelques déboires médicaux (tumorectomie en cours d’allaitement) qui m’ont mise face à des médecins qui pensaient savoir tout mieux que moi, et devoir choisir à ma place… j’ai appris à m’informer et à faire la part des choses entre la nécessité médicale, et la façon de travailler ou l’opinion d’un praticien donné.

La grossesse se déroule bien, je suis en forme… Je pense avec regrets à un accouchement à domicile… deux amies ont récemment accouché chez elles… je fais de nouveau un projet de naissance, prends rendez vous pour en parler… mon projet de naissance est plus ou moins identique au premier… avec quelques demandes en plus : ne pas être soumise au jeûne hydrique hors nécessité, sortie précoce, etc. La sage femme que je rencontre (sage femme qui fait uniquement des consultations de grossesse) me dit que, non, mes demandes ne sont pas extravagantes, mais que cela dépendra uniquement de la personne présente à mon accouchement… et là… une partie de moi refuse de se faire voler une partie de cet accouchement… j’en parle à mon mari, nous reparlons de l’accouchement à domicile… je m’informe, je lis des témoignages, je regarde le documentaire « Entre leurs mains », le débat diffusé sur public sénat etc… et je prends rendez vous avec cette fameuse sage femme qui exerce à 150km… je sais qu’elle se déplace jusqu’ici puisqu’elle a accompagné l’accouchement de mes deux amies…

Une part de moi a très envie de cet accouchement à domicile, pour plusieurs raisons :

– Je suis persuadée que les protocoles systématiques de la maternité engendrent leurs propres soucis. Je refuse qu’on fasse tout un tas de choses qui ne sont pas nécessaires médicalement parlant.

– Cet enfant sera probablement notre dernier enfant puisque mon mari n’en veut plus ensuite et ce projet d’accouchement est important pour moi, je me dis que je n’aurais pas d’autre chance de le vivre.

– Je m’imagine gérer le travail dans l’intimité de ma maison, et de ma famille… la vie suit son cours… la maternité a un côté froid et impersonnel qui ne me sécurise pas.

– Ma fille va devenir grande sœur, ce qui sera un grand bouleversement… accueillir ce deuxième enfant à la maison me paraît une transition plus douce que la « rupture » du départ en catastrophe à la maternité et du séjour là bas.

Je me dis que notre décision découlera de la rencontre avec cette sage femme… le courant passera t’il ? Je prépare une liste de questions, et attends avec impatience le rendez vous.

Le rendez vous se déroule très bien, elle répond a mes questions sans que j’en pose la plupart, elle m’interroge sur nos motivations, sur d’éventuels problèmes, nous échangeons, elle regarde les compte rendus d’échographie, d’examens sanguins… elle dégage un mélange d’assurance et de douceur qui me rassure… à l’avance je sens que je me sentirai en confiance avec elle pour m’accompagner. Suite à ce rendez vous, nous reprenons deux rendez vous, l’un où nous retournons la voir, et participons a une rencontre parents ayant vécu un AAD et futurs parents avec projet d’AAD, et un autre à notre domicile qu’elle veut visiter.

Suite à ce rendez vous, elle nous envoie par mail une charte à lire, remplir et ramener signée au prochain rendez vous (qui nous engage entre autres à nous inscrire en maternité et à effectuer la consultation anesthésie de la maternité), divers documents (témoignages, documents de l’OMS sur les soins liés à un accouchement normal, liste de matériel à acheter en prévision de l’AAD)…

Je suis aujourd’hui à 34SA+5… nous avons hâte de cette rencontre… par moment, j’ai quelques doutes aussi… nous avons parlé de notre projet à peu de gens… la société diabolise ce type de projet… peut être que si nous avions eu la certitude du respect de notre projet de naissance, ou s’il y avait eu une salle nature, ou un plateau technique… peut être que notre choix aurait été différent… nous aurions peut être choisi un entre deux.

Je ne suis pas une militante de l’accouchement à domicile… mais chacune et chacun doit avoir le choix. En la matière, nous avons beaucoup à apprendre de nos voisins. J’ai peur que cette pratique disparaisse un jour… et regrette qu’il n’y ait pas plus d’alternatives à une naissance médicalisée. Je suis consciente qu’un accouchement peut être pathologique , mais la très grande majorité des accouchements sont physiologiques… dans le débat, Bruno Carbone (chef de la maternité de l’hôpital A.Trousseau) disait que dans des conditions physiologiques « la médicalisation doit savoir s’effacer » je suis tout à fait en accord avec lui…

 

Le 28/09/14

Ma fille a aujourd’hui deux mois…je suis encore pleine des émotions de sa naissance. Nous avons mené notre projet d’accouchement à domicile jusqu’au bout, sans regret.

Après plusieurs pré travail, de nouvelles contractions débutent le 28 juillet à 2h30 du matin, je suis à 40SA+3…je n’ y crois pas, les contractions sont irrégulières et pas tellement douloureuses… je me rendors…Vers 4h30, je décide quand même de prendre un bain… Le bain me fait du bien, plus de contractions. Dommage. Je me recouche.

Vers 5h30, ouille je crois bien que c’est parti, je reste au lit tout de même… J’appelle la nounou de ma fille dés que l’heure est acceptable. A 7h j’appelle la sage femme qui part de chez elle a 7h30 pour 1h45 de route. J’appréhende malgré moi de la faire se déplacer pour rien. Je m’active à la maison, je range, je m’occupe j’ai envie d’accueillir notre toute petite dans un nid douillet. Mon mari est parti déposer la grande chez la nounou. Il revient, nous voilà partis pour une balade dans les champs en amoureux. On discute, on rigole, on commence cette journée au temps humide en se disant que dans quelques heures nous serons quatre. Ah je suis mouillée à chaque contraction, je crois que la poche s’est fissurée, les contractions sont douloureuses et régulières depuis un moment, on décide de rentrer, notre sage femme va bientôt arriver. 9H15, la voilà, (avec tout son matériel, un vrai débarquement!) je suis contente de la voir, elle propose de m’examiner, 3cm de dilatation, ouf elle n’est pas venue pour rien. Elle s’installe, papiers, matériel…je suis sur le ballon, on discute. Au bout d’un moment on décide de repartir se balader. Elle nous attend dans la salle a manger, s’occupe pendant notre balade qui durera presque 45 min. Le temps s’écoule, au fil des contractions. Je bouge, boit beaucoup , on discute tous les trois tandis que je suis sur le ballon. Mon mari fait la cuisine avec les légumes qu’il vient de cueillir dans le jardin, la vie suit son cours. Les contractions s’intensifient, il me fait de l’acupression en bas du dos selon les conseils que nous avait donnés notre sage femme. Vers 11h, j’ai besoin d’être seule, je monte dans la chambre du bébé, l’endroit où je souhaite que l’accouchement ait lieu. J’écoute de la musique, je suis fatiguée, les contractions sont très rapprochées. La musique est douce, la lumière tamisée, la chambre sent bon la lavande. Je m’allonge entre deux contractions. Je suis découragée, je trouve le temps long, j’ai hâte que notre petite soit là. Les 2 dernières heures sont difficiles. J’essaie plusieurs positions, finalement c’est à quatre pattes que je suis le mieux. Notre sage femme vient par intermittence, puis reste finalement avec nous. Et là, mon corps entier pousse, irrépressiblement, une fois, la tête est là. Deuxième fois, le reste du corps. Elle est née ça y est ! Je la prends sur moi, nous nous découvrons… ma petite bien au chaud contre moi, nous attendons la délivrance… qui arrive rapidement. Le placenta est entier, notre sage femme, nous le montre, nous explique. Elle pèse les pertes de sang, et décide de me faire une injection d’ocytocine.

H tête rapidement, je me remets doucement de mes émotions, elle est si belle, je me sens si fière de lui avoir donné naissance. Mon mari nous apporte le repas et nous mangeons dans la chambre en discutant. H est pesée, c’est un beau bébé, en pleine forme !

Notre sage femme restera encore quelques heures, puis nous laissera pour revenir à J3, jour où nous verrons aussi le pédiatre. Notre aînée rentrera en fin de journée, et notre vie à quatre commencera tranquillement dans la chaleur de notre foyer.

Je garde de cet accouchement une émotion intense. Et un sentiment d’accomplissement. Fière de mon corps qui a su donner la vie, heureuse de cette naissance pleine de douceur et d’humanité. Avec  un attachement particulier pour la merveilleuse sage femme qui nous a accompagnée et qui a su allier à la perfection la douceur, la compréhension et tant d’autres qualités au professionnalisme.

Cette aventure je suis heureuse et comblée de l’avoir menée, et d’avoir vécu cette naissance respectée.