livre ; Gayelle

L’interview de Gayelle, auteur illustratrice de « Comment naissent (aussi) les bébés »

Publié le Mis à jour le

Le mois dernier, nous avons découvert sur Facebook une toute nouvelle page, celle de l’artiste illustratrice Gayelle.

Gayelle, alors enceinte, profitait de cet espace pour faire découvrir son projet, un livre pour parler avec ses enfants de la naissance à la maison et de l’arrivée prochaine de son bébé. En peu de temps, sa page a rapidement compté plusieurs centaines de followers lui faisant part de leur enthousiasme et de leur soutien.
C’est ainsi, quelques jours plus tard, que Gayelle a décidé de se lancer et de donner une nouvelle dimension à ce projet jusqu’alors intimiste en ouvrant un crowdfunding pour permettre à son livre d’être édité. Finalement, ce sont plein de fratries qui pourront découvrir en images l’aventure familiale de la naissance respectée !

Au CDAAD, on a eu envie d’en savoir un peu plus et de vous faire découvrir Gayelle que nous avons donc interviewée.

************

Au départ, ce livre était uniquement destiné à tes enfants ? Qu’est-ce qui t’a poussée à prendre tes crayons pour leur dessiner cette histoire ?

« À vrai dire… Je ne le sais pas moi-même ! Avec le recul, j’aime penser que c’est mon petit bébé qui grandit en moi qui m’a soufflé cette idée… Ma sage-femme, Alinoë, dit que ce sera un grand artiste ! Il y a aussi probablement l’instruction en famille toute récente qui a du débloquer quelque chose en moi. En effet, nous avons récemment déscolarisé Arthur, mon “grand”. Chaque matin, je lui propose des petites activités, des bricolages, sur un thème choisi. L’instruction en famille et la volonté de lui proposer des chouettes activités m’a redonné un élan de créativité. Le fait d’avoir coupé les ponts avec des personnes qui n’ont jamais cru en mes capacités artistiques (entre autres) m’a inconsciemment donné des ailes également… Si on ne s’affranchit pas des personnes qui nous tirent vers le bas, nous ne pouvons pas avancer.

Je ne suis pas encore habituée à la dénomination d’artiste illustratrice. En effet, “Comment naissent (aussi) les bébés” est mon tout premier projet ! J’ai toujours pensé que je n’avais pas les épaules pour ce métier. »

 

Tu es actuellement enceinte et tu prépares à donner naissance à ton bébé à la maison. C’est ton premier accouchement à domicile ?

« Non c’est mon deuxième aad. J’avance vers cet accouchement confiante et convaincue que je fais le bon choix pour ma famille et moi. En plus, ma fée est vraiment une femme fantastique. Je n’ai pas pu faire appel à Maud qui m’a assistée pour mon premier aad car elle est en voyage, mais j’ai été chaleureusement confiée à Alinoë. Sa présence nous confère, à mon amoureux, mes enfants et moi, une confiance et un bien-être indescriptible.
J’étais déjà attirée par l’accouchement à domicile lors de ma première grossesse, mais mes “proches” m’en ont dissuadée. J’ai alors opté pour un suivi avec une sage-femme en plateau technique. Malheureusement, l’accouchement ne s’est pas du tout passé comme prévu : blocage du travail lorsque je suis arrivée à l’hôpital à 7cm de dilatation, péridurale dysfonctionnelle, poussée de 2h30, ventouses, déchirure quasi complète, hémorragie… Si la plupart des gens en ont déduit que j’avais été folle d’avoir pensé à l’aad vu le déroulement de mon accouchement, moi, au fond, je savais que c’était PARCE QUE j’avais été à l’hopital que tout avait capoté.
Et j’étais convaincue d’une chose : mon deuxième enfant naîtrait à la maison…
C’est ce qui s’est passé 18 mois plus tard ! J’ai donné naissance à ma fille Olivia, dans mon salon, un accouchement incroyable, avec une “poussée qui fait du bien”, et j’en suis sortie grandie et heureuse d’avoir fait confiance à mes instincts. J’ai donné naissance “toute seule” et c’est gratifiant !
Petite anecdote : Florence, la “sage-femme d’Arthur”, a accepté d’assister Maud à mon deuxième accouchement. C’était son premier aad, et avec Maud, elles ont été merveilleuses… Sa présence a “bouclé la boucle” de ce premier accouchement difficile. »

Comme tu le sais, en France il reste aujourd’hui difficile d’avoir un projet d’accouchement à domicile. Toi qui vis dans un pays voisin, comment ça se passe en Belgique ? Est-ce que c’est un choix que l’on peut faire facilement ?

« C’est un choix qu’on peut faire facilement… en théorie.
Les gens sont encore très frileux à l’évocation de l’accouchement à domicile. Généralement, ils ne savent pas comment ça se déroule, pensent que c’est dangereux voir inconscient. J’essaie d’y répondre toujours avec bienveillance, je garde à l’esprit que ces phrases (parfois très agressives) ne sont que le reflet de leurs propres peurs et de l’inconnu.
J’ai souvent eu affaire aussi à des femmes qui trouvent que c’est génial, mais qui avouent qu’elles n’oseraient pas. Quand je creuse pour savoir de quoi elles ont peur, elles me répondent qu’elles ne le savent pas elles-mêmes. J’en conclus qu’il y a un gros travail à faire encore pour déconstruire les idées reçues sur l’accouchement, parce qu’on est toutes capables !

Concernant le choix du suivi en lui-même, il est relativement facile de trouver une sage-femme qui pratique les accouchements à domicile en Belgique, pour peu qu’on s’y prenne à temps. Les sages-femmes qui pratiquent l’aad restent cependant peu nombreuses.
Aussi, j’évite de parler de mes projets d’aad aux gynécologues que je rencontre pour mes échographies. Par deux fois, j’ai été sommée de réfléchir à une autre alternative. Une gynécologue a même menti sur le poids théorique de ma fille lors de l’échographie des 32sa. “Madame, je vous déconseille formellement un aad. C’est très dangereux quand on attend un bébé de ce gabarit. Elle dépassera probablement les 4kg !” Ce à quoi je lui ai répondu que plus elle était lourde, plus vite elle descendra !
En réalité, elle m’avait quand même mis un petit doute quant au bien fondé de mon projet. Fort heureusement, je suis restée confiante et je ne me suis pas laissée atteindre par ses “avertissements” (Et pour la petite histoire, ma fille est finalement née à 41+3 avec un “énorme” poids de 3kg420…).

En fait, la Belgique se trouve entre deux pays où l’aad est vu d’une façon diamétralement opposée : Les Pays-Bas, où une femme sur cinq donne naissance à son enfant chez elle, et où ce genre de projet est “banal”, et la France, où le corps médical, parfois les sage-femmes elles-mêmes, considèrent cette option comme un retour au Moyen-Age et une mise en danger de la maman et du bébé.
J’ai la sensation que la Belgique oscille entre ces deux visions.

La situation française m’interpelle et me gêne beaucoup bien entendu. J’espère voir très vite une modification, notamment concernant cette assurance, afin que les femmes puissent disposer de leur corps et choisir l’endroit où elles désirent mettre leurs enfants au monde, en toute sécurité pour tous ! »

Revenons à ton projet ! Lorsque tu as posté ton premier statut sur ta page Facebook, tu n’étais pas encore certaine de lancer le projet de financement participatif. Quelques jours après, tu le mettais en ligne et en à peine 48h, l’objectif était atteint ! Dix jours plus tard, tu frôles les 150%. Tu sembles toujours étonnée de l’engouement autour de ton livre, tu ne t’attendais pas à cela ?

« Absolument pas ! En fait, j’ai toujours douté de mes capacités à créer. Je sais bien que j’ai des dispositions artistiques, mais de là à créer toute une histoire, voire même me professionnaliser ? Non… J’admire des gens qui ont un talent incroyable, et j’ai toujours tendance à me comparer à eux.
Mais … je COMMENCE à comprendre et accepter que je fais “mon truc” et ils font le leur. Que j’ai mon style, et que la seule façon de s’améliorer, c’est … en pratiquant quotidiennement. Pas de soucis de ce côté là ! J’ai dû demander à l’équipe d’Ulule de bloquer un des packs que j’avais imaginé : un livre + un dessin personnalisé. J’en ai eu très vite une quarantaine, je ne m’attendais pas du tout à autant de succès, de demandes.
Je ne sais pas si les gens qui me soutiennent se rendent compte de tout ce que ça représente pour moi. Ils n’ont pas seulement permis au livre de se faire éditer, ils m’ont permis de devenir ce que j’ai toujours rêvé d’être : illustratrice.
Tout s’est passé tellement vite, j’ai parfois encore du mal à réaliser. Mais je n’y pense pas trop, je fonce, je travaille, et j’avance. Et je n’ai pas intérêt à être en retard ! La campagne prend fin le 30 mai, ensuite, j’imprime les livres, je les dédicace et je les envoie. Après ? Et bien j’accouche de mon troisième bébé qui arrivera fin juin ! Pas question de traîner donc 🙂 …

Aujourd’hui, des copines et des internautes me proposent spontanément d’écrire sur d’autres sujets qui sont trop rares dans les bibliothèques de nos petits, comme l’allaitement, l’instruction en famille, et d’une façon générale tout ce qui a trait à la bienveillance.
Des beaux sujets qui, pour ne rien gâcher à mon plaisir, me tiennent fort à coeur !
Mais avant de penser à l’après, je vais me concentrer sur “Comment naissent (aussi) les bébés” et les contributeurs qui y ont participé. Je leur serai reconnaissante à jamais pour cette belle aventure, et je l’espère, un démarrage professionnel pour moi qui me correspond ENFIN ! »

************

Nous remercions Gayelle de nous avoir accordé du temps pour répondre à nos questions ainsi que pour sa grande gentillesse et l’autorisation d’utilisation de ses illustrations pour l’article.

Le crowdfunding sur la plate-forme Ulule est toujours d’actualité et continue d’être un grand succès puisque dans l’intervalle entre notre interview et sa publication, la barre des 150% a été dépassée !

Le CDAAD est heureux de prendre part à l’aventure en apportant notre contribution. Nous vous réservons d’ailleurs une surprise dans les semaines qui viennent… Mais… chut ! On vous en dit plus bientôt !

Nous profitons de l’occasion pour inaugurer une nouvelle rubrique sur le site, Le CDAAD soutient !, qui vous permettra de retrouver facilement les actions ayant reçu notre soutien et/ou notre participation.

On souhaite encore plein de belles surprises à Gayelle et à sa famille, en tête desquelles une jolie rencontre au mois de juin 🙂

Enregistrer

Publicités