accouchement à domicile

Les Femmes Sages : naissance du premier syndicat de sages-femmes pratiquant l’accouchement à la maison.

Publié le Mis à jour le

Depuis le 17 Septembre 2014, existe en France le Syndicat National des Sages-Femmes pour l’Accouchement À Domicile (SNSFAAD). Ce syndicat est le premier à défendre les intérêts des sages-femmes libérales pratiquant l’accouchement à la maison en France. Quelques questions posées aux instigatrices du projet :

Quel état des lieux font aujourd’hui les sages-femmes de l’accouchement à domicile ?
Après débat et analyse sur la situation des accouchements à domicile en France, ont été définis les constats suivants :
– la surreprésentation des sages-femmes pratiquant les accouchements à domicile mises en cause dans les juridictions ordinales,
– l’impossibilité d’obtenir une assurance professionnelle à un montant concurrentiel pour l’accouchement à domicile,
– la raréfaction des lieux possibles de transfert due à la fermeture des maternités de proximité entraînant l’allongement de la durée des transferts,
– la méconnaissance de la physiologie de l’accouchement et des études s’y rapportant,
– les critiques, préjugés et lieux communs envers les sages-femmes pratiquant l’accouchement à domicile et les femmes l’envisageant,
– le climat d’hostilité exprimé par les différents acteurs de santé (obstétricien, sage-femme, anesthésiste, personnel de laboratoire, pharmacien) et agents administratifs,
– l’indécence des revenus des sages-femmes pratiquant les accouchements à domicile en raison de la cotation insuffisante des actes relevant de leur compétence autonome,
– l’entrave aux conditions d’exercice  (difficulté d’accès au matériel médical et médicament comme le Syntocinon, lenteur des remboursements des actes),
– la banalisation de la violence obstétricale,
– le retard de la France par la non intégration des accouchements à domicile dans le système de soins,
– l’isolement des sages-femmes.

Cette situation impacte négativement la pratique des sages-femmes en AAD les amenant à restreindre le champ de la physiologie au détriment du droit privé des femmes. L’autre effet pervers est celui de la mise en insécurité des sages-femmes et des femmes ;
La démographie des sages-femmes pratiquant les accouchements à domicile en France n’a jamais fait l’objet d’une étude exhaustive. Les recoupements des informations données par le Conseil National de l’Ordre des Sages-Femmes et les associations de sages-femmes et d’usagers ne nous permettent d’en faire qu’une estimation très approximative entre 50 et 100 sages-femmes.

La démographie est très fluctuante : en l’absence de données fiables et précises, personne ne peut répondre sur les modalités de pratique des sages-femmes en accouchement à domicile.

Des témoignages recueillis de façon confidentielle montrent que les sages-femmes se font discrètes, discrétion dont on peut se demander si elle ne reflète pas la peur des opprimées. Le calme et le silence font partie des effets négatifs des oppressions : ils sont signes de survie. L’un des objectifs du syndicat sera de rétablir la confiance et la sécurité pour que ces professionnelles sentent qu’elles peuvent être visibles sans crainte.

Qui sont les créatrices du SNSFAAD?
Les fondatrices du syndicat sont Yamina Guendouze, Marie-Line Pérarnaud, Carine Lefebvre, Françoise Servant, Krista Guilliams.

Quel est le but de votre syndicat ?
Sécuriser et valoriser nos pratiques et pour cela :
– créer un réseau solidaire d’échanges d’expériences et de soutien pour les sages-femmes en accouchement à domicile,
– participer à l’obtention d’une assurance concurrentielle pour les accouchements à domicile,
– rendre visible la violence obstétricale,  ses mécanismes et ses acteurs,
– informer tous les partenaires et membres de réseaux de santé des résultats des études scientifiques internationales attestant des bons résultats des pratiques en accouchement à domicile,
– obtenir une juste revalorisation de la cotation des actes,
– devenir partenaire de la formation universitaire des sages-femmes en proposant des modules spécifiques à la physiologie et aux accouchements à domicile,
– soutenir l’argumentation en faveur du maintien des maternités de proximité,
– rendre aisé l’accès au matériel médical.

Quels sont les projets immédiats du syndicat ?
Nous envisageons comme actions :
– apporter un soutien juridique aux sages-femmes en procédure,
– créer un site internet pour diffuser les études scientifiques sur les thèmes de l’accouchement à domicile, la physiologie et la variabilité des pratiques,
– planifier les réunions du Conseil des Femmes Sages,
– organiser régulièrement un colloque sur l’accouchement à domicile,
– créer une centrale de fournitures dédiée à l’accouchement à domicile.

La protection juridique est notre priorité actuelle puisque toutes les membres fondatrices sont victimes de radiation.

Nous accueillons ainsi Laura Van Deth, sage-femme hollandaise, radiée puis réhabilitée dans son pays, le 19 décembre 2014 à Ger dans les Pyrénées Atlantiques. Elle viendra avec son avocat nous expliquer comment sa réhabilitation fait jurisprudence pour les sages-femmes en accouchement à domicile ainsi que pour les mères. Nous espérons réunir à cette occasion d’autres avocats français afin de créer comme aux USA un groupe de juristes dédiés à l’accouchement à domicile.

L’accouchement à domicile est un événement au-delà de l’intimité familiale, éminemment social et surtout féministe. Le domicile reste le lieu d’exercice privilégié du droit privé des femmes à accoucher comment, où et avec qui elles le désirent. Ce droit, défendu par une maman hongroise, Anna Ternovszky devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) en 2010 nous conforte dans la légitimité de notre pratique : persécuter les sages-femmes pratiquant les accouchements à domicile constitue une violation des droits des femmes enceintes, violation dénoncée par la CEDH.

Consolider notre syndicat est également prioritaire et la recherche de partenaires comme soutiens à nos actions nous occupe en ce moment.

Votre syndicat est il ouvert à tous ou uniquement aux sages-femmes ?
Les autres syndicats de sages-femmes, d’étudiantes, les associations de parents, de doulas, de professionnels paramédicaux, médicaux, les organisations de défense des droits de la reproduction et de la sexualité (CIDF, Planning Familial)  sont les bienvenus en tant que partenaires.

Montrer que les sages-femmes sont portées par des communautés d’usagers fait partie de nos objectifs. »

Interview réalisée par Julie Penancier


Aujourd’hui le CDAAD soutient bien évidemment le SNSFAAD, nous réfléchissons sur la façon dont nous pouvons porter les couleurs de l’accouchement à domicile ensemble.

Pour adhérer, imprimer le bon d’adhésion téléchargeable sur le site du syndicat: http://snsfaad.weebly.com
Pour contacter le SNSFAAD : soit directement depuis le site, soit à cette adresse : sagesfemmes.aad@gmail.com

Publicités