Entretien avec Hélène Sautriau, sage-femme AAD à Digne

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Le documentaire Sages-Femmes (titre provisoire), dont nous vous avions parlé en fin d’année 2016, est actuellement en tournage. Pour patienter, nous vous proposons à la lecture notre entretien avec Hélène Sautriau qui y participe.

La diffusion de cette interview était initialement programmée pendant la campagne de crowdfunding du film. Nous n’avions pas été en mesure de le finaliser dans les temps et le gardions depuis de côté pour pour attiser à nouveau votre curiosité pour Sages-Femmes ;).

 

« Bonjour Hélène Sautriau. Pouvez-vous tout d’abord nous faire une présentation de votre parcours personnel en tant que sage-femme ?

Je suis sage-femme depuis vingt ans. J’ai fait ma formation à Grenoble à l’époque où le passage par médecine était devenu obligatoire. C’était donc un apprentissage très technique. Mon parcours et ma pratique ont changé ensuite avec les sages-femmes que j’ai rencontrées. En particulier l’une d’elles à Grenoble qui faisait des AAD : j’étais en désaccord avec ce qu’elle faisait, je me disais qu’elle était folle, mais c’était la seule à effectuer des suivis de grossesse et j’étais enceinte. J’avais donc eu recours à ses services. Petit à petit, j’ai « désappris » avec elle. C’est mon expérience de femme qui m’a permis de prendre du recul par rapport à l’enseignement que j’avais reçu. J’ai découvert que la femme a sa compétence en elle pour donner naissance.

J’ai donc évolué de plus en plus vers la physiologie, ce qui était facilité par mon travail en maternité de niveau 1, où l’on a une plus grande disponibilité.

J’ai travaillé à la maternité de Pertuis dans le Vaucluse, avec une équipe qui réfléchissait beaucoup sur la physiologie. Un jour, une femme m’a appelée pour une naissance à la maison, ma première. Elle m’a appris à observer, à écouter. J’avais encore mes peurs, j’étais mariée à un médecin urgentiste et j’avais trois enfants. Je manquais donc un peu de temps aussi. Et puis je m’y suis mise, mais je me pose la question de continuer tous les jours.

Qu’est-ce qui vous a motivée pour accepter de participer au film Sages-Femmes (titre provisoire) , qui est le motif originel de cet entretien ?

Je connaissais déjà Sandra, la réalisatrice du film. Je savais que ce serait bienveillant et qu’elle n’opposerait pas de façon rigide hôpital et domicile. Je voulais pouvoir montrer la richesse de mon travail, l’accompagnement des femmes qui permet de leur faire découvrir leur puissance, même en dehors de l’AAD proprement dit. Cela va beaucoup plus loin que l’aspect médical, il y a un côté très militant dans la démarche qui m’a conduite à accepter de figurer dans ce film. Parler de la puissance des femmes et de mon expérience de travail, c’est toujours gratifiant et c’est un plaisir de transmettre ce message aux parents et aux sages-femmes par le biais d’un film.

Avez-vous vu les demandes pour les accouchements à domicile augmenter depuis que vous en faites ?

Il y a toujours eu une demande dans ma région, les Alpes (Hélène habite à Digne, NDLR), mais ici elles ont rendues compliquées par la géographie, les montagnes, l’éloignement. C’est compliqué de suivre certaines mamans, du fait des routes, de la neige. Je sélectionne les femmes à la fois en fonction de la distance et de la possibilité d’un suivi physiologique. La motivation des parents est bien sûr essentielle, aussi. Je m’économise pour tenir la distance, pour continuer.

Il est important de rappeler qu’on peut aussi accoucher de manière physiologique à la maternité, ça se travaille en couple et avec l’équipe médicale.

Les attentes des parents ont-elles évolué depuis que vous pratiquez ce métier ?

Je ne sais pas si leurs attentes ont évolué ou si c’est moi qui les ai entendues. J’ai un savoir mais il ne sert à rien si je n’écoute pas les femmes, les parents. Nous, on est là avec nos compétences et on peut intervenir en cas de problème, si nécessaire. Comme dit Jacqueline Lavillonnière, il faut toujours se poser la question de la nécessité d’une intervention, avec la possibilité qu’il y a de perturber le processus physiologique de la naissance. Toute intervention peut perturber le déroulement d’une naissance, même une toute petite chose. Sinon, la naissance peut révéler chez les femmes une puissance qu’on n’imaginait pas.

Vous savez qu’il y a 150 maisons de naissance en Allemagne et qu’aux Pays-Bas près d’un quart des accouchements se font à domicile. Pourquoi tant de résistances opposées en France au souhait de plus en plus de femmes d’accoucher naturellement, alors qu’en Europe du Nord ça ne pose pas de problèmes ?

En France, les résistances sont liées à l’Histoire des sages-femmes et des médecins, je crois. Cela vient de là et du fait qu’on apprend donc surtout la pathologie, pas la physiologie. On a tellement peur de la mort qu’on pense que c’est la médicalisation du processus qui va résoudre tous les problèmes. Dans le Nord de l’Europe, il n’y a pas eu cette scission entre les sages-femmes et les médecins.

Les sages-femmes qui font des AAD disent que pour comprendre pourquoi c’est si difficile en France, c’est une question politique, une histoire de pouvoir médical. Si la femme découvre le pouvoir qu’elle a en elle pour accoucher, elle prendra le pouvoir sur la naissance, et ça ne plaît pas à certains praticiens.

Mais la demande des parents et l’expérience de certains soignants peuvent faire changer les pratiques des autres. C’est une histoire de capacité à évoluer dans le dialogue et le respect. On a toute la vie pour changer, tant qu’on n’est pas mort. »

Propos recueillis par PV, le 18 décembre 2016.

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