« La grande majorité des médias nous formatent à croire qu’il faut rentrer dans la norme imposée par le milieu médical »

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Il y a quelques semaines, une maman nous a soumis ce long témoignage.  Le récit de ses accouchements et de ses émotions, qui nous a emporté. Un magnifique partage que nous ne pouvons mieux présenter qu’elle ne l’a fait en nous l’envoyant : « Pas de message engagé pro-AAD dans ce témoignage, juste mon ressenti. Parce que c’est ce type de témoignages qui m’ont incitée à aller au bout de mon projet d’AAD ».

Nous la remercions encore une fois d’avoir bien voulu nous confier son histoire :

Un accouchement à domicile, une naissance en maternité.

J’ai eu besoin d’écrire la naissance de mon fils pour mettre des mots sur cette aventure unique. Ces mots retracent ce qui s’est passé mais surtout comment j’ai ressenti cet évènement. Ils ne sont pas le reflet objectif des faits mais, au contraire, la traduction des émotions que j’ai vécues. Bonheur, calme, peur, douleur, violence ou honte, ces émotions m’appartiennent et ne servent pas à juger.

Tout a commencé 2 ans plus tôt en Février 2009, lorsque ma fille naît. Naissance déclenchée parce que qu’elle était jugée trop grosse, déclenchement qui échoue parce que mon corps n’est pas prêt et a besoin de trop de temps, césarienne avant terme alors que je ne suis même pas en travail et que bébé va bien, juste parce que « ça a trop duré » et une hospitalisation qui dure parce que ma fille a perdu trop de poids. S’ensuivent 5 mois de dépression et un lien difficile à faire avec ma fille. Je m’accroche à l’allaitement parce que c’est la seule chose que je réussis et qui me permet d’échapper au jugement « elle mange trop / trop peu ». Pour m’en sortir, j’ai besoin de comprendre. Je lis, je comprends que la grande majorité des médias nous formatent à croire qu’il faut rentrer dans la norme imposée par le milieu médical (poids mini maxi pour la mère, le bébé, temps mini maxi pour la grossesse, le travail) et en maternité tout ce qui dépasse est raboté. Mais, dans ma famille, les bébés font 4kg et mettent 9 mois et demi à sortir : hors norme. Mon envie d’une fratrie de 2 se heurte à cette norme, je ne veux plus jamais être rabotée. Et je sais que la cicatrice qui me barre le ventre a encore rabaissé le seuil de tolérance des maternités. Bébé < 3,5kg et dépassement de terme < 5j sinon, je passe au bloc directement.

Pourtant, je lis des témoignages de femmes avec des antécédents de césarienne qui accouchent de gros bébés, d’autres qui dépassent leur terme. Alors, je continue à lire à propos d’accouchements physiologiques qui permettent de vivre un accouchement sans appareils qui mesurent tout ce qui dépasse les normes. Je découvre des témoignages dans lesquels les femmes écrivent à la première personne ce qu’elles ont fait, ou pas, ce qu’elles ont vécu. Parfois c’est dur mais jamais avilissant. Je ne peux plus lire un seul témoignage de naissance médicalisée sans que la différence me frappe : une longue litanie des actes subis, des décisions prises par les autres, une femme réduite à un corps malmené. Mais pour y échapper il faut être hors des murs des maternités. Lorsque je découvre que quelques rares sages-femmes acceptent de suivre des femmes césarisées dans leur projet de naissance à domicile, je me donne enfin le droit de concevoir mon fils.

Une première sage-femme rassure mon compagnon sur le faible risque d’une naissance à domicile sans actes médicaux intrusifs, mais insinue qu’un antécédent d’inceste expliquerait mon premier accouchement raté. Une autre accepte de me suivre mais préfèrerait clairement que la naissance finisse en maternité. Un cabinet de sage-femme accepte de me suivre mais réserve son accord pour une naissance à domicile à plus tard. Une dernière sage-femme F. accepte de me suivre sans remettre en cause le projet de naissance à domicile. Travaillant à 600km de chez moi, je fais un suivi avec le cabinet en province et avec F. en région parisienne, craignant jusqu’au bout que l’une d’elles me « lâche ». En province, ma maternité de repli m’imposerait une césarienne itérative dès que je dépasserais les seuils (bébé > 3,5kg, dépassement de terme > 5j) et tente gentiment de me convaincre de renoncer à mon projet de naissance à domicile. Je ne peux pas concevoir de me faire opérer alors que bébé et moi allons bien. En région parisienne, pour envisager une naissance à domicile, je conserve mon appartement du val de Marne. Je me tourne vers une maternité où le chef de service a la réputation de recevoir toutes les femmes envisageant un accouchement par voie basse avec antécédent de césarienne. Petit chantage à l’accueil pour obtenir rendez vous avec lui et personne d’autre. Il n’impose pas de protocole figé, mais il écoute, il explique. Dans mon cas, il confirme qu’il ne tient pas compte de l’estimation de poids. Si je dépasse le terme, un suivi rapproché par ma sage-femme sera mis en place car « tout ce qui peut être fait en dehors de la maternité libère ses équipes ». 7 jours après le terme, si je n’ai pas accouché, je viendrai le voir « parce qu’il faut bien qu’on en discute ». Dans sa maternité qui voit 4000 naissances par an, pas plus de 3 femmes atteignent les 43SA, dont certaines parce qu’elles ne sont pas venues. Je comprends qu’il accepte les exceptions parce qu’elles existent, sans culpabiliser les mamans. Je teste sur ce gynécologue hors norme mon droit à refuser ou à négocier un test de glycémie post prandial au lieu du O’Sullivan. Il me répond qu’il me donne l’ordonnance mais ne me prendra pas par la main pour aller faire la prise de sang. Bref je suis une adulte. Face à mon refus poli de toucher vaginal il en profite pour indiquer à la SF qui le suit « aujourd’hui vous allez apprendre à mesurer une hauteur utérine par-dessus un jean ». Impressionnant comme les actes médicaux peuvent être faits sans mettre les femmes à nue !

Côté positif, je vis cette grossesse entre la sérénité d’un bébé qui se développe à merveille et F. très factuelle, répondant à mes plus petits soucis (remontées gastriques, douleurs dans le dos, peur du transfert) par des solutions peu médicalisées (eau gazeuse, ostéopathie, son accompagnement si nécessaire). Côté contraignant, j’ai décidé de suivre à la lettre le régime sans sucre proposé par F. pour être sure d’avoir mis toutes les chances de mon côté de passer à côté d’un gros bébé. Mon suivi en province avec un cabinet de sage-femme devient un casse tête et je sens qu’elles ne me suivront pas, ce qui est le cas puisqu’elles m’annoncent 10 jours avant le terme que l’une d’elle ne veut plus. L’accouchement à domicile ne serait donc possible que les jours de garde de l’autre sage-femme. On re-déménage donc dans notre appartement du Val de Marne quelques jours avant le terme fixé au 27 Avril (j’ai réussi à gratter 2 jours en trichant à l’échographie).

Mercredi 4 mai 2011 : cela fait maintenant 7 jours que j’ai dépassé le terme et rien ne m’indique que l’accouchement est imminent. Comme convenu avec le gynécologue, mon dépassement de terme est suivi par F. qui vient un jour sur deux faire un monitoring en attendant le rendez vous de DPA+7. Les monitorings, faits tranquillement à la maison dans le canapé, montrent invariablement un bébé en bonne santé et, les touchers vaginaux, faits avec mon accord, indiquent un col qui ne progresse que très lentement. Les séances d’ostéopathie et d’acupuncture ont peut être favorisé le déclenchement mais cela ne suffit pas. Pour compléter cette surveillance, j’ai passé une échographie la veille qui a montré un placenta qui fonctionne toujours impeccablement et du liquide amniotique à revendre. Volontairement, j’ai fait faire l’échographie dans un cabinet qui a bonne réputation mais surtout où l’échographiste a toujours été douce et rassurante. Je déjeune avec Christine, une camera-woman qui veut filmer l’accouchement. Elle m’a été présentée par F.. Le but est d’insérer quelques prises d’un accouchement à domicile dans un documentaire sur la naissance. Ce sera ma participation à informer les mamans et mon retour d’ascenseur pour F. qui m’a fait confiance jusqu’ici. Je commence à comprendre Christine qui me disait qu’au delà du terme, elle avait l’impression que cette grossesse ne finirait jamais. Mon bébé se sent tellement bien qu’il n’a aucune raison de sortir.

Je me rends à la maternité en RER et je suis presque sereine pendant le rendez vous. En effet, le gynécologue, m’avait dit qu’à DPA+7, « il faudrait qu’on discute ». Je lui présente les monitorings et l’échographie. Il me rappelle qu’à mon terme, il est classique de proposer un déclenchement si les conditions sont favorables, mais il entérine que je n’en veux toujours pas. Il m’examine et constate que les conditions n’étant pas favorables, il n’y a pas lieu d’insister. Évidemment, il me propose de faire un monitoring avant de partir, d’autant que le dernier fait avec F. date de deux jours. Il me confie à une sage-femme en lui donnant le contexte (maman traumatisée par un déclenchement ‘foireux’ ayant abouti sur une césa). La gentille SF me branche. Je somnole en me mettant dans le même état de détente que chez l’acupunctrice la veille. Je pense à une maman qui se surnomme Petit Galop parce que le rythme du monito ressemble à un petit cheval au galop. Je demande à mon bébé de faire un beau monito, ce qu’il fait !
La SF revient 5 min après pour me dire que sa surveillante pense que je dois refaire une écho puisque l’interne est dispo. Je n’ai pas du tout envie de faire une écho « parce que l’interne est disponible ». Je n’ai qu’une envie, c’est que cette journée ne me soit pas pourrie par la gestion du dépassement
– Heu, cela va prendre longtemps?
– Désolée, je ne peux pas vous dire, déjà il faut voir l’analyse du monito, on verra ensuite pour l’écho.
– [Je commence à sentir le coup où je vais passer la journée là] Mais, j’ai fait l’échographie hier matin en labo car je ne me sens pas bien en milieu hospitalier, pourquoi en refaire une aujourd’hui?
– Parce qu’on ne connait pas ce labo, on préfère la refaire nous même, au cas où on trouverait autre chose (ah, je sens qu’ils cherchent le grain de sable, je n’aime pas cela). On est responsable de vous.
– Non, non, je suis responsable de moi!
– Vous comprenez, déjà que normalement à 42 SA on devrait vous déclencher
[Là mon sang ne fait qu’un tour, je ne veux pas savoir quelle est la norme. Évidemment, je fonds en larme, je sens l’engrenage] Mais il ne faut pas réagir comme cela. Chaque grossesse est différente, il n’y a pas de raison que celle-ci finisse comme la première, mais il ne faut pas occulter la possibilité que vous ayez un déclenchement ou même une césarienne.
– [Là, je suis carrément en larmes] Et comment est ce que je pourrais l’occulter ?!
Entre temps, je réfléchis :
1 Le gynécologue n’a jamais dit que l’échographie de la veille ne valait rien et qu’il fallait en refaire une autre.
2 Tous les éléments montrent que bébé et maman vont bien, je n’ai rien à leur prouver de plus
3 Accepter de rester, ce serait me pourrir la journée, celle de ma fille et commencer à céder à des logiques hiérarchiques (la surveillante) qui ne me concernent pas.
La SF revient à la fin du monitoring, entérine que je refuse l’échographie et me laisse partir. Au lieu de prendre le bus, je marche longtemps jusqu’au RER, et je commence à sentir mon ventre se durcir par moments. Je rappelle ma SF pour l’informer de l’accord du gynéco pour le dépassement de terme.

Vendredi 6 mai. Cela fait maintenant 11 jours que la date prévue d’accouchement est dépassée. Je ressens des contractions non douloureuses, une découverte pour moi, je crois que je perds un peu le bouchon muqueux. Alors que ma SF ne me met aucunement la pression, et que le gynéco n’a mentionné aucun des risques associés à la post maturité, je ressens ce délai comme une menace. Chaque voisin qui commente ‘ah il est en retard’ me fait réagir ‘non, il prend son temps’. Mais je crains l’ultimatum du gynéco ‘césa ou déclenchement’ lors du prochain rendez vous pris à DPA+13. Alors que je fais semblant de tenir le choc, je pleure dans les bras de mon homme ce matin là. Le cauchemar de la naissance de ma fille me semble inéluctable, la césarienne comme ultime déclaration de mon inaptitude à accoucher. Et pourtant, je suis convaincue que ce n’est pas mon corps qui ne sait pas déclencher un accouchement, mais les protocoles qui ont classé les grossesses longues dans la catégorie pathologique.

Sur les conseils de F., je retourne voir l’acupunctrice qui me reçoit en perruque juste avant son week-end. Comme ces séances me détendent, je n’ai rien à y perdre et je n’aurai aucun regret de ne pas avoir tout tenté. En rentrant chez moi, je me rends compte qu’elle a oublié de retirer les aiguilles. Comme cela au moins, elles auront eu le temps d’agir.

Samedi 7 mai. A 2h du matin, je suis réveillée par des douleurs dans le bas du dos. Je me lève et surfe sur internet tout en regardant leur régularité. Elles viennent toutes les 6 minutes environ, ce doit donc être le début du travail tant attendu. Assise sur mon ballon, je les laisse passer en mettant ma tête dans les bras. Je suis tellement contente de vivre enfin cela que je prends plaisir à les vivre seule dans le calme de l’appartement pendant que tout le monde dort.

Vers 5/6h, je commence à trouver le temps long et je ne veux pas être trop fatiguée quand ma fille se réveillera. Je vais prendre un bain chaud et les contractions s’arrêtent. Vers 7h, j’envoie un SMS à F. pour l’informer de ce qui s’est passé, ainsi qu’à Christine. Toutes les deux me rappellent rapidement pour me dire qu’elles viennent. Elles arrivent vers 9/10h. F. constate effectivement que les contractions se sont arrêtées et que bébé présente toujours un rythme cardiaque sans soucis. Elle constate que mon col est ouvert à 3, ce qui n’est pas considéré comme un début de travail, juste une mise en route. Elle me conseille soit de me reposer, soit de me changer les idées et si, en début d’après midi, le travail n’a pas repris, de donner la tétée à ma grande. Cela devrait faire repartir le travail. Elle repart avec toujours la même consigne « appelle moi quand tu as besoin de moi ». J’adore cette prescription, sans aucun chiffrage puisque je ne rentre pas dans les cases, juste l’assurance d’un soutien.

On décide d’aller faire le marché. On part avec ma fille dans sa poussette. Alors que les contractions reviennent assez espacées et peu douloureuses, je trouve ces moments ubuesques d’une femme en travail qui va tranquillement faire son marché et répond invariablement quand on lui demande ‘c’est pour quand ?’ par un ‘le 27 Avril’. Je ne vais quand même pas leur répondre ‘dans 5h’, puisque je n’en ai aucune idée, donc je donne l’information officielle.

Nous déjeunons avec Christine. et en compagnie de mes contractions toujours légères. Mon homme convient qu’on est tellement mieux chez nous qu’en maternité. Au moment de mettre ma fille à la sieste, je lui donne la tétée, et l’effet est immédiat, je ne tiens pas 10 minutes assise. Je dois appeler à l’aide mon homme pour qu’il prenne ma fille qui ne comprend pas pourquoi j’interromps brutalement sa tétée.

A partir de ce moment, les contractions s’installent de plus en plus douloureuses, toujours dans le bas du dos, toutes les 6 à 10 minutes. Je les gère en restant debout, en m’appuyant des 2 mains sur la table pour alléger le poids sur le bas du corps, en basculant d’une jambe sur l’autre, comme pour faire passer une crampe au mollet. Je discute avec Christine, mais progressivement, je dois m’arrêter de parler quand une contraction arrive. Dès qu’elle est passée, nous reprenons notre bavardage. Mais une chose est sûre, la dernière ligne droite est pour ce soir, plus d’attente interminable de ce terme qui ne veut pas venir.

Quand ma fille se réveille de la sieste, mon homme l’emmène au parc et lui explique que, comme on le lui avait dit, il va falloir préparer sa valise pour aller passer la nuit chez grand-père. Elle se fait confirmer que le chien ne sera pas là. Mais elle ne semble pas en avoir aussi peur que les autres fois. Ils rentrent à la maison, et ma fille va mettre dans sa valise ce qui lui manque. Mon petit bout de 2 ans semble une grande fille brutalement. Mon père arrive et ma fille part fièrement en tirant sa valise. Mon homme remontera à l’appartement en me disant qu’elle lui a dit au revoir avec un air de dire ‘t’en fais pas papa, je gère la situation, occupe toi de maman’. Il en est tout ému.

Vers 18/19h, je commence à en avoir marre de cette douleur dans le bas du dos. Je voudrais qu’on me confirme qu’elle sert bien à quelque chose, que cet accouchement avance, que je serai bientôt soulagée. J’appelle F. et lui laisse un message pour lui dire que j’ai besoin d’être rassurée et aidée. Comme les contractions sont bien installées, je retourne dans une baignoire chaude, à 4 pattes, je fais couler le jet sur le bas de mes reins. Cela me soulage mais je ne peux pas m’immerger dans cette position. Alors que Christine me filme, pour la première fois, sa présence me gêne, je lui demande de sortir pour être seule avec ma douleur que j’accompagne en m’accrochant à la robinetterie et les moments de calme où je profite des mouvements de l’eau dans la baignoire. Vers 19h, je réalise qu’il va falloir manger si je ne veux pas m’épuiser. Je demande à mon homme de me préparer un plat de pâtes. Il m’apporte quelques bougies, me demande si je veux qu’il prépare la piscine d’accouchement que F. nous a laissée. Oh oui ! Je lui demande de rappeler F.. Elle n’avait pas eu mon précédent message et vient d’ici 40 min. Cela me semble une éternité, alors que je dois de plus en plus arracher la robinetterie à chaque contraction qui se sont rapprochées. Je fais un rapide calcul. Si les contractions sont encore toutes les 6 minutes, cela ne fait que 8 à supporter, mais mon homme me confirme qu’elles se sont rapprochées. Je préfère ne pas refaire le calcul.

F. arrive alors que la piscine est enfin remplie. Comme j’y entre, mon homme lui demande :

  • Le bébé peut naître dans la piscine (c’était un de ses rêves pour la naissance de notre aînée) ?
  • Oui, c’est possible

Je comprends à ce moment là que mon homme fait de cet accouchement ‘notre’ accouchement, contrairement au précédent pour lequel, il pensait que sa tâche était essentiellement de me remettre entre des mains expertes.

Dans la piscine, je peux y retrouver une position un peu plus agréable. A 4 pattes, accoudée au bord de la piscine, le ventre dans l’eau chaude, Françoise me fait un monito. Bébé supporte toujours les contractions sans broncher. La nuit est tombée et j’ai peur de fatiguer. Comme les pâtes ne sont pas prêtes, je demande un morceau de pain à mon homme. A chaque fois qu’il passe ou que je le regarde (je ne sais plus bien de quoi je suis consciente autour de moi), il m’encourage discrètement. J’ai de plus en plus soif. Christine. est assise en retrait sur une chaise après avoir installé des lampes douces. F. m’apporte de temps en temps un remontant dans de l’eau, me fait des points d’acupression, me met de l’eau chaude sur le bas du dos, mais surtout, son regard est toujours là pour me dire que tout se passe bien que je n’ai pas à m’inquiéter. Les monito réguliers sont là pour confirmer aussi à mon homme que bébé supporte toujours bien le travail. Faits dans l’eau, le capteur simplement posé sur mon bas-ventre, les monitorings ne me dérangent absolument pas, je ne me souviens absolument pas quand F. les a faits. Je finis par ne plus être bien à 4 pattes, même en me balançant d’un pied sur l’autre.

Je me mets accroupie pendant les contractions, et je compte, je sais qu’elles passent quand j’ai compté jusqu’à 16 ou 20 selon les contractions. Cela m’aide à me dire ‘plus que … avant la fin de la douleur’. F. compte avec moi en me tenant les épaules. Je me sens toujours soutenue. Une fois la contraction passée, je m’allonge sur le dos, les bras sur le bord de la piscine comme un boxeur sur le ring pendant la pause. Je sens que parfois, je m’endors dans cette position, réveillée par la contraction qui m’oblige à m’accroupir le plus vite possible pour la traverser avec les mains de F. sur mes épaules et sa voix pour accompagner mon décompte. J’ai l’impression que cela ne finira jamais. F. me confirme que bébé est un peu descendu. Je demande à F.

  • Pas plus de 100 contractions ?
  • Je ne sais pas. [Mais comme toujours elle ne pose aucun ultimatum]

Je fais le décompte mais le chiffre de 100 me parait rapidement inatteignable. Je commence à supplier mon bébé de descendre pour que cela cesse. J’ai des crampes dans les mollets. F. m’apporte des ampoules de magnésium et autres. Comme je fatigue de plus en plus, elle me propose d’aller sur mon lit afin que je puisse me reposer entre 2 contractions. Sur mon lit, aucune position ne me permet de supporter les contractions mieux que dans la piscine. Je commence à dire que je ne supporte plus la douleur qui me semble s’accumuler sans fin dans le bas de mon dos, que je veux une péridurale. Mon homme me rappelle mon projet de naissance dans lequel je refuse la péri si j’arrive à encaisser la douleur. Mais justement, je n’y arrive plus.

Je demande à F. dans combien de temps mon bébé devrait naître. F. me confie que cela fait 2h que je suis à dilatation complète et que bébé ne progresse pas (Je ne me souviens même plus quand elle a examiné mon col comme quoi, ils ont certainement été faits avec respect et douceur). Comme bébé supporte bien les contractions, cela ne la dérange pas d’attendre. Évidemment, elle n’a aucune idée du temps qu’il faudra à bébé pour descendre, peut être 2h, peut être 10h. Seule moi peux décider du transfert si la douleur est intenable. Et elle l’est, surtout si cela doit durer 10h ! Je m’accroche à en pleurer à mon homme à chaque contraction. Mon homme me dit qu’il est convaincu que ce bébé naitra à la maison. Mais je n’y crois plus. Je veux une péridurale mais je ne sais pas si je supporterai le temps du transfert.

F. propose et on tente encore

  • monter et descendre les escaliers (à 2h du matin, on a l’air fin !)
  • allongée sur le dos, Françoise et mon homme remontent mes cuisses
  • à genoux sur le canapé, je pousse comme pour aller à la selle.

Mon homme demande

  • une rupture de la poche des eaux pourrait aider (il a toujours pensé que c’était la première étape du travail) ?
  • Peut être, mais pas à domicile.

Rien ne bouge, je capitule ! On fourre l’indispensable dans un sac, les papiers, 1 T-shirt, 2 bodys, 2 pyjamas, un bonnet, sur les conseils avisés de F. de quoi manger et boire, une alèse pour la voiture. Christine, impressionnée par le calme de ce transfert (toujours aucune urgence ni pour moi ni pour bébé) filme ce qui me parait être ma débâcle.

On part dans la voiture de F.. Mon homme, GPS en main tente de la guider. Mais une bretelle d’autoroute est en travaux et on sillonne la banlieue Est. Je maudis intérieurement les tentatives de mon homme pour couper au travers d’un chantier, une banlieue pavillonnaire parsemée de dos d’âne. Je me contente de dire à chaque contraction ‘P**ain, Pascal, j’ai mal’. Cela ne sert à rien mais je me sens moins seule.

On finit par trouver la porte des urgences obstétricales de l’hôpital et on explique brièvement la raison de notre présence : je veux la péri. Je remets mon projet de naissance, et ils partent chercher mon dossier. Pendant que l’on attend, F. constate factuellement qu’au vu de leur comportement, ils ont bien compris qu’il ne s’agissait pas d’une urgence.

La SF revient et me demande

  • Quand a débuté le travail ?
  • [Mon homme me court circuite, sentant que je ne vais pas plaider ma cause] depuis 2h de l’après midi.
  • Bon, je vous explique la situation : vous avez largement dépassé le terme (merci de l’info !), c’est un gros bébé (envie de lui faire revoir ses abaques mais ce n’est pas le moment), et le travail a été long et potentiellement éprouvant (ben non, les monitos étaient OK)
  • [Vous en avez encore d’autres pour me préparer au pire ?]
  • On va vous mettre sous monito et si bébé supporte bien les contractions on tente encore la voie basse.
  • On peut me mettre la péri, viiiite ?
  • Mais votre projet de naissance ?
  • Mon homme : sauf qu’on est venu exprès pour cela, elle veut la péri on vous dit !
  • OK, alors, péri, puis monito et on voit.
  • Ma SF peut venir ?
  • Ah non, seulement peut être après le monito
  • [Bon dieu, qu’est-ce que cela peut bien vous faire qu’elle reste avec moi ?]

On m’installe en salle de naissance, équipement des années 70 qui me rappelle mes cours de chimie au lycée. Pose de la perfusion un peu brutale qui doit être refaite, mais bon c’est pour la bonne cause, pour la péri. Je ne demande même pas ce qu’il y a dedans. J’entends que ça discute dans la pièce d’à côté. Je les supplie intérieurement de vite finir leur café (médisance gratuite, c’est tout ce que j’arrive à faire) et de venir s’occuper de moi.

L’anesthésiste, classique, un étranger, ne m’adresse pas la parole sauf pour m’asséner plusieurs ‘mais asseyez vous plus loin sur la table’, ‘mais détendez vous !’. Après un long travail, je ne sais plus ce que se détendre veut dire. Heureusement, l’aide soignante m’aide à faire le dos rond, me prête sa main à écraser quand la contraction vient… et 3 contractions plus loin, plus de douleur ! J’ai demandé à avoir une péri la moins dosée possible. On m’a répondu ‘on fait en fonction de votre poids !’. J’ai compris cela comme « on connait notre métier »

On est parti pour 30 min de monito. La SF revient et m’annonce qu’au vu de la durée passée du travail, il va probablement falloir accélérer les choses et percer la poche des eaux. Aurais-je dû / pu refuser ? Au moins, ils m’informent. J’accepte. Mon homme me demande si F. doit rester en attendant la fin du monito. Je n’ose pas la faire attendre pour, peut-être se faire renvoyer ensuite, alors qu’elle devait certainement tomber de sommeil. Là j’ai été idiote, mais je ne pensais pas avoir aussi peu d’accompagnement par le personnel hospitalier, alors après celui de F., la chute fut rude. Je lui demande tout de même de confirmer auprès d’elle que la rupture de la poche des eaux est une bonne idée. Elle confirme que c’est une option possible (à la fois, je ne pense pas qu’elle aurait pu déjuger ceux en qui je devais faire confiance pour les heures à venir)

Fin du monito qui confirme que bébé va toujours bien. La salle de naissance, située dans les étages donne sur les arbres, ce qui contraste avec les salles aveugles d’Esquirol pour la naissance de ma fille. La SF s’apprête à rompre la poche des eaux. Je lui demande son prénom parce que je ne me ferai jamais à l’anonymat de ces gens qui touchent autant à mon intimité. Basiquement, cela s’appelle de la politesse, et je crois y avoir droit. Elle perce la poche et constate un liquide teinté. Normal vu le dépassement de terme mais je sens les éléments à charge s’accumuler

On parle position d’accouchement. Elle a donc bien lu mon projet de naissance. Elle me dit ne pas se sentir à l’aise avec la position sur le côté mais préférer la position accroupie. Je lui dis que je lui fais confiance. Elle me place en position latérale genou supérieur surélevé pour faire descendre bébé et me promet qu’elle revient dans 15 min. Mon homme demande à ce qu’on baisse la lumière afin qu’il puisse somnoler sur sa chaise (et moi aussi parait il). Au bout des 15 min, je ne supporte plus cette position, comme si j’avais une envie pressante d’aller à la selle, et que, seule au milieu de cette pièce, ce n’était manifestement pas l’endroit adéquat. J’appelle la SF qui m’explique que c’est le bébé qui appuie sur le rectum, ce n’est pas agréable mais il faut attendre. Elle revient ensuite pour me mettre sur le dos, pieds appuyés sur une barre au dessus de moi. Elle me dit qu’en fonction de la progression quelques minutes peuvent suffire. Elle ne revient qu’au bout de 20 minutes qui me paraissent une éternité : la sensation de poussée devient intenable, je ne supporte plus d’exposer mon vagin au mur d’en face et de me faire rabrouer par mon homme à chaque fois que je retire mon pieds de la barre. Je me sens comme un véritable poulet de Bresse prêt à être farci mais il parait que c’est pour la bonne cause.

La SF revient et m’annonce que l’on va essayer de pousser. Comme mon homme ne veut pas voir l’expulsion, il sort. La SF braque sa lampe sur mon vagin et examine mon col pour la énième fois. Je demande avant la poussée à pouvoir m’asseoir décemment une minute.

  • Mais vous êtes décente, je ne comprends pas
  • Ben moi, je ne me sens pas décente exposée ainsi depuis des heures et vous avec vos doigts dans mon vagin.
  • Mais je vous assure qu’il n’y a aucun problème, on est entre femmes.
  • Je veux juste redevenir quelqu’un de normal pendant 1 minutes, pouvoir serrer les jambes, faire 2 pas.
  • Ah non pas possible avec la péri vous croyez que vous maitrisez vos jambes mais elles ne vous porteraient pas vous risqueriez de tomber.
  • [Je comprends / je crois que j’ai renoncé à toutes mes sensations, à tous mes droits, alors je me mets à pleurer sans discontinuer, je capitule devant leur pouvoir]
  • Bon, on va se mettre en position accroupie, les mains sur la barre. Vous ressentez les contractions ?
  • [Ah bon, je devrais ressentir quelque chose à part la honte] Non, je ne sais pas, je ne sais plus.
  • Bon quand je vous dis de pousser vous poussez.
  • Comme pour aller à la selle ?
  • Oui

Après plusieurs tentatives de poussée, toujours en larmes, je demande au moins à ce qu’on me dise ce qui se passe. La sage-femme me dit ‘Vous poussez super bien, bébé avance doucement.’ Puis l’aide soignante me dit ‘on va peut être essayer d’autres positions’. J’y crois encore au travers de mes larmes. La SF va chercher la gynéco en me disant ‘il va peut être falloir l’aider’. Sans se présenter, la gynéco me dit ‘bon on arrête là, on va utiliser les spatules’ et je la vois mettre son tablier de boucher, et chacun se préparer comme pour une opération. On me met en position gynécologique. Je ne comprends pas pourquoi, alors que selon la SF tout va bien, brutalement tout le monde se met à me traiter comme une future opérée, un morceau de viande. Je hurle que je ne veux pas. En fait, je veux surtout qu’on me laisse le temps d’accepter, d’en faire ma décision, mais je suis bien incapable de le dire. Je demande mon homme, qu’il me défende, lui. On le fait entrer par la porte qui donne sur mon entre-jambe. Il découvre, le monito qui vire au rouge, la gynéco avec ses spatules qui commence à officier, exactement ce qu’il ne voulait pas voir ! Il vient près de moi, et, paniqué, me dit que bébé ne va pas bien, il faut que je pousse, plus le temps de parler, de pleurer, il est à la limite de m’engueuler. Je me sens trahie, je suis hystérique et je ne comprends même pas comment je peux pousser dans cet état, et pourtant on me dit que je dois pousser ! À la merci de ces gens que je ne vois pas, je hurle que je ne veux pas d’épisio. J’entends mon homme engueuler la gynéco d’un tonitruant ‘Qu’est ce que vous faites ?’ Il m’a peut être évité l’épisio (merci !!)

Je sens vaguement quelque chose qui glisse hors de moi, on me pose quelque chose de chaud. Mon homme me demande

  • tu veux le voir ?
  • Je ne sais pas, je ne sais plus (je ne vois plus rien depuis de longues minutes), occupe toi de lui.

La gynéco demande à ce qu’on me fasse 2 points. Je dis que je n’en veux pas (j’ai lu que les petites déchirures cicatrisent parfois mieux sans point). Ah non, ce n’est pas possible ! Je sens quand on me fait les points. Même si ce n’est pas super douloureux, je continue à sangloter sur leur refus total de m’écouter de me laisser décider pour mon corps (la vie de notre bébé n’est plus en jeu).

Mon homme m’a raconté que notre fils était vert (à cause du liquide teinté). Il a cru qu’il était mort, a suivi les soins qui, vu la rapidité des gestes (dont le prélèvement gastrique pour la même raison), ressemblaient pour lui à un sauvetage. Il a cru qu’il avait été intubé ! En fait, notre fils présentait un APGAR à 7, donc pas d’inquiétude mais personne pour lui expliquer !

On m’a ensuite déposé notre fils sur la poitrine pendant les 2 heures de surveillance. Un moment de douceur dans un monde de brutes. Un petit bonhomme aux yeux bien ouverts cherchant le sein. A la fin de la surveillance, on lui a mis le collyre et la vitamine K (mon projet de naissance avait été lu et le collyre différé, merci). L’aide soignante me présente sa collègue de jour et me promet qu’elle me rendra visite lors de sa prochaine garde.

On nous remonte en chambre, et je veux déjà marcher pour rejoindre mon lit. Je demande déjà ce que je dois faire pour avoir une sortie précoce : pour moi, le passage par la maternité se justifiait par l’aide dont j’avais besoin pour finir d’accoucher, mais je ne veux pas rester plus que le strict minimum. On me répond qu’il faut attendre l’accord de la pédiatre, mais que par défaut, on n’accorde pas de sortie précoce en cas de post-maturité. J’ai de plus en plus l’impression que personne ne rentre dans les cases. Je dis à mon homme de ne pas venir ce soir ni le lendemain pour me rendre visite avec notre fille : je sors demain j’en suis sure. En plus, je n’ai apporté que très peu de change, un T-shirt pour moi et 1 change pour bébé, même pas une couverture, ni une serviette de toilette pour moi. Je me sens vraiment en transit ici. Je profite tout de même de cette journée pour dormir dès que Camile dort. Cela tombe bien, notre petit bout dort beaucoup et tranquillement dès qu’il est propre et repus. Comme je n’ai jamais arrêté d’allaiter notre aînée, le lait vient facilement à Camile qui a tout de suite compris comment téter. Ma sage-femme m’appelle pour prendre de mes nouvelles, me confirmer qu’elle peut faire tout le suivi post-natal à la maison si je veux sortir aujourd’hui, et que la maternité peut l’appeler pour confirmer cela auprès d’elle. Quand la puéricultrice vient me demander si elle peut faire la prise de sang pour vérifier le rhésus de Camile ou si elle la repousse au lendemain, je lui demande de repousser car Camile dort (et que, bo**el, je sais qu’il est de rhésus négatif comme son père et sa mère !). La voisine de chambre s’en va dans l’après midi me laissant la chambre pour moi toute seule !

Le lendemain, je fais un peu de sitting dans la salle de change des bébés. C’est une grande salle où l’on explique aux mamans comment donner le bain, comment allaiter, ou tirer son lait. Un endroit plutôt sympathique et convivial. Une jeune maman me raconte sa césarienne dans les détails, et je lui indique que, si elle a besoin de parler, il y a un forum Cesarine sur le web (l’affiche est dans le couloir). La puéricultrice fait la prise de sang à Camile, tout en douceur, sans qu’il pleure. Comme je ne vois toujours pas de pédiatre, je m’adresse à une femme du personnel soignant que je vois pour la première fois : c’est la psychologue. Je lui explique brièvement que j’aurai peut être besoin de son soutien pour obtenir une sortie précoce. Elle me répond qu’elle passera me voir et me proposera un entretien avec la pédo-psychiatre ( ?)

La sage-femme qui vient me rendre visite constate que je n’ai pas d’infection et à ma demande m’indique où ont été faits les points. Elle me confirme aussi que même dans cette maternité, seule l’autorité du chef de service, mon gynéco, m’a permis de dépasser autant le terme. Leur protocole standard aurait sinon été de constater à J+5 que le col n’était pas favorable et de décider d’une césarienne pour éviter le risque de rupture utérine.

Une infirmière passe et me demande, au vu de mon projet de naissance, mon accord pour que ce soit une stagiaire qui s’occupe de moi. J’accepte à la condition que cela n’implique pas plus d’actes. Effectivement la stagiaire se débrouille très bien.

La pédiatre examine Camile et constate que tout va bien. Elle me rappelle que pour elle, je ne devrais pas bénéficier d’une sortie précoce, mais que, comme je peux toujours signer une décharge, elle est bien obligée d’accepter.

Une infirmière passe et me demande si j’accepte que le chef de service qui fait sa visite de service passe me voir. Comme je comptais aller le remercier à l’heure de la consultation initialement prévue ce jour à 12h, j’accepte. Je ne réaliserai que quelques jours plus tard que je ne suis pas sûre qu’un autre chef de service demande son accord à patiente avant d’entrer dans sa chambre. Il entre, accompagné d’une gynéco et d’une sage-femme et m’explique :

  • Je viens vous voir, d’abord parce que vous êtes ma patiente, mais aussi parce qu’au vu du volume des commentaires pour votre accouchement, je comprends qu’il a été un peu houleux.

J’explique mes réactions par le contraste entre l’intervention de la gynéco en mode ‘urgence’ alors que la sage-femme était très rassurante pendant tout le travail. Il confirme qu’au vu des monito, il y avait nécessité d’agir mais aucune urgence justifiant qu’on ne m’explique pas la situation. Il en profite pour donner une petite leçon à la sage-femme

  • Vous faites un super boulot en motivant les mamans, mais c’est vrai qu’il faut parfois prendre le temps d’expliquer doucement quand la situation se détériore.

Vu son commentaire rassurant sur les monito, j’en profite pour l’informer que mon homme a aussi été choqué et a cru notre enfant mort en le voyant vert. Le gynéco me confirme, qu’au vu de l’APGAR à 7 à 1 minute, il n’a jamais été dans un état grave. Il constate que Camile ne présente quasiment aucun signe de post-maturité qui impliquerait la nécessité d’une surveillance accrue et justifierait le refus d’une sortie précoce. Décidément, cet homme a le don d’aplanir les difficultés. Il me demande le numéro de téléphone de ma sage-femme.

On me retient encore un peu jusqu’à ce que les résultats du rhésus de Camile arrivent (vous ne vous rendez pas compte du nombre de bébés qui ne sont pas du père déclaré !). Puis je peux partir, mon sac dans une main, mon bébé sur l’autre épaule, marchant à petits pas jusqu’à la sortie de l’hôpital où m’attend mon père.

A la maison, je retrouve mon homme et ma fille, toute heureuse de découvrir ce petit frère dont on lui a tant parlé. Elle ne sait pas encore qu’il va monopoliser sa maman autant et que celle-ci ne pourra plus la porter ni courir avec elle avant plusieurs semaines.

Le lendemain, F. vient faire la première visite post-natale et me commente la conversation qu’elle a eu avec la sage-femme de la maternité. Cette dernière avait manifestement été assez remuée par mon accouchement. Était-ce par ma réaction ou celle de mon homme ? En tout cas, l’arrivée d’un couple qui sort d’un AAD en maternité, ne s’est pas faite dans la zenitude, ni d’un côté, ni de l’autre. J’espère que cela servira de leçon pour que la transition se fasse ultérieurement plus en douceur, peut être en acceptant tout simplement la sage-femme libérale en salle de naissance. F. me confirme aussi qu’elle a parlé de mon accouchement à une autre sage-femme libérale qui est acceptée sur le plateau technique de la maternité, et selon elle, l’équipe de la maternité a, pour moi, accepté de dépasser largement les limites habituelles pour me permettre d’accoucher par voie basse, alors que les monitorings n’étaient plus impeccables. Elle est toujours étonnée par l’ouverture d’esprit du chef de service et me demande comment j’ai eu l’idée de me faire suivre par lui. Je lui indique ma source : Cesarine. Cette conversation me permet d’enterrer mes dernières rancœurs contre l’équipe de la maternité : s’ils n’ont pas été idéaux (mais qui l’est ?), ils m’ont donné le meilleur de ce qu’ils pouvaient faire dans leur cadre.

Je comprends aussi pourquoi ce chef de service se permet de dépasser les limites classiques des protocoles : il sait comment communiquer, avant et après l’accouchement, avec la maman (probablement le papa), ses équipes, et les sages-femmes libérales pour que chacun ne retienne que le meilleur. La qualité de personnes comme lui ou F. m’ont réconciliée avec l’idée qu’il existait des gens sincèrement à l’écoute dans le milieu médical. Il faudrait malheureusement avoir les moyens de pouvoir garantir leur présence le jour J. L’AAD m’a permis de faire de cet accouchement une expérience unique, la notre, et de vivre le plus dur, cette naissance instrumentalisée, peut être indispensable, on ne saura jamais, comme un choc qui ne doit pas entacher le reste, et surtout pas le début de la vie de notre fils.

Épilogue ?

Camile a maintenant 3 mois. C’est un bébé tonique et extrêmement souriant et un gros dormeur. J’ai le sentiment que son caractère paisible est lié en partie à mon expérience mais aussi à ma sérénité héritée de sa naissance pleinement assumée.

Pourtant, régulièrement, des idées me viennent à l’esprit :

«  et si j’avais su demander à mon homme de me masser »

« et si je n’avais pas cédé au découragement devant la durée de cet accouchement »

« et si j’avais accepté la proposition de la SF de maternité de continuer sans péridurale »

«  et si j’avais refusé la rupture de la poche des eaux »

«  et si j’avais demandé à F. de rester à mes côtés jusqu’au bout »…

Pourquoi ces « et si » ne me font pas souffrir ?

Parce qu’invariablement, ces hypothèses (ou ma conviction ?) m’obligent à conclure que, au mieux, le travail aurait encore continué longtemps, au-delà de ce que je me sentais capable de supporter sans péridurale, ou au-delà de ce que la maternité était en mesure d’accepter sans m’imposer une nouvelle césarienne.

Je constate que les « et si » qui faisaient suite à la césarienne débouchaient systématiquement sur « au moins j’aurais pu essayer d’accoucher ». En conséquence, chaque réflexion m’enfonçait un peu plus dans la conviction que j’avais été en dessous de tout. A l’opposé, suite à la naissance de Camile, je finis systématiquement ma réflexion, convaincue que toutes ces hypothèses auraient évidemment débouché sur une histoire différente, mais que je n’aurais pas forcément mieux vécue. Je peux alors penser à autre chose, non pas en effaçant mes « et si », mais en sachant qu’ils indiquent seulement d’autres chemins que j’aurais pu suivre, si je n’avais pas suivi celui qui fut le mien et que j’assume. Personne ne m’a « volé » ces autres hypothèses, et cela fait toute la différence, beaucoup plus que la voie basse ou haute.

Aussi, je souhaite à toutes les mères de ne plus avoir à faire taire les « et si » suite à toutes les possibilités qu’on leur a masquées, mais à pouvoir considérer sans souffrance tous les possibilités qu’elles n’ont pas choisies, aussi souvent que cela leur viendra à l’esprit parce qu’elles auront besoin d’intégrer qu’elles ont-elles même écrit que cette naissance là devait se passer comme cela.

 

Retrouvez l’association Césarine sur son site : http://www.cesarine.org/
(association d’usagers, d’intérêt général, s’employant à délivrer soutien et information sur et autour de la césarienne)

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Une réflexion au sujet de « « La grande majorité des médias nous formatent à croire qu’il faut rentrer dans la norme imposée par le milieu médical » »

    Noémie a dit:
    24 novembre 2014 à 5:05

    Très beau témoignage que ton récit de la naissance de votre enfant… comme quoi les interlocuteurs que tu as pu trouver pendant ta grossesse, ont été à la hauteur de vos attente. Le problème des structures c’est la « roulette russe » quant à la personne qui te recevra en cas d’urgence, ce qui a été votre cas. Une question reste : quel poids faisait Camile à la naissance ?

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