« Il est nécessaire de rappeler chaque jour que nous sommes libres, libres de choisir ce qui nous correspond vraiment, libre de ne pas suivre un schéma préétabli, mais de construire nos vies à notre image »

Publié le Mis à jour le

Dans notre diffusion des témoignages envoyés au CNOSF, nous avons oublié cette lettre. Une erreur que nous nous empressons de réparer !

Madame, 

Je suis une jeune maman de 28 ans, mère de deux enfants nés à domicile. J’ai eu cette chance immense, celle de pouvoir donner naissance à mes enfants de la façon qui me convenait. Mes deux accouchements ont été sereins et sûrs, parfaits tant techniquement qu’humainement.
Si j’ai pu bénéficier d’un tel privilège, c’est tout d’abord grâce au hasard, qui m’a fait connaître cette possibilité, mais aussi et surtout car j’ai la chance de vivre en Île de France, et d’avoir à moins de 100 km de chez moi plusieurs sages-femmes libérales pratiquant les accouchements à domicile, luxe dont peu de françaises peuvent se vanter. 
En effet, vous n’ignorez pas que l’impossibilité pour les sages-femmes « aad » de s’assurer, situation qui dure depuis plus de dix ans, limite très fortement leur nombre sur le territoire français, et laisse des départements voire des régions entières sans praticien, laissant par la même occasion aux femmes une alternative extrême : accoucher dans la seule maternité du secteur (qui pratique plusieurs milliers d’accouchements par an, de façon très protocolaire) dans le stress d’un mode d’accouchement qui ne leur correspond en rien, ou d’accoucher sans assistance médicale, ce qui n’est évidemment pas sans risques, dans un cas comme dans l’autre.
Récemment, deux sages femmes aad ont été radiées, limitant encore leur nombre. S’il ne m’appartient pas de juger leur cas, je suis choquée de constater que deux professionnelles encensées par de nombreux couples, et qui n’ont causé ni décès ni séquelles, qui n’ont même pas été attaquées par leurs patients, subissent une sanction si lourde, lorsque parallèlement on voit des médecins commettre des fautes bien plus graves et lourdes de conséquences sans autre sanction que des avertissements symboliques ou des radiations de courte durée. Où est la confraternité lorsqu’il s’agit des sages-femmes ? 

A l’heure actuelle, dans un monde en crise financière globale, dans une société en proie à des tensions grandissantes (incertitudes, chômage, montée des communautarismes, des tensions religieuses et sociales), il me semble plus qu’essentiel que les femmes se soutiennent, fassent bloc. Historiquement plus fragiles car reléguées au second plan de leurs propres existences, il est nécessaire de rappeler chaque jour que nous sommes libres, libres de choisir ce qui nous correspond vraiment, libre de ne pas suivre un schéma préétabli, mais de construire nos vies à notre image. La façon de donner naissance est un élément essentiel de cette liberté, car si la naissance concerne la société toute entière (chaque enfant qui naît forme la société de demain), c’est le corps de la femme qui est au centre de l’accouchement. 
Les sages femmes hospitalières sont en grève depuis 9 mois pour obtenir qu’on les considère enfin comme elles le méritent par leur travail acharné et consciencieux. Les sages femmes libérales, beaucoup moins visibles, et plus encore les sages femmes AAD, ont besoin de soutient, de celui de leurs pairs et de la société toute entière. 
Ma sage-femme (car c’est « ma » sage-femme, encore bien plus que ne l’est « mon » médecin traitant), je ne la nommerai pas pour qu’elle ne subisse pas plus de pressions. Ma sage-femme, je ne la remercierai jamais assez. Elle m’a tenu la main et massé le dos pendant des heures, car elle n’avait pas deux autres femmes en travail dans les autres salles. Elle m’a encouragée, elle m’a mise en confiance. Elle m’a informée, permis de choisir chaque geste, chaque acte, en connaissance de cause, pendant qu’en maternité, lors du rendez-vous avez l’anesthésiste, on m’a fait signer un document attestant que j’avais été correctement informée de tous les risques de l’anesthésie… dans la salle d’attente, avant le rendez-vous avec le médecin. Ma sage-femme, elle, m’a considérée comme une adulte responsable. Je savais qu’elle respecterait ma pudeur et mes craintes et qu’elle ne ferait de gestes médicaux contraires à mes souhaits que si ma vie ou celle de mon enfant en dépendait. Je n’ai pas eu de perfusion « au cas où », je n’ai pas eu d’épisiotomie malgré un « gros bébé », on ne m’a pas percé la poche des eaux, choses que je redoutais particulièrement. Mes bébés n’ont pas été aspirés, ils n’ont subi aucun geste intrusif, nous n’avons pas été séparés, ils n’ont pas été habillés « par protocole » à dix minutes de vie, ils n’ont pas eu de collyre antibiotique (les antibiotiques c’est pas automatique, nous dit-on…) comme ce qui est pratiqué sans négociation possible dans la maternité où je m’étais inscrite en cas de transfert. Ma sage-femme, elle met sa vie entre parenthèses chaque fois qu’une de ses patientes l’appelle, malgré l’heure souvent tardive, malgré les kilomètres, malgré le manque de considération, par passion !
Pour toutes ces raisons, je la soutiendrai par tous les moyens, elle et ses consœurs, et nous serons des milliers de parents, hommes, femmes, citoyens, à nous mobiliser ensemble : elles ne seront plus seules.
Cordialement,

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