« Me dire que mon accouchement dépendrait uniquement de la personne présente me dépassait »

Publié le Mis à jour le

Un témoignage un peu particulier aujourd’hui puisque écrit en deux fois : la première partie – celle envoyée au CNOSF – a été rédigée durant la grossesse de son auteur. Depuis, elle a accouché et a repris sa plume pour nous dévoiler la rencontre avec sa petite fille.

 

Le 18 juin 2014,

J’ai 27 ans et suis déjà maman d’une petite fille qui approche les trois ans..j’approche à grand pas de mon second accouchement, puisque je suis à 34SA+5..le vécu de mon premier accouchement m’a confirmé dans mon choix d’un accouchement à domicile pour notre second enfant…

Je ne dirais pas que je garde un mauvais souvenir de cet accouchement au contraire…mais quelques regrets.

La grossesse s’était sur le plan physique plutôt bien passée…sur le plan psychologique cela avait été plus difficile ; cette première grossesse m’a mise malgré moi face à mon histoire et j’ai du composer avec … j’avais entendu parler de la possibilité d’accoucher à domicile lors de cette grossesse mais je me suis orientée vers un accouchement en milieu en hospitalier… parce que je ne connaissais pas encore ce qu’est un accouchement et que mon état émotionnel pendant la grossesse a fait que je me sentais plus rassurée dans ce choix… l’accouchement à domicile ne m’avait pas non plus paru envisageable d’un point de vue de la distance (aucune sage femme accompagnement des projets d’AAD à moins de 150km), et d’un point de vue financier également.

J’avais préparé un projet de naissance… et ai pris contact avec l’équipe de la maternité pour pouvoir en discuter. Le rendez vous s’est déroulé avec la sage femme qui fait les préparations à la naissance ; cette sage femme ne travaille pas en salle de naissance. On a lu point par point mon projet de naissance. Nous souhaitions une naissance la plus intime possible, sans intervention superflue (pendant le travail ou après la naissance)… Cette sage femme m’a clairement dit lorsque nous arrivions au passage où je demandais à pouvoir accoucher dans la position qui me conviendrait le mieux,  que mes demandes seraient respectées ou non en fonction de la personne qui serait présente. J’ai déchanté… je ne m’attendais pas a ce qu’on me réponde ça. J’aurais compris un refus qui relève d’une nécessité médicale, mais me dire que mon accouchement dépendrait uniquement de la personne présente me dépassait.

Le travail a commencé a 40SA, il était 23h. J’ai eu une contraction, puis une autre 20min après, puis toutes les 5minutes… Nous habitons à 30min de la maternité… j’ai pris un bain, le temps de nous préparer et de faire le trajet (épique, les contractions sur la route !) ; nous sommes arrivés à la maternité à 1h15 environ.

La sage femme présente m’a fait un monitoring, un toucher vaginal (j’étais à 4cm de dilatation) puis elle m’a dit que j’allais aller en salle de naissance… après avoir pris une douche bétadinée (??!!) mon mari n’a pas eu l’autorisation de m’accompagner et de m’aider à me doucher.. J’ai ensuite revêtu la superbe et confortable blouse ouverte derrière… et en route pour la salle de naissance. Je souhaitais éviter d’avoir recours à la péridurale, et j’ai refusé d’avance la perfusion d’ocytocine (posée systématiquement dans la maternité en question)… j’ai pu déambuler mais rapidement (les salles d’accouchement de la maternité ne se prêtant pas tellement aux positions diverses, elle font plutôt salle d’examen…), j’ai demandé la péridurale car je n’arrivais plus à gérer…

J’ai donc eu la péridurale autour de 2h30, j’étais à 7cm… la sage femme a demandé a mon mari de sortir le temps de la pose de la péridurale, elle est restée et m’a aidée à gérer au mieux la contraction sans trop bouger pendant que l’anesthésiste la posait (ça a pris un peu de temps)… le travail stagnait… au bout d’un moment la sage femme m’a proposé de rompre la poche des eaux, ce que j’ai accepté… tout s’est accéléré… j’ai accouché sur le dos les jambes remontées contre ma poitrine (pas possible de me mettre autrement car j’avais le monitoring, le « truc » sur le doigt, et une perfusion depuis la pose de la péridurale ) notre fille est née à 5h09 en deux poussées. J’avais précisé dans le projet de naissance que je ne voulais pas d’épisiotomie si elle pouvait être évitée. J’ai eu une toute petite déchirure, la sage femme m’a fait deux points de suture (je n’ai pas le souvenir qu’on m’ait demandé mon avis… et j’étais dans un état second, comme un moment de flottement sur la fin de l’accouchement)… On me l’a donnée puis une soignante l’a emmenée, aspirée (ingestion de liquide teinté), habillée, lui a mis du collyre, re-aspirée… et redonnée enfin… je regrette que toutes ces choses (hors aspiration si elle était nécessaire…) n’aient pas été différées comme je l’avais demandé… personne ne m’a demandé l’autorisation d’utiliser du collyre sur mon enfant à peine né…

Vient le moment de la délivrance… je souhaitais une délivrance spontanée… j’ai en mémoire le souvenir d’une douleur importante lorsque la sage femme s’est mise à appuyer sur mon ventre en tirant le cordon… en demandant mon dossier médical (pour en laisser un souvenir à notre fille) je découvre qu’on m’a injecté de l’ocytocine sans m’en demander l’autorisation pour accélérer la délivrance… nous sommes ensuite restés en salle de naissance, avant d’être conduits dans une chambre aux alentours de 7h30.

Suite à mon accouchement, pendant plusieurs mois les rapports sexuels avec mon mari ont été très douloureux, quasiment infaisables, l’entrée du vagin était très douloureux comme si le passage était refermé. Mon gynéco après m’avoir dit de me masser l’entrée du vagin, m’avoir prescrit des crèmes… m’a dit que les points avaient été trop serrés et qu’il devait donc rouvrir… ce qu’il a fait en ambulatoire 6 mois après l’accouchement. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que la déchirure était tellement petite qu’elle aurait mieux cicatrisé toute seule…

26 mois après la naissance de notre première fille, je suis de nouveau enceinte… l’allaitement de l’aînée m’a appris à m’affirmer face au jugement des autres… j’ai eu quelques déboires médicaux (tumorectomie en cours d’allaitement) qui m’ont mise face à des médecins qui pensaient savoir tout mieux que moi, et devoir choisir à ma place… j’ai appris à m’informer et à faire la part des choses entre la nécessité médicale, et la façon de travailler ou l’opinion d’un praticien donné.

La grossesse se déroule bien, je suis en forme… Je pense avec regrets à un accouchement à domicile… deux amies ont récemment accouché chez elles… je fais de nouveau un projet de naissance, prends rendez vous pour en parler… mon projet de naissance est plus ou moins identique au premier… avec quelques demandes en plus : ne pas être soumise au jeûne hydrique hors nécessité, sortie précoce, etc. La sage femme que je rencontre (sage femme qui fait uniquement des consultations de grossesse) me dit que, non, mes demandes ne sont pas extravagantes, mais que cela dépendra uniquement de la personne présente à mon accouchement… et là… une partie de moi refuse de se faire voler une partie de cet accouchement… j’en parle à mon mari, nous reparlons de l’accouchement à domicile… je m’informe, je lis des témoignages, je regarde le documentaire « Entre leurs mains », le débat diffusé sur public sénat etc… et je prends rendez vous avec cette fameuse sage femme qui exerce à 150km… je sais qu’elle se déplace jusqu’ici puisqu’elle a accompagné l’accouchement de mes deux amies…

Une part de moi a très envie de cet accouchement à domicile, pour plusieurs raisons :

– Je suis persuadée que les protocoles systématiques de la maternité engendrent leurs propres soucis. Je refuse qu’on fasse tout un tas de choses qui ne sont pas nécessaires médicalement parlant.

– Cet enfant sera probablement notre dernier enfant puisque mon mari n’en veut plus ensuite et ce projet d’accouchement est important pour moi, je me dis que je n’aurais pas d’autre chance de le vivre.

– Je m’imagine gérer le travail dans l’intimité de ma maison, et de ma famille… la vie suit son cours… la maternité a un côté froid et impersonnel qui ne me sécurise pas.

– Ma fille va devenir grande sœur, ce qui sera un grand bouleversement… accueillir ce deuxième enfant à la maison me paraît une transition plus douce que la « rupture » du départ en catastrophe à la maternité et du séjour là bas.

Je me dis que notre décision découlera de la rencontre avec cette sage femme… le courant passera t’il ? Je prépare une liste de questions, et attends avec impatience le rendez vous.

Le rendez vous se déroule très bien, elle répond a mes questions sans que j’en pose la plupart, elle m’interroge sur nos motivations, sur d’éventuels problèmes, nous échangeons, elle regarde les compte rendus d’échographie, d’examens sanguins… elle dégage un mélange d’assurance et de douceur qui me rassure… à l’avance je sens que je me sentirai en confiance avec elle pour m’accompagner. Suite à ce rendez vous, nous reprenons deux rendez vous, l’un où nous retournons la voir, et participons a une rencontre parents ayant vécu un AAD et futurs parents avec projet d’AAD, et un autre à notre domicile qu’elle veut visiter.

Suite à ce rendez vous, elle nous envoie par mail une charte à lire, remplir et ramener signée au prochain rendez vous (qui nous engage entre autres à nous inscrire en maternité et à effectuer la consultation anesthésie de la maternité), divers documents (témoignages, documents de l’OMS sur les soins liés à un accouchement normal, liste de matériel à acheter en prévision de l’AAD)…

Je suis aujourd’hui à 34SA+5… nous avons hâte de cette rencontre… par moment, j’ai quelques doutes aussi… nous avons parlé de notre projet à peu de gens… la société diabolise ce type de projet… peut être que si nous avions eu la certitude du respect de notre projet de naissance, ou s’il y avait eu une salle nature, ou un plateau technique… peut être que notre choix aurait été différent… nous aurions peut être choisi un entre deux.

Je ne suis pas une militante de l’accouchement à domicile… mais chacune et chacun doit avoir le choix. En la matière, nous avons beaucoup à apprendre de nos voisins. J’ai peur que cette pratique disparaisse un jour… et regrette qu’il n’y ait pas plus d’alternatives à une naissance médicalisée. Je suis consciente qu’un accouchement peut être pathologique , mais la très grande majorité des accouchements sont physiologiques… dans le débat, Bruno Carbone (chef de la maternité de l’hôpital A.Trousseau) disait que dans des conditions physiologiques « la médicalisation doit savoir s’effacer » je suis tout à fait en accord avec lui…

 

Le 28/09/14

Ma fille a aujourd’hui deux mois…je suis encore pleine des émotions de sa naissance. Nous avons mené notre projet d’accouchement à domicile jusqu’au bout, sans regret.

Après plusieurs pré travail, de nouvelles contractions débutent le 28 juillet à 2h30 du matin, je suis à 40SA+3…je n’ y crois pas, les contractions sont irrégulières et pas tellement douloureuses… je me rendors…Vers 4h30, je décide quand même de prendre un bain… Le bain me fait du bien, plus de contractions. Dommage. Je me recouche.

Vers 5h30, ouille je crois bien que c’est parti, je reste au lit tout de même… J’appelle la nounou de ma fille dés que l’heure est acceptable. A 7h j’appelle la sage femme qui part de chez elle a 7h30 pour 1h45 de route. J’appréhende malgré moi de la faire se déplacer pour rien. Je m’active à la maison, je range, je m’occupe j’ai envie d’accueillir notre toute petite dans un nid douillet. Mon mari est parti déposer la grande chez la nounou. Il revient, nous voilà partis pour une balade dans les champs en amoureux. On discute, on rigole, on commence cette journée au temps humide en se disant que dans quelques heures nous serons quatre. Ah je suis mouillée à chaque contraction, je crois que la poche s’est fissurée, les contractions sont douloureuses et régulières depuis un moment, on décide de rentrer, notre sage femme va bientôt arriver. 9H15, la voilà, (avec tout son matériel, un vrai débarquement!) je suis contente de la voir, elle propose de m’examiner, 3cm de dilatation, ouf elle n’est pas venue pour rien. Elle s’installe, papiers, matériel…je suis sur le ballon, on discute. Au bout d’un moment on décide de repartir se balader. Elle nous attend dans la salle a manger, s’occupe pendant notre balade qui durera presque 45 min. Le temps s’écoule, au fil des contractions. Je bouge, boit beaucoup , on discute tous les trois tandis que je suis sur le ballon. Mon mari fait la cuisine avec les légumes qu’il vient de cueillir dans le jardin, la vie suit son cours. Les contractions s’intensifient, il me fait de l’acupression en bas du dos selon les conseils que nous avait donnés notre sage femme. Vers 11h, j’ai besoin d’être seule, je monte dans la chambre du bébé, l’endroit où je souhaite que l’accouchement ait lieu. J’écoute de la musique, je suis fatiguée, les contractions sont très rapprochées. La musique est douce, la lumière tamisée, la chambre sent bon la lavande. Je m’allonge entre deux contractions. Je suis découragée, je trouve le temps long, j’ai hâte que notre petite soit là. Les 2 dernières heures sont difficiles. J’essaie plusieurs positions, finalement c’est à quatre pattes que je suis le mieux. Notre sage femme vient par intermittence, puis reste finalement avec nous. Et là, mon corps entier pousse, irrépressiblement, une fois, la tête est là. Deuxième fois, le reste du corps. Elle est née ça y est ! Je la prends sur moi, nous nous découvrons… ma petite bien au chaud contre moi, nous attendons la délivrance… qui arrive rapidement. Le placenta est entier, notre sage femme, nous le montre, nous explique. Elle pèse les pertes de sang, et décide de me faire une injection d’ocytocine.

H tête rapidement, je me remets doucement de mes émotions, elle est si belle, je me sens si fière de lui avoir donné naissance. Mon mari nous apporte le repas et nous mangeons dans la chambre en discutant. H est pesée, c’est un beau bébé, en pleine forme !

Notre sage femme restera encore quelques heures, puis nous laissera pour revenir à J3, jour où nous verrons aussi le pédiatre. Notre aînée rentrera en fin de journée, et notre vie à quatre commencera tranquillement dans la chaleur de notre foyer.

Je garde de cet accouchement une émotion intense. Et un sentiment d’accomplissement. Fière de mon corps qui a su donner la vie, heureuse de cette naissance pleine de douceur et d’humanité. Avec  un attachement particulier pour la merveilleuse sage femme qui nous a accompagnée et qui a su allier à la perfection la douceur, la compréhension et tant d’autres qualités au professionnalisme.

Cette aventure je suis heureuse et comblée de l’avoir menée, et d’avoir vécu cette naissance respectée.

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