« C’est, une fois de plus, oublier que les êtres humains ont tous des sensibilités différentes, des histoires de vie particulières, des besoins différents »

Publié le Mis à jour le

J’ai accouché pour mes deux enfants à domicile il y a 7 et 8 ans et j’ai pu bénéficier d’un accompagnement de grande qualité par la même sage femme du début de chaque grossesse jusqu’à la rééducation post natale. C’est une chance considérable aujourd’hui.

Mon mari a immédiatement été investi dans la relation avec ses enfants et notre fils aîné n’a pas subi la difficulté de la séparation de sa maman, lors de la seconde naissance, alors qu’il était encore très petit ! Je passe sur la longue liste d’avantages dont j’ai pu bénéficier…

Infirmière de métier, j’ai exercé il y a 11 ans pendant une année dans un service de réanimation néonatale et j’ai eu besoin à cette période de me rapprocher d’un vécu positif de la naissance.

J’ai alors rencontré des parents et sage femmes témoignant de naissances respectées. C’est donc avant même de porter un enfant que j’ai ressenti la naissance comme un passage essentiel dans la vie d’une femme, d’un enfant, d’une famille, et que j’ai compris combien notre système de soin niait son caractère intime, empêchait même le bon déroulement de ce processus complexe qu’est un accouchement physiologique.

Quand nous avons attendu notre premier enfant j’ai eu une première consultation avec un gynécologue obstétricien et j’ai tout de suite compris que l’objet de cette relation n’était pas de m’accompagner de façon positive et sereine vers la naissance de mon bébé mais plutôt de me faire rentrer dans un cadre de pratiques et de protocoles, de suivre ma grossesse comme un risque potentiel de maladie, d’accident.

Nous nous sommes donc rapidement tournés vers une sage femme pratiquant le suivi global, consciente de par ma formation que le système de santé découpe en rondelles un patient et oublie presque toujours de le regarder en entier. Le suivi global permettait donc d’éviter cet écueil et surtout, surtout, la sage femme est formée à la physiologie là où le gynécologue est formé à la pathologie. Et comme énormément de grossesses, les miennes se sont déroulées de façon « normale », sans pathologie.

Je n’ai jamais refusé de me tourner vers l’hôpital en cas de souci, c’est pour moi la vocation des professionnels exerçant en milieu hospitalier ; soigner et sauver des vies quand il y a maladie. Çà m’est arrivé lors de mes grossesses d’aller aux urgences obstétricales, contente de trouver les compétences et globalement la considération dont j’avais besoin : une fois pour une MAP traitée avec Adalate et une fois pour une GEU.

 

Mais l’accouchement est un processus physiologique subtil et la qualité de l’environnement est pour moi fondamental pour assurer son bon déroulement. C’est écrit comme çà dans mes tripes.

J’ai souvent peur de la maladie, je connais les risques potentiels d’un accouchement  mais j’ai confiance que mon corps sait accoucher si on lui laisse faire son chemin.

Je suis quelqu’un de très sensible à mon environnement et il peut bien souvent m’émouvoir, voire même me faire perdre mon équilibre.

Donc moi, M., je sais que pour mettre mes enfants au monde j’ai besoin d’intimité, de silence, d’une femme confiante,  et entièrement présente à mes côtés, qui surveille et intervient seulement si nécessaire, de mon conjoint protecteur.

Ces conditions sont IMPOSSIBLES à réunir à l’hôpital.  Parce que même dans une salle dite « nature » au cœur d’un bloc obstétrical il aura fallu se déplacer, se présenter, expliquer etc… et donc rompre tout le début du processus d’intériorisation, d’une part, et d’autre part l’ambiance du lieu « hôpital » est obligatoirement perceptible, même derrière un mur.

 

Je me sens moins en sécurité à l’hôpital que chez moi parce que je sais que les bruits, les paroles, les inconnus, la peur que peuvent vivre les autres personnes autour, la pression du protocole,  me touchent et m’influencent de manière douloureuse, et donc empêcheraient le bon déroulement de mon accouchement.

Donc aujourd’hui de nouveau enceinte de notre troisième enfant, je fais le choix,à  nouveau d’accoucher chez moi, avec une sage femme, professionnelle de la physiologie, qui nous connaîtra, moi et mon mari depuis plusieurs mois, qui aura compris certaines de nos problématiques qui peuvent éventuellement interférer sur le bon déroulement de la naissance, avec qui j’aurai parlé de mes peurs, des siennes, de l’accueil de notre bébé, sa place dans notre famille, mes joies et mes difficultés.

J’espère que je trouverai, comme pour mes 2 autres grossesses, des professionnels hospitaliers ouverts et respectueux de ma démarche, qui « ouvriront » mon dossier et seront prêts à m’accueillir avec professionnalisme si je dois avoir besoin d’eux finalement lors de mon accouchement. Parce que je sais que je peux avoir besoin d’eux.

Je ressens énormément de gratitude pour ces professionnelles qui m’accompagnent dans ma démarche, fortes de leur formation, de leur pratique, de leur expérience et je suis tout à fait en sécurité avec elles. Elles méritent d’être considérées avec respect.

Je suis très très en colère face à l’incompréhension sourde et aveugle dont font preuve aujourd’hui les professionnels de santé et les politiques qui veulent interdire cette possibilité d’accouchement à la maison, parce que c’est une fois de plus oublier que les êtres humains ont tous des sensibilités différentes, des histoires de vie particulières,  des besoins différents.

Si elle devait arrêter d’exercer son métier sous la même pression que rencontrent des sages femmes d’autres régions et ne pouvait pas venir le jour J, si aucun autre professionnel n’acceptait de venir alors, je resterai chez moi, et si par bonheur les choses se déroulaient assez rapidement et « normalement », je mettrai mon bébé au monde chez moi, toute seule. Pas tout à fait seule non, avec mon mari et ma sœur qui a accouché elle aussi deux fois à domicile avec une sage femme.

Car aujourd’hui où puis je aller accoucher en étant certaine que mon intimité et mon besoin de silence et de calme seront respectés ? NULLE PART à proximité de chez moi. Nulle part. Il n’y a aucun lieu assurant ce contexte favorable.

Je ne serai évidemment  pas complètement sereine d’être chez moi sans les compétences d’une sage femme  car je ne suis pas une écervelée, je suis tout à fait consciente de tous les risques potentiels d’un accouchement pour mon bébé et pour moi.  Et je ne suis pas fière non plus à l’idée de surmonter la ou les phases « critiques » , d’un accouchement, celles où l’on désespère d’y arriver, sans la présence rassurante et encourageante d’une professionnelle. Ce serait alors un non choix.

Mais avant tout, je suis surtout consciente que pour moi il y a PLUS de risques de subir des influences négatives sur le processus physiologique de mon accouchement à l’hôpital que dans l’intimité, chez moi, dans le silence, la chaleur, la semi obscurité, l’absence de regards inconnus.

Je le répète car c’est la base de ma démarche d’accouchement à la maison : notre sécurité pour moi et mon bébé.

Voilà.

MERCI DE VOTRE CONSIDÉRATION.

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