« Une longue liste de petites et grandes choses qui font TOUTE la différence dans le VÉCU DE L’ACCOUCHEMENT »

Publié le Mis à jour le

Madame la Présidente,

Je me permets de vous écrire afin de vous faire part de mon point de vue sur l’AAD, ayant accouché deux fois, une fois en maternité, la seconde à domicile. Pour avoir connu les deux, mon choix si je devais de nouveau choisir se porterait sans conteste sur l’AAD. Bien consciente de la nécessité d’un accouchement en structure dans certains cas pathologiques (mes amies ayant vécu des accouchements qui n’auraient pu se faire à domicile : béance du col, pré-éclampsie, prématurité, …), du développement des structures types maisons de naissance et plateaux techniques, ainsi que des risques et bénéfices du choix de l’AAD, je voudrais vous expliquer par ce tableau les raisons qui m’ont fait préférer mon accouchement à domicile avec mon vécu.

L’AAD L’accouchement en structure
Inscription obligatoire à la maternité de mon choix au cas où pour une raison ou une autre il me faudrait y accoucher, par mesure de sécurité. Inscription à la maternité de mon choix.
Une seule et unique sage-femme pour tout le suivi, pendant la grossesse, pendant l’accouchement, pendant le post-partum qui a appris à nous connaître (mon compagnon et moi) avec notre vécu, notre expérience, nos non-dits. Nous avons aussi appris à la connaître et à lui faire confiance. Cela évite un stress considérable. 3 sages-femmes et 2 étudiantes sages-femmes m’ont suivie, et ce uniquement pour la durée du travail. Avant cela j’ai vu 3 sages-femmes différentes pour les derniers rendez-vous de la fin de grossesse et ma gynécologue en début de grossesse. Quantité de personnes différentes (sages-femmes, étudiants, internes, gynécologues, infirmières, aides-soignantes, personnel de jour, de nuit, je ne savais plus qui était quoi …) durant mon accouchement et mon séjour de 21 jours à l’hôpital, étant donné que j’étais en CHU et que j’ai eu la faiblesse d’accepter que les étudiants se forment « sur moi ».
Un lieu connu où j’ai toutes mes affaires et rien à préparer, ma musique, mes activités, mes vêtements, les vêtements du futur bébé, un lieu que j’adapte et que je modifie à ma convenance. Un lieu plus ou moins inconnu, plus ou moins médicalisé, les affaires à préparer pour le départ avec la peur d’avoir oublié quelque chose à la maison, le stress du transport, de savoir si on va arriver à temps ou trop tôt, l’inconfort du trajet en voiture.
Savoir que c’est MA sage-femme qui m’accompagnera durant tout l’accouchement, qu’elle sera là à chaque instant et aura donc une réactivité immédiate en cas de problème. Très peu de touchers vaginaux, s’allonger le minimum, rester active et être activement aidée par mon compagnon. Toutes les ½ heures une sage-femme et un toucher vaginal sans même une demande d’accord préalable, l’inconfort et la douleur de la position allongée avec monitoring permanent. Entre-temps, personne et peu de communication.
Gérer mes contractions avec ma sage-femme, avec ce qu’elle m’a appris, ses massages, les massages de mon compagnon. La péridurale n’est pas infaillible et je n’avais eu aucune information là-dessus, aucun apprentissage de la gestion de la douleur si elle ne fonctionnait pas ou se latéralisait …
Personne pour me déranger après l’accouchement, je mange quand je veux, je me réveille quand je veux ou quand bébé veut. Pas de bruits d’autres bébés, d’activités extérieures, … Visite nocturne pour voir si tout va bien, contrôle répété de la tension et de la température, on me réveillait pour mon petit déjeuner le matin à 7h, impossible de faire une grasse matinée avec tous les examens et les bruits environnants. Je n’ai jamais été aussi fatiguée que durant mon séjour à l’hôpital où pourtant je n’avais « rien à faire » : pas de ménage, pas de repassage, pas de lessive, pas de vaisselle, pas de cuisine …
Mon compagnon a pu rester confortablement avec moi et s’occuper de notre bébé Supplément à payer si mon compagnon voulait rester dormir et dans ce cas là il dormait dans un fauteuil déplié des plus inconfortables ! Supplément pour son petit déjeuner, frais en plus pour ses repas, …
Mon suivi en post-partum et le suivi de mon bébé ont été faits par MA sage-femme, tous les jours suivant l’accouchement, elle a pris le temps de discuter avec nous, de nous conseiller, on s’est ouvert à elle, ce que nous n’aurions pas fait ou difficilement et sommairement avec une inconnue. Trop de suivi et finalement aucune réponse concrète à mes interrogations, des avis divergents suivant les équipes et/ou les personnes.

Je me suis aperçue que mes craintes vis-à-vis de l’AAD la première fois qu’on m’en a parlé étaient infondées : j’avais peur qu’en cas de problème on ne puisse pas réagir suffisamment vite. Or, l’hôpital se situe à 15 min de chez moi et durant mon accouchement en maternité il a fallu 6 heures de souffrance avant qu’on ne me réopère pour un thrombus vulvaire alors que j’étais à 5 minutes de la salle d’opération (3 étages plus bas). Les médecins m’ont dit et répété que c’était normal que je fasse de la rétention d’eau alors que j’avais doublé de volume … malgré mon inquiétude et mes questions, ils ne m’ont donné aucun traitement, résultat l’eau a rempli les ¾ de mes poumons : j’ai haleté pendant des jours en soin intensif et séparée de mon bébé, suivi une rééducation, eu bi-quotidiennement des injections d’anticoagulant suite à une erreur de diagnostic … 21 jours à voir mon bébé en pointillés, mon compagnon aussi, abonnée à la douleur, à l’oxygène, au tire-lait et aux soins intensifs.

Voilà une longue liste de petites et grandes choses qui font TOUTE la différence dans le VÉCU DE L’ACCOUCHEMENT, que ce soit pour mon compagnon, pour notre bébé ou pour moi. J’ai toujours des regrets lorsque je pense à mon premier accouchement « raté » … je regrette de n’avoir pu le vivre comme j’ai vécu le second et ne n’avoir pas pu offrir cette naissance tout en douceur à mon aînée.

Vous comprendrez donc mon inquiétude quant à la possible disparition de l’AAD en France, avec ce passif je ne me vois plus accoucher en structure, je le vivrais très mal physiquement et moralement, mon compagnon également. Et je ne me vois pas non plus faire un accouchement non assisté.

J’ai vu que récemment des sages-femmes avaient été suspendues de leurs fonctions car elles auraient manqué à leur obligation d’informer complètement des patientes. J’aimerais réagir à cela car je pense qu’au contraire une sage-femme qui suit sa patiente tout le long renseigne d’autant mieux cette dernière. J’ai connu nombre de sages-femmes, gynécologues, anesthésistes pour mon premier bébé et, par exemple, aucun ne m’a dit qu’une péridurale pouvait ne pas fonctionner, se latéraliser ou insensibiliser complètement, ne pas aider bébé à descendre, augmenter les risques d’épisiotomie et d’interventions type ventouses et forceps, … Tout cela je l’ai appris bien après en parcourant les forums, sites internets dédiés et études sur le sujet. Je n’ai pas souvenir d’avoir signé un document d’information sur ces risques. De même qu’en salle d’accouchement, tout juste m’a-t-on que sommairement dit ce qu’on allait me faire : « Je vous injecte de l’ocytocine pour accélérer le travail. » « Je vous pose un cathéter. » « Bon, on va voir si ça a avancé. » (juste avant de me faire un toucher vaginal), je ne trouve pas que cela soit une « information complète » ni d’avoir été franchement libre de mes choix, je subissais le protocole de soin, voilà tout (tout comme peut être les sages-femmes le subissent également d’une certaine façon).

Mon propos n’est pas de critiquer le personnel des maternités car je peux comprendre qu’avec plus de 4000 accouchements par an, on n’a pas forcément beaucoup de temps à consacrer aux patientes, avec en plus tous les dossiers de suivi à établir et quantité d’autres paperasses en tout genre.

C’est pour tout cela que j’aimerais, pour moi et pour mes filles dans le futur, qu’il soit donné aux femmes de pouvoir au moins avoir le choix d’un suivi différent de celui proposé par les structures existantes.

J’ai essayé de faire court et n’y suis pas arrivée, mais le sujet ne s’y prête pas et me tient bien trop à cœur. Je vous remercie d’avoir pris la peine de me lire et j’espère que cela contribuera à empêcher la disparition de l’AAD, une pratique ni primitive ni dangereuse ni extrémiste mais simplement humaine et respectueuse.

Avec mes salutations les plus sincères.

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