« On ne me volera plus un moment si unique, si intime. C’est une trop grande blessure dans la vie d’une femme. »

Publié le Mis à jour le

Madame la Présidente,

Maman de deux enfants, mon expérience lors de ces 2 grossesses et accouchements est bien différente. La vie a fait qu’ils se sont déroulés avec 10 ans d’écart. Cela m’a permis de m’écouter, me renseigner et de tout mettre en œuvre pour que le dernier se déroule dans le respect. J’espère bien que pour le 3ème je puisse aller jusqu’au bout de mes souhaits.

Je suis une personne qui va très peu voir le docteur. Tant mieux pour moi, me direz-vous, mais ce n’est pas seulement la chance de ne pas tomber malade, j’y vais quand vraiment cela est nécessaire. Je n’allais pas changer de point de vue en étant enceinte. Pour les 2 grossesses, j’ai eu un suivi personnalisé. Avec mon médecin généraliste pour la 1ère et une SF libérale pour le 2ème. Le souhait d’accoucher à domicile était déjà présent pour ma 1ère grossesse, seulement à l’époque je pensais qu’il n’y avait pas besoin de suivi particulier. Je m’y suis prise trop tard…

Nous avons préparé l’arrivée de bébé 2 pour un AAD. Tout au long de ma grossesse, j’ai pu installer une relation de confiance avec la SF. Elle ne m’a pas forcé ou culpabilisé par rapport à des examens médicaux faits automatiquement alors qu’ils ne sont pas obligatoires et effectués alors que la pathologie n’a pas lieu d’être (j’avais également un suivi gynécologique, je ne savais pas qu’une SF peut le faire, mais j’ai bien vite arrêté car toucher vaginal à chaque fois, 15 mn accordé et en plus sans le moindre sourire). Elle m’a indiqué des lectures sur l’accouchement physiologique. Et la chose la plus importante qu’elle m’a enseigné pendant toute cette préparation, c’est de me faire confiance. J’ai eu besoin de lui parler franchement et je n’aurais pas pu le faire sans que la confiance soit installée. Mon ami (pour qui c’était le 1er) a été écouté et rassuré. Il avait peur de « tourner de l’œil », la SF nous a donc proposé qu’une personne nous assiste au cas où. Pour lui c’était important que j’ai quelqu’un de proche à mes côtés si lui ne pouvait rester jusqu’au bout.

Nous avons arrangé la chambre de naissance avec des coussins, de quoi me suspendre, le ballon, une baignoire… Nous avons pensé, préparé et créé une atmosphère propre à nous, nos besoins, en ce moment si intime.

Lorsque bébé a montré des signes de son arrivée, paisiblement le papa, la SF et mon amie sont venus à la maison. Mon amie connaît ma maison, pas besoin de lui indiquer où sont rangées les choses. Elle fut d’une grande aide d’un côté logistique. J’ai pu ainsi avoir le papa à mes côtés pendant tout le travail. Ma SF m’a massé, proposé de faire ceci ou cela. Quand je ne le souhaitais pas, elle me proposait autre chose. Se sentir en sécurité est vraiment essentiel dans ce moment où il faut se laisser s’ouvrir…

Bébé a vraiment pris trop de temps pour sortir et nous avons dû nous rendre à la maternité.

Dès l’arrivée aux urgences, j’ai été mise dans un fauteuil roulant. Mais je n’étais vraiment pas bien dans cette position, je me suis remise accroupie (comme je l’étais dans la voiture… maudits ronds- points…).

Arrivée dans la salle d’accouchement, ma SF a transmis les informations à la SF de la maternité. Elle ne pouvait pas rester, je me suis sentie abandonnée… Elle, qui nous a suivis jusque là, ne peut même pas voir bébé naître… La vie est déjà tellement dure, pourquoi infliger tant de frustration…

Je devais me mettre assise pour mettre la perfusion, le monitoring… J’ai fait ce que l’on me disait de faire (heureusement ce fut rapide) et me suis remise accroupie sur la table. La SF et son assistante m’ont demandé à plusieurs reprises de me mettre sur le dos. J’ai tenu bon et ai refusé. Ces 2 SF m’ont remercié après la naissance d’avoir accouché ainsi. Cela changeait de l’ordinaire.

J’ai pu rester 2h et mettre mon bébé au sein. Le bonheur !!! Car pour ma fille, bébé1, on me l’avait retirée tout de suite. Beaucoup de choses ont changé en 10 ans…

Mais il y a encore des gestes automatiques, des souhaits non respectés. C’est mon corps et il me semble être en droit de choisir. Donc même en 2013, injection d’ocytocine à mon insu après la naissance (c’est mon ami qui n’a pas voulu me le dire tout de suite car il savait que je n’étais pas d’accord… il ne voulait pas me contrarier pendant un moment si magique…), injection de vitamine K à bébé, alors que 3 semaines plus tard ce n’était plus obligatoire… J’en ai pleuré… Demandé qu’on ne lui fasse que le lendemain… « Non, c’est le protocole !!! » C’est aussi le protocole d’habiller un bébé qui vient de naître avec un body, une brassière en laine et un pyjama alors que nous sommes en juillet et qu’il fait 30°… Collé contre moi, il serait resté bien au chaud… Ainsi que de l’avoir dans mes bras pendant le transport en chambre : « Ah non madame, vous ne pouvez pas » « Mais il est au sein… » « Mais madame voyons cela peut choquer des gens de voir un bébé allaité !!! » Là elle poussait vraiment le bouchon trop loin, j’ai donc demandé à mon ami de me donner un lange et j’ai caché mon enfant et ce sein (que je ne saurais voir !)…

Heureusement, il est possible de sortir vite maintenant, et de rentrer à la maison.

Vous parler de mon expérience d’il y a 10 ans… Est-ce que cela en vaut vraiment la peine… Je n’ai pas accouché, il y a 10 ans, je ne me suis pas du tout sentie actrice de ce moment… Juste là, les jambes écartées devant des inconnus. Oh tiens, un étudiant qui passe, « il peut toucher votre col ? ». Insécurité totale, pas en confiance pour laisser bébé1 sortir. Il a fallu aller le chercher… A la cuillère, à la ventouse… Et puis pour le placenta, debout sur le ventre de madame…

Alors, pour bébé3 ???

Et bien je souhaite que cette grossesse se déroule aussi bien que les 2 premières et que je puisse Accoucher A Domicile. S’il n’y a plus de SF pour cela… Vous connaissez le livre « Accoucher par soi-même » de Laura Kaplan Shanley. Pour l’instant j’en fais lecture, juste pour connaitre son ressenti, sans arrière pensée. Mais si je n’ai pas le choix, pourquoi pas ?… Car s’il en est ainsi, je ne l’aurai pas, le choix. On ne me volera plus un moment si unique, si intime. C’est une trop grande blessure dans la vie d’une femme.

Madame la Présidente, si vous ne le faites pas pour vous, pour vos filles, petites-filles, faites le pour les femmes de France. Laissez-nous le choix !

Je témoigne ici anonymement, pour que ma SF n’ait pas de souci.

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