« Aujourd’hui, je pense à mes filles qui, si nous ne faisons rien aujourd’hui, ne pourront plus avoir ce choix »

Publié le Mis à jour le

Madame la Présidente,

 

Le 24/12/2010, j’ai accouché de mon premier enfant à la maternité de [XX]. Une maternité qui obtenait quelques mois plus tard le label « Hôpital Ami des bébés », une maternité ouverte sur les projets différents. L’accompagnement de la maternité pour ce premier enfant m’avait tout à fait convenu, j’avais rédigé un projet de naissance. Le jour J, mon accouchement s’est déclenché naturellement, l’équipe autour était respectueuse de mes choix et me laissait gérer.

Par peur de l’inconnu, de la douleur, de la fatigue, j’ai fini par demander une péridurale alors que je supportais bien les contractions.

La péridurale perturbe le réflexe de poussée. J’ai commencé à pousser sans doute trop tôt, sur le dos, dans une position pas du tout adaptée. J’avais cependant choisi une position qui me paraissait mieux avec le maïeuticien, qui faisait tout pour m’encourager. Mais après de 30 minutes de poussées pour rien, l’obstétricien est arrivé et j’ai été complétement dépossédée de mon accouchement. Je me suis retrouvée à  recevoir des dizaines d’ordres répétés, sur un ton pas du tout agréable : « changez de position », « rentrez la tête, appuyez sur votre ventre », « vous poussez mal ».

Le temps passait, le bébé ne souffrait pas, je commençais par contre à fatiguer et avait envie de tout arrêter. L’obstétricien a alors procédé à une épisiotomie, mon mari a essayé de s’interposer, je lui ai dit de laisser car j’en avais vraiment marre. Il a donc coupé devant mon mari… Bébé est sorti… une petite fille. On me l’a posée sur moi. Le placenta a été tiré très vite et là le médecin a commencé à me recoudre immédiatement, sans remettre d’anesthésiant alors que je rencontrais mon bébé. Ce moment aurait dû être un moment merveilleux mais je me contrôlais pour ne pas faire peur à petite fille en grimaçant de douleur… J’ai également perdu énormément de sang, je ne savais pas pourquoi à l’époque… Mon bébé n’a tété correctement qu’au bout de plusieurs jours, elle dormait tout le temps.

Il m’a fallu des mois pour me remettre moralement et physiquement de cet accouchement, des mois pour pouvoir marcher plus d’une heure sans avoir mal au périnée, des mois pour avoir des rapports sexuels non douloureux, des mois pour redevenir une femme. L’évocation de cet accouchement me faisait systématiquement monter les larmes aux yeux…

Deux ans plus tard, dans une autre ville, je retombe enceinte. J’étais très ennuyée car je ne savais pas du tout où accoucher pour ne pas revivre la même chose, c’est là que mon mari m’a suggéré un accouchement à domicile. Pour le premier il ne se sentait pas prêt car peur de l’inconnu mais là il était partant. Je ne savais pas trop mais j’ai quand même appelé une sage-femme qui en pratiquait et là, ces quelques minutes de discussion avec elle ont validé ce choix : oui je voulais vivre cet accouchement chez moi.

Le suivi de grossesse a été très peu médicalisé : les échographies obligatoires, les visites mensuelles avec la sage-femme qui contrôlait que tout allait bien, 2 visites avec un obstétricien pour le cas où nous devrions basculer sur la maternité mais surtout des heures de dialogue avec la sage-femme pour sceller la confiance pour le jour J.

Le jour J est arrivé et c’est tout naturellement, après avoir prévenu la sage-femme, que nous avons vécu le travail seuls, hors du temps, au rythme des contractions. Nous avons appelé la sage-femme lors de la rupture de la poche des eaux. Elle est arrivée très rapidement (il était 2h du matin) et a agi telle une petite souris sans jamais me parler pour ne pas perturber le travail.

Ne pas avoir de péridurale, être dans la pénombre, n’avoir personne qui me parlait, personne qui me touchait sans que je ne le demande m’a permis de savoir exactement ce que je devais faire. C’est ainsi que ce 2eme bébé est arrivé en quelques poussées. Le placenta a naturellement été expulsé environ 30 minutes après grâce à la tétée efficace de mon bébé. Je n’ai eu qu’une petite déchirure à cause de la précédence épisiotomie.

Cette naissance nous a plongés dans une joie intense, un sentiment de plénitude. Cette deuxième petite fille est arrivée dans le calme, elle a à peine crié au moment de sortir puis n’a plus jamais pleuré au chaud contre moi. Nous avons ensuite rejoint le lit et avons savouré dans le calme  cette rencontre avec notre bébé.

Pendant ce temps, la sage-femme faisait son compte-rendu, rangeait, nettoyait, nous veillait. Elle est restée plusieurs heures puis est revenue tous les jours puis tous les 2/3 jours jusqu’à ce que le bébé et moi soyons en état de ne plus avoir de suivi.

Les  semaines qui ont suivi, la plénitude a continué dans notre foyer, ma fille ne pleurait pas, ses besoins étaient comblés et la sage-femme qui nous a accompagnés est devenue une véritable amie.

Je me suis physiquement très vite remise, remarchant longtemps sans problème 3 ou 4 semaines après l’accouchement, reprenant assez rapidement une vie sexuelle.

 

Aujourd’hui, nous n’avons pas pour le moment de projet de 3ème enfant mais nous ne nous voyons pas faire autrement que l’accueillir à la maison si cela se concrétisait.

Aujourd’hui, je ne dis pas à mes amies qu’elles devraient accoucher à la maison mais je leur dis que c’est faisable dans le cadre de grossesses non pathologiques et qu’on devrait toutes avoir le choix.

Aujourd’hui, j’admire ma sage-femme et ses rares homologues qui se dévoue non-stop à leurs patientes car un bébé ça ne prévient pas quand ça arrive, leurs téléphones sont du coup en permanence allumés, elles n’ont ni soirées, ni week-ends tranquilles car à tout moment le téléphone peut sonner. Les  fois où elles prennent des vacances sont très rares. Je les admire aussi car elles risquent gros : radiation, amendes et même prison car elles ne peuvent pas s’assurer (primes d’assurances équivalentes à leur salaire annuel) et sont pourtant dans l’obligation de le faire.

Aujourd’hui, je pense aussi à ces mamans qui auraient tant aimé vivre leur accouchement chez elles mais qui n’ont pas pu ou qui ne pourront pas car elles n’ont pas la chance comme moi d’avoir une sage-femme qui pratique les accouchements à domicile à proximité.

Aujourd’hui, je pense à mes filles qui si nous ne faisons rien aujourd’hui ne pourront plus avoir ce choix.

Si ces sages-femmes pouvaient s’assurer, elles seraient plus nombreuses. Les familles pourraient avoir le choix, les sages-femmes pourraient vivre en parallèle de leur métier vivre leur vie de famille.

Alors aujourd’hui, pour tout cela, je me bats au sein du Collectif de Défense de l’Accouchement à Domicile, aux côtés d’autres femmes, d’autres hommes pour défendre notre droit, notre choix de vivre un accouchement comme nous le souhaitons et défendre les sages-femmes qui accompagnent les familles dans ce choix.
Je vous remercie pour votre attention, veuillez agréer, Madame la Présidente, l’expression de mes sentiments distingués.

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