« [La gynécologue et la sage-femme] ont travaillé de concert pour que j’aboutisse dans les meilleurs conditions à mon choix : l’AAD »

Publié le Mis à jour le

Bonjour,

Je m’appelle M., j’ai 29 ans, je suis un travailleur indépendant dans les domaines du graphisme et de l’illustration. Mon mari, M., que j’ai rencontré il y a 14 ans, a 32 ans, est aide-soignant.
Nous habitons […] tout près de son Centre Hospitalier Universitaire de niveau III où mon mari travaille.
La sage-femme qui pratique des accouchements à domicile (AAD) la plus proche de chez nous est D., qui exerce dans le département voisin à 1h environ de notre domicile.

L’idée de l’AAD est devenue évidente pour moi au fil de mes lectures, de mes rencontres, de mon analyse personnelle des bénéfices/risques d’un accouchement en milieu hospitalier au début de ma première grossesse. Celle-ci s’est achevée par une mort fœtale in utero au 6ème mois.
Ma fille avait des malformations, son décès reste inexpliqué.
Sa naissance se passa en milieu hospitalier de manière respectée et empathique dans nos choix d’AAD.

A contre cœur, mon deuxième accouchement se déroula également en milieu hospitalier de manière la plus naturelle possible dans cet environnement.
Quoique respectés dans nos choix et notre plan de naissance, le cadre ne se prêtait pas, pour moi, à une atmosphère adéquate pour donner naissance.

Les 3 jours suivant passés sans possibilité de sortie précoce furent extrêmement laborieux pour instaurer le calme et la paix que nécessitent les premiers jours entre un nouveau-né et sa famille : réveil (trop) matinal, examens inutiles, bains imposés sans vrai consentement, pas de possibilité de préserver l’intimité…

En accord avec ma gynécologue qui suivait ma grossesse « à risques » que l’accouchement, en lui-même, ne l’était pas tant que tous les examens préalables était corrects, mon troisième accouchement se déroula chez nous.
L’AAD a pour moi, pour notre famille, été bénéfique à plus d’un titre.

Le suivi unique de l’accouchement

Suivi de l’accouchement car, pour ma part, le suivi de la grossesse passe désormais dans les mains de nombreuses personnes. Mais quel bonheur où, le jour J, une seule personne est là, toujours là, pour vous encourager, vous donner toute son empathie, sa disponibilité et son attention aussi bien physique que mentale. Ce(tte) sage-femme vous donne tout pour que vous puissiez donner tout à votre bébé.

En milieu hospitalier, bien que nous soyons également « tombés par hasard » sur des sages-femmes très empathiques, la pression de la gestion de plusieurs accouchements, la paperasse à remplir au fur et à mesure, la gestion des tâches administratives et je dois l’avouer, l’envie que la relève vienne car c’est l’heure de débaucher, font que les personnes les mieux intentionnées du monde ne vont pas réussir à créer le climat de confiance absolu dont la mère en travail a besoin.

Le respect dans les soins

Pas d’empressement, pas de gestes invasifs, pas de pressions car « Madame F. attend aussi que je lui montre la tétée en ballon de rugby ». A domicile, le rythme n’est pas dicté par les soignants mais par le quotidien de la famille et les besoins de la maman et du petit. Peut-être est-ce plus spécifique à ma sage-femme mais elle n’a touché mon fils qu’à sa 5ème  visite, le 5ème  jour après sa naissance car je lui ai confié.

La continuité du rythme familial et sa familiarité

Être chez soi implique un bien-être fondamental : les repères sont là, ancrés.
Pour ma part, j’ai besoin d’un temps d’adaptation à un nouvel environnement : je n’aime pas les voyages car ma maison et mon environnement me manquent. Ce manque est donc un malaise qu’il me faut apprivoiser en quelques jours. Quand ma deuxième fille est né, ce malaise était une surcharge trop fatigante pour gérer comme je le souhaitais son arrivée sans peine. La naissance de mon fils chez moi, en comparaison, était un pur bonheur que j’ai savouré sans aucune fatigue ni stress lié à mon environnement.

Le respect de l’intimité

D’une part, les sages-femmes nombreux(-ses) à défiler sur 3 jours d’hospitalisation à qui j’ai dû inévitablement montrer mes parties les plus intimes. Entre l’impression d’être un morceau de viande et un lieu public, ça ne m’a pas laissé beaucoup de marge pour garder l’intégrité et la puissance que j’ai ressenties en donnant la vie.
Heureusement, en AAD, ces soins sont moins imposés, plus expliqués et surtout, pratiqués par une seule et même personne.

D’autre part, l’obligation (pour mon expérience personnelle) de partager sa chambre est un vrai calvaire.
J’avais limité les visites pour gérer au mieux les premiers moments de notre petite famille. Ce n’était pas le cas de ma voisine dont le mari ne se gênait pas pour me faire des remarques dégradantes sur ma forte poitrine allaitante. Un hasard me direz-vous. Peut-être plus fréquent que l’on pense…
Bien sûr, chez moi, pas besoin de vous dire qu’aucun énergumène n’était autorisé à passé le seuil de ma porte.

La peur de déranger

Chez nous, nous n’avons pas peur de déranger un système hospitalier bien plus grand que nous avec des rouages bien rodés qui risquent de gripper à nos demandes particulières.
Demandes on ne peut plus simples mais difficiles à gérer dans ces structures : modifier les horaires des repas, des siestes, des soins, etc…, éviter des gestes jugés inutiles par nous, j’en passe…
J’ai souvent eu l’impression de « gêner » à l’hôpital… Ça ne m’a pas permis d’être en confiance.

La confiance

Dans la vie de tous les jours, il n’est pas forcément aisé d’accorder sa confiance à quelqu’un. Cela prend du temps, plusieurs rencontres, un bon «feeling» permet d’accélérer les choses parfois. Mais du temps reste nécessaire.
Quand on accouche en milieu hospitalier, nous les parturientes, nous devons faire confiance de suite à la personne qui se charge de nous car elle est là, simplement. Comme aux urgences, certes. Mais aux urgences, il n’y a pas de processus créateur en cours, de travail à accomplir, de concentration pour donner le meilleur de son esprit, de son corps et j’ai envie de dire de son aura également. L’enjeu est complètement différent.
Et pour arriver à ces meilleurs conditions, la confiance doit être forte. Pas facile avec le premier venu.
En AAD, la confiance est là, sans question ni arrière pensées parasitantes. Sinon, on n’en serait pas là.
Ces derniers temps, j’ai été choquée d’apprendre que trois sages-femmes avait été radiées de l’Ordre pour leur pratiques d’AAD.
Surtout concernant les raisons invoquées.

Obligation d’informations

D., ma sage-femme, m’en a appris bien plus dès mes premières rencontres avec elle au cours de ma première grossesse que quiconque j’ai pu croiser au détour des couloirs de l’hôpital à ce moment-là. Elle a été particulièrement claire quant aux situations à risque en cours de grossesse et leur non aboutissement vers un AAD. Siège, gémellité, cordon enroulé, placenta praevia,… , autant de cas impossibles à accoucher à domicile qu’il m’en paraissait presque inconcevable que mon « cas » aboutisse.
Concernant la plupart des examens, je me suis renseignée par moi-même sur leur absolu nécessité, leur taux d’échec… Ces renseignements ont été une grande source pour appuyer mes choix face au milieu hospitalier.
Un simple exemple, le tri-test, pour savoir la probabilité que le fœtus soit trisomique, n’était fiable qu’à 60%. Presque un coup sur deux : autant jouer au poker. Une vraie bataille avec la gynécologue pour affirmer haut et fort que non, nous ne ferions pas le tri-test.
Pareil pour mon refus de l’épisiotomie… Les possibles conséquences de ce geste invasif ne m’ont jamais été expliquées en milieu hospitalier.
Et ne parlons pas de la péridurale. Le seul acte pour lequel j’ai dû signer des papiers comme quoi j’en mesurais les risques. Un acte que je refusais complètement. Mais qu’on m’a imposé lors de mon premier accouchement car j’étais en position de faiblesse émotionnelle et sous l’emprise d’un anxiolytique qui m’avait été administré plus tôt, également sous la contrainte. Un contexte de naissance particulier (IMG), certes, mais qui montre aussi la supériorité du personnel soignant dans sa démarche de choisir à la place de la parturiente ce qui sera, selon leur convention, le mieux.

La confraternité

Il est reproché aux sages-femmes incriminées un manquement de bonnes relations et d’entente entre elles et le corps hospitalier des maternités.
Je tiens à rapporter mon cas qui en est complètement à l’opposé.
D., ma sage-femme, a suivi ma première grossesse interrompue. La suite a été donné au Dr. G., gynécologue au service des grossesses à risques de mon hôpital.
Ma 2ème grossesse fut suivie par le Dr. G.. Elle envoya systématiquement des rapports à D. malgré que l’AAD n’était pas au programme pour cette grossesse.
Ma 3ème  grossesse fût suivi à la fois par D. et par le Dr. G.. Je les voyais alternativement tous les 15 jours, soit chacune une fois par mois. Elles se sont tenues informées de mon état et de celui de mon fils tout au long de ces 9 mois par courriers interposés avec leurs rapports et les échographies. Elles ont travaillé de concert pour que j’aboutisse dans les meilleurs conditions à mon choix : l’AAD.
Jamais le Dr. G. n’a dénigré D. et inversement. Et quand l’accouchement fût fait, le Dr. G. m’appela, me félicita et était ravie que j’ai pu donner naissance comme je le souhaitais. Jamais elle n’a fait l’apologie de l’AAD mais jamais elle ne dénigra ce choix. Elle m’encouragea jusqu’à notre dernière rencontre à être optimiste.
De son côté, D. ne m’imposa jamais rien. Elle n’incrimina pas le personnel soignant de l’hôpital envers leurs choix et leur pratique. Elle nous expliquait simplement sa manière de faire, sans jugement ni incitation, et jusqu’au moment où j’étais prête à pousser pour faire naître mon fils, elle me proposait encore de nous rendre à l’hôpital si j’avais changé d’avis.
Les choix et la responsabilité de ces choix nous sont toujours incombés à mon mari et à moi, dans un esprit ouvert, lucide et sans incitation d’une ou l’autre des parties.

Je vous remercie de m’avoir lue et j’espère sincèrement que mon humble témoignage permettra à l’accouchement à domicile de perdurer et, encore mieux, de se développer en France pour laisser le choix à tous.

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