« Dans cet environnement familier, empli de douceur, et désormais empreint de nos plus beaux souvenirs, son papa, lui et moi, nous nous sentons tout simplement en paix »

Publié le Mis à jour le

Madame,

Je me permets de vous adresser ce témoignage, afin que vous puissiez mesurer l’importance de cette possibilité, qui existe encore mais qui devient de plus en plus difficile à mettre en œuvre, que d’accoucher à domicile avec une sage-femme.

Le 19 décembre dernier, notre fils est entré dans notre vie dans l’intimité de notre foyer, et nous n’aurions pu rêver de meilleur lieu pour l’accueillir. Ni une maison de naissance, ni une « salle nature », malgré tous les avantages que ces solutions peuvent comporter, n’auraient su remplacer le doux cocon de notre maison, de notre chambre, de notre lieu de vie.

Ce premier accouchement a été pour moi, comme pour le papa, une expérience incomparable. Jamais dans ma vie je n’avais ressenti une telle force dans mon corps et dans mes émotions. J’ai été complètement emportée, transcendée, par le flux de ce qui se passait en moi.

Tout d’abord, ce fut l’excitation, la joie, l’attente qui enfin trouvait son dénouement ! Lorsque nous avons été sûrs que le travail avait vraiment commencé, nous avons appelé notre sage-femme. Nous savions que nous avions du temps devant nous, elle pouvait arriver sans se presser.

Une fois qu’elle est arrivée, je me tranquillise. Elle m’examine, tout va bien.

Puis, de contraction en contraction, la douleur commence à s’intensifier. Je me fais la réflexion que, si j’étais à l’hôpital, je ne supporterais pas ce que je ressens, j’aurais peur que cela devienne insupportable, et je demanderais une péridurale… Mais je ne suis pas à l’hôpital. Je suis chez moi, dans le lieu au monde où je me sens le plus en sécurité, entourée de mon mari et de ma sage-femme pour me soutenir. Je me sens en sécurité aussi parce que je sais que je le suis : j’ai toute confiance en ma sage-femme pour évaluer en permanence la situation. Elle m’a suivie pendant toute ma grossesse, nous avons eu le temps de nouer des liens. Non seulement elle est compétente dans ce qu’elle fait, mais je la connais et elle me connaît. Elle est là pour vérifier que tout se passe bien et intervenir si nécessaire, je le sais ; je peux lâcher prise en toute sérénité et m’abandonner à mon corps.

Mon corps est libre de s’exprimer. Il peut bouger, prendre la position qui lui convient le mieux. Ses mouvements et ses besoins ne sont pas entravés par des protocoles ou des appareillages. Rien ni personne ne vient interrompre cette danse, cette transe. Je peux me réfugier dans ce corps et ne plus penser à rien, et laisser simplement mon bébé arriver.

Et quand il arrive enfin, nous sommes… chez nous. Nous l’accueillons dans la vie à l’endroit même où sera placé son lit. Les premières perceptions qu’il a du monde extérieur sont celles de ce qui est déjà son foyer, avec ses odeurs, ses couleurs, la lumière particulière du matin à travers les rideaux de la chambre, les sons déjà familiers du village qui s’éveille… Et là, le temps est suspendu. Notre sage-femme nous laisse partager ces premiers instants à trois, nous émerveiller mutuellement de ce miracle de la vie. Pendant quelques instants d’éternité, nous sommes seuls au monde, et rien ne vient briser cette magie. Pas d’impératifs de changement de lieu, pas d’interventions extérieures, pas de protocoles de soins…

La délivrance, les premiers soins, la première tétée se font sur notre lit. Notre fils observe paisiblement ce qui l’entoure, dans le calme de cette matinée d’hiver. La sérénité de ces instants et de cette première journée est indescriptible. Lorsque notre sage-femme quitte notre domicile en début d’après-midi, elle y a passé près de 14 heures.

C’est elle encore qui assure les soins dans les jours qui suivent. Elle revient plusieurs fois nous voir et vérifier que tout se passe bien, et répond à nos questions au téléphone. Notre fils et moi-même ne quittons pas la chambre où il est né avant plusieurs jours. Dans cet environnement familier, empli de douceur, et désormais empreint de nos plus beaux souvenirs, son papa, lui et moi, nous nous sentons tout simplement en paix.

Tout ce que je décris là n’a pas de prix. D’autres personnes auraient préféré la présence rassurante d’une équipe soignante prête à intervenir ou la proximité immédiate d’un hôpital, et je le comprends ; mais pour nous, rien n’aurait pu être mieux que chez nous.

Nous n’envisageons pas d’autre solution pour un prochain accouchement. Mais au vu des circonstances actuelles, nous craignons ne plus pouvoir, alors, bénéficier de cet accompagnement qui nous paraît si indispensable. Accoucher sans la présence d’un professionnel à nos côtés nous paraît impensable. Mais nous ne parvenons pas non plus à envisager renoncer à tout ce que j’ai décrit plus haut. Sans sage-femme pour nous accompagner, quel serait notre choix ? Nous ne le savons pas encore…

Nous avons donc, vous pouvez l’imaginer, suivi avec une grande attention les derniers événements, et notamment la radiation de trois sages-femmes par la chambre disciplinaire du Conseil Interrégional des Sages-Femmes du Sud-Ouest.

Nous ne pouvons substituer notre jugement à celui de la chambre, et nous ne connaissons pas ces sages-femmes. Mais nous avons été atterrés de voir qu’on leur reprochait notamment un manquement à leur obligation d’information des patientes, ainsi qu’à leur devoir de confraternité et de bonnes relations avec les équipes des maternités.

Nous n’avons jamais signé de document auprès de notre sage-femme attestant que nous étions bien informés, il n’empêche que nous avons fait ce choix d’un accouchement à domicile en pleine conscience et en toute connaissance de cause ! D’ailleurs les hôpitaux et les structures hospitalières font-ils signer un document récapitulant tous les risques auxquels leurs patients peuvent être exposés ? Ces risques n’en existent pas moins, et cela ne fait pas pour autant l’objet de procédures disciplinaires.

Quant à la confraternité et aux bonnes relations, nous n’avons pas eu l’occasion de vérifier qu’elles existaient bien en pratique dans la maternité où nous avions choisi de me transférer en cas de nécessité. Du côté de notre sage-femme, le discours envers la maternité était néanmoins très bienveillant. Je suis loin de pouvoir affirmer la réciproque. Lors de mon rendez-vous avec l’anesthésiste de la maternité, je me suis, par prudence, gardée de dire que je projetais d’accoucher à domicile, et je m’en suis bien félicitée. Il m’a posé la question de lui-même après avoir lu mon projet de naissance, et je me suis contentée de dire que j’y avais pensé – en me gardant de dire ce que j’avais décidé. Sa première réaction a été, pensant que ma réponse était négative : « Je peux vous dire que vous avez bien fait ! ». Puis, se sentant en terrain connu, il a enchaîné les lieux communs, tous plus subjectifs et biaisés les uns que les autres. Son discours était édifiant : ces sages-femmes « dans leurs montagnes » qui n’y connaissent rien et qui ont pour « lubie » de faire accoucher « comme au temps de nos grands-mères », dans l’obscurantisme le plus total… « c’est n’importe quoi ! » Et ces pauvres femmes qui arrivent « dans un état ! », juste à temps pour être sauvées de justesse… Le tableau dépeint était pour le moins réducteur, condescendant et généralisant. Ce genre de discours ne laisse miroiter que peu de confraternité et de bonnes relations de sa part à l’égard des sages-femmes libérales à qui il pourrait avoir affaire.

Je ne généralise évidemment pas cette observation à tout le personnel de cet hôpital, et encore moins à celui d’autres établissements. Cependant je constate, à partir de mon expérience personnelle, que les mauvaises relations peuvent aussi être causées par le personnel hospitalier.

En espérant avoir retenu votre attention et vous avoir convaincue que le droit d’accoucher à domicile avec une sage-femme mérite de continuer à exister au sein des autres possibilités du paysage périnatal français, je vous prie d’agréer, Madame, mes plus sincères salutations.

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