« Elles lui ont sauvé la vie »

Publié le Mis à jour le

Madame,

Je vous livre le simple témoignage de mon expérience de l’accouchement à domicile, puisse-t-il vous aider à considérer que la disparition de ce choix est un déchirement pour les femmes comme moi, ainsi que ma famille.

Mes deux enfants sont nés à la maison, en 2009 et 2013. Ma première grossesse s’est déroulée sans problème et il nous est vite apparu, à mon compagnon et moi-même, que la naissance n’avait aucunement besoin de se faire dans un lieu médicalisé. Avec l’assentiment des sages-femmes qui nous ont suivis tout au long de la grossesse (je dis « nous » car ce suivi, comme souvent dans les AAD, laisse une grande place au papa qui est vraiment acteur de l’aventure), nous avons donc prévu un AAD. Ce suivi s’est fait de manière très professionnelle, la sage-femme n’hésitant pas à nous garder parfois deux heures pour répondre à nos interrogations ou partager son expérience. Elle vérifiait que nous allions bien le bébé et moi, nous mesurait, nous pesait, écoutait son cœur, le mien, prenait ma tension, me faisait faire des analyses régulières (si poussées que le personnel du laboratoire était souvent surpris), faisait le point de mes petits désagrément et trouvait des solutions pour m’aider à les surmonter. Lors des séances de préparation à l’accouchement, elle nous a enseigné les différents étapes de la naissance, nous a éclairés sur l’anatomie et la physiologie (tellement généreuse dans la transmission de son savoir que je me suis rendue compte que j’en savais plus sur certains aspect de l’accouchement, qu’une amie infirmière !), nous a conseillés sur les différentes positions qui pourraient me soulager, nous a appris comment émettre des sons qui apaisent… Elle a toujours fait preuve d’un immense respect envers mon intimité, mon corps, mon vécu, par sa patience, sa douceur, son écoute. Le jour où mon fils est arrivé, elle était là comme prévu, accompagnée d’une autre sage-femme avec qui nous avions fait également connaissance. Mon compagnon et moi étions tellement préparés à vivre ce moment extraordinaire que nos sages-femmes sont restées en retrait, tant que nous n’avions pas besoin d’elles. Le travail a été long, mon compagnon me massait, pratiquait des pressions et des positions haptonomiques que nous avions apprises. Nous avons été tous les deux acteurs de cette naissance. Nos sages-femmes venaient de temps en temps, pour vérifier que tout allait bien, ou bien si elles sentaient que je fatiguais, que le travail stagnait… et lorsque j’ai senti le besoin de pousser, elles sont venues accueillir mon petit. Elles l’ont posé sur mon sein et se sont à nouveau effacées pour nous laisser nous rencontrer, tous les trois. Mon compagnon, moi, et ce petit homme de plus de 4 kilos ! Dans les jours magiques qui ont suivi la naissance, elles sont revenues tous les jours nous visiter. Cette relation a été si intense que nous avons été peinés à l’idée de ne plus les voir quotidiennement, elles nous ont alors proposé de revenir de temps en temps, pour se « séparer » plus en douceur.

Il ne faisait pas de doute que nous voulions que notre deuxième enfant naisse aussi dans la douceur de son foyer, et notre fille est arrivée au mois d’août dernier, accompagnée des sages-femmes du même cabinet. Ma grossesse a été plus éprouvante, et les petits désagréments ont été parfois bien plus gênants. Notre sage-femme nous a suivis d’assez près pour que l’on se sente rassurés. Nous avons à nouveau fait des analyses poussées, plus que pour des naissances en maternité, et elle n’a pas hésité à m’envoyer consulter un spécialiste dans un autre département lorsqu’elle a soupçonné une phlébite (dans ce cas, l’AAD n’aurait pas pu avoir lieu). Le terme ayant été dépassé de 6 jours, nous avons du déclencher (naturellement) la naissance, notre sage-femme ayant prévu de nous imposer une prise en charge en maternité à J+7. Plus intense que le premier, cet accouchement a été pour nous l’occasion de réaliser que les deux sages-femmes présentes savaient faire preuve d’un très grand professionnalisme lorsqu’elles ont du couper le cordon en urgence, et procéder au dégagement par aspiration des voies respiratoires de notre fille. Cela s’est passé en quelques secondes. Elles lui ont sauvé la vie. Elles avaient le matériel et les connaissances nécessaires pour remplir leur rôle, sereinement.

Ces sages-femmes ont arrêté de pratiquer les AAD depuis le mois d’octobre dernier.

Si je porte à nouveau la vie, je me verrais devant un dilemme. Je n’accoucherais pas en structure hospitalière. Je veux que mon enfant soit accueilli par son père comme par sa mère, je veux qu’il soit présent à mes côtés pendant l’accouchement, et durant les jours qui suivent. Je veux bénéficier d’un suivi personnalisé, humanisé, avec une sage-femme qui sera là le jour de la naissance. Je veux que mon corps soit respecté, je ne veux pas que l’on pratique des examens facultatifs et intrusifs, sans mon assentiment. Je veux que soit respecté mon choix à des traitements naturels, pour moi et pour mon bébé. Je ne veux pas subir des actes médicaux inutiles, voire dangereux, dont l’unique but est de répondre à un protocole. Je veux que ma capacité à enfanter de manière physiologique soit reconnue, qu’on ne m’impose aucune « aide » artificielle (ocytocine de synthèse, décollement des membranes, perçage de la poche des eaux, etc.). Je veux être actrice de mon accouchement, et bénéficier de la présence d’une sage-femme expérimentée, dont la capacité à réagir aux situations d’urgence peut recevoir toute ma confiance.

Si je porte à nouveau la vie, si je dois faire un choix pour la naissance d’un autre enfant, je pense aller vers un accouchement non assisté. Saurai-je alors faire face à une urgence ?

Je vous prie de considérer qu’en supprimant ce choix à accoucher chez soi, je suis privée de ma liberté à vivre ce moment comme je le souhaite, et à faire un autre choix par défaut.
Je vous remercie de votre attention, et vous prie de recevoir, Madame, l’assurance de ma grande considération.

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