« C’est une prise d’otage atroce qui m’est imposée »

Publié le Mis à jour le

Madame la Présidente,

Je suis maman d’un petit garçon de quelques jours à peine, qui est né dans la chaleur de son foyer, et dans l’eau. Veuillez m’excuser si je ne donne aucun nom, je souhaite protéger ma sage-femme par cet anonymat.

J’ai fait le choix de l’accouchement à domicile il y a maintenant 6 ans, avant même d’avoir décidé d’être maman, ni même d’avoir rencontré le père. A l’époque, j’avais fait un ivg, et pour compenser le manque émotionnel suite à cette intervention, je me suis plongée dans des lectures sur la grossesse et l’accouchement. A force de fouiner un peu partout, j’ai appris l’existence de mères accouchant chez elles, je n’en avais jamais entendu parler. Au fur et à mesure des années, j’ai lu des témoignages, des études, des mémoires, me confortant dans l’idée que si une grossesse était physiologique, les mères et leurs bébés ont tout à gagner de naître chez eux.

Aujourd’hui, je suis révoltée que ce choix ne nous soit jamais proposé dans le parcours de soin classique. Dans mon cas, il m’a fallu du hasard, de la chance, et de la persévérance dans mes recherches, pour avoir ce choix.

Quand je suis tombée enceinte, la question ne s’est donc pas posée. J’ai eu l’énorme chance d’habiter près d’une sage femme pratiquant l’AAD. Je l’ai rencontrée dès le début de ma grossesse et je la vois encore aujourd’hui, après tant de mois et tant de chemin parcouru.

C’est une femme formidable, que j’admire par sa force et son courage. Elle a su apaiser mes peurs des premiers mois simplement en m’écoutant, me guider et me conseiller lorsque physiquement j’ai eu plus de mal à gérer ma grossesse. Elle m’a montré des tas de techniques pour bien me coucher sans avoir mal au dos, pour adapter mon équilibre en marchant. Elle m’a fourni les armes dont j’avais besoin pour me sentir en confiance dans mon futur rôle de mère. Et surtout, elle était (et est toujours!) joignable au moindre tracas. De jour comme de nuit, je n’ai qu’une seule interlocutrice, qui me connaît et qui connaît mes besoins.

Elle est tout simplement « accessible », j’ai tissé avec elle un lien émotionnel dont j’avais besoin pour vivre ma grossesse en étant épanouie.

Je n’imagine pas un tel lien en structure. En gynécologie ou maternité, personne ne nous regarde dans les yeux en souriant pour nous demander en douceur si « c’est bon, tu es prête, je peux y aller » avant un toucher vaginal. Ma sage-femme si. Ça peut paraître aberrant pour le personnel soignant qui effectue des touchers vaginaux à répétition, je le conçois ; mais il s’agit là de mon vagin, ma plus stricte intimité. Personne ne nous demande l’autorisation de toucher mon ventre en structure, il s’agit d’un geste banal. Ma sage-femme si. C’est mon ventre, avec mon bébé dedans, et toute femme déjà mère sait à quel point on peut être protectrice envers la chair de sa chair. Aucun étranger n’a touché mon ventre pendant ma grossesse, pour moi c’était symbolique et j’aurai mal vécu qu’on ne me demande pas systématiquement.

Ma sage-femme me connaît, m’a accompagnée lors de toutes les étapes de ma grossesse, les rdv avec elle étaient des moments privilégiés d’épanouissement personnel, en tant que femme et en tant que mère. Mon intimité a été respectée, aucun examen ne m’a été imposé (mais proposé), et en tant qu’ancienne victime de viols, c’est exactement ce qui m’a permis de bien vivre ma maternité. Les protocoles hospitaliers, certes nécessaires et compréhensibles, ne m’étaient pas adaptés à moins de faire rejaillir des traumatismes.

Lors de l’accouchement, l’accompagnement de ma sage-femme s’est fait en douceur, de manière non intrusive. Sa voix chuchotante et douce m’a permis de rester dans ma bulle. Je suis restée maîtresse de mon accouchement, de mes positions, de mes sensations. J’ai pu faire parler mon corps, primal, développant ainsi une force insoupçonnée en moi, que je garderai toute ma vie.

Tout cela n’est pas possible en structure. Les lumières éblouissantes, le bruit des machines, les voix non contrôlées, le va-et-vient incessant du personnel étranger à l’entourage proche… Un vagin qui se transforme en tunnel d’autoroute, avec tout le respect qui accompagne cette idée. Non, tout cela m’est impossible à concevoir. C’est une sensation viscérale, je ne pouvais pas envisager un accouchement en structure.

Les femmes comme moi doivent avoir le choix. Et lorsque je songe à l’idée d’un deuxième enfant, je panique en pensant que ce si petit nombre de sage-femme pratiquant les AAD puisse disparaître. Car il est certain, que je préférerais accoucher toute seule chez moi et sans assistance, que d’aller en maternité ou dans ces « maisons de naissance » qu’on nous propose. Je mettrais ainsi en danger la vie de mon enfant et la mienne, j’en ai conscience, et ça me terrifie. La seule solution qui me resterait, si ces sage-femmes continuent de se faire radier, c’est de ne plus faire d’enfant. C’est une prise d’otage atroce qui m’est imposée.

Il y a peu, j’ai assisté au procès de deux sage-femmes, à qui il a été reproché d’avoir manqué à leur devoir d’information des patientes, et à leur devoir de confraternité avec le personnel hospitalier.

Je me dois de vous informer que j’ai pu être témoin que ma sage-femme ne manque pas à ces devoirs et de surcroît, que le personnel soignant en structure manque parfois lui-même à ces devoirs sans qu’aucune sanction disciplinaire soit prise à leur encontre.

Je m’interroge alors sur la justesse de ces reproches.

J’ai été suivie à la maternité de mon département pour le rdv du 4ème mois, pour les 3 échographies et pour le rdv d’anesthésie. Je n’ai jamais signé aucun papier prouvant que j’ai été dûment informée des risques inhérents à un accouchement en structure.

L’exemple le plus marquant d’un non-respect de la charte du patient qui me vient en tête, est la 2nde échographie que j’ai encore du mal à digérer.

En entrant dans la salle, l’échographiste m’informe que c’est son stagiaire qui va pratiquer l’examen. On ne m’a pas posé la question, et j’ai clairement été prise au dépourvu pour exprimer mon refus. Cet examen a été extrêmement long (l’échographiste elle-même a fini par souffler et refaire l’examen elle-même), et j’avais terriblement mal au ventre au bout d’une heure de charcuterie. Je sentais mon bébé fatigué en fin d’examen, et j’ai eu beaucoup de mal à marcher même le lendemain.

D’un point de vue humain, ces deux praticiens ne m’ont pratiquement adressé aucun mot pendant tout l’examen (qui a duré 1h30 alors que tout était normal à l’examen), ni au papa. J’ai bien tenté de poser des questions, sur ce que je voyais à l’écran, on me répondait à peine, par des termes incompréhensibles. J’ai fini par laisser tomber, et j’ai pleuré. Personne ne s’en est soucié.

Je vous remercie d’avoir accordé du temps à la lecture de ma lettre. Sachez que je n’ai aucun ressentiment envers le corps médical, simplement, je désire que les femmes aient le choix, qu’il soit éclairé et exhaustif.

Cordialement,

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