« L’anesthésiste a des paroles très violentes « vous seriez ma femme, je ne vous laisserais même pas le choix […] » « 

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Voici mon témoignage en faveur de l’accouchement à domicile.

Je suis maman de trois garçons.
Pour mon aîné, je ne m’étais jamais posé la question « où vais-je accoucher ? » J’ai suivi le mouvement autour de moi et accouché en clinique. Mes priorités d’alors étaient plutôt d’ordre matériel : une chambre seule, un cadre sympa, des avis positifs de la part des mamans que je connaissais.
Novembre 2001, lorsque les premiers signes sont apparus, nous nous sommes rendus tranquillement à la clinique, il était autour de 10h. La sage femme d’alors m’avait envoyée marcher car le travail n’était pas suffisamment avancé. Lorsque je suis revenue au bout de l’heure de marche qu’elle m’avait préconisé, elle m’a dit de rester dans la salle, elle me confiait qu’elle n’avait pas de mamans et qu’elle allait s’occuper de moi. Le travail n’avançait pas, elle revenait voir régulièrement et a fini par me dire qu’on allait faire avancer les choses en perçant la poche des eaux. C’est la première fois que je suis tombée dans les pommes. Suite à cela, elle m’a conseillé de demander la péridurale pour pouvoir brancher une perf d’ocyto puisque cela n’avançait pas plus vite. Dans l’intervalle j’ai même eu droit à un gentil « elle va nous le pondre » de la part de l’obstétricien passé faire connaissance ! Fin de journée, le col n’est toujours pas complètement dilaté et je me retrouve avec une nouvelle équipe. J’ai eu plusieurs malaises légers. La nouvelle sage-femme tente de nouvelles positions et fini par parler de césarienne. C’est finalement au forceps que mon premier est extirpé de mon ventre et moi je suis un peu vaseuse et pas très présente.
J’ai mis quatre mois avant de pouvoir m’asseoir correctement sur une chaise et les douleurs de l’épisiotomie m’ont suivies pendant des années. Mon fils a gardé jusque vers 4 ans une bosse longitudinale sur le front.

Pour mon deuxième enfant, j’ai voulu me préparer autrement. Une amie m’avait parlé de l’accouchement à domicile. J’ai voulu tenter ma chance, accompagnée par le papa pas très rassuré mais qui a compris au fil des rendez-vous avec ma sage femme l’importance qu’avait pour moi et pour notre enfant de penser la naissance différemment. Octobre 2004, j’ai commencé à perdre un peu de liquide amniotique, j’ai passé tout le week-end à marcher pour faire avancer le travail. Au bout de 48 h ma sage femme m’a conseillé d’aller en structure par mesure de précaution. Lorsque je suis arrivée, vers 22h, l’obstétricien a d’abord pensé me faire attendre toute la nuit dans la salle d’accouchement, lorsqu’il a compris que j’irai patienter chez moi s’il ne proposait rien d’autre, il m’a fait poser un tampon en disant que cela ne marcherait surement pas. Au bout de 30 minutes, j’étais prise de diarrhée, obligée de traverser tout le service pour trouver des toilettes. Seule avec mon compagnon dans cette salle froide et impersonnelle, j’ai fini par demander la péri. Lorsqu’elle a commencé à faire effet, j’ai réalisé que ce n’était pas ce que je voulais et je n’ai plus touché au bouton. J’ai demandé à la sage femme de m’aider à me mettre à quatre pattes. Elle m’a répondu qu’elle ne savait pas accoucher dans cette position. Le travail avance bien cette fois-ci. Je la vois revenir avec son plateau garni en vue d’une épisiotomie. Je lui dis que je refuse l’épisiotomie, elle me répond que c’est elle qui décide et, prise de panique, je pousse très fort. Mon deuxième fils naît et je me retrouve avec un périnée complet compliqué. Sur le moment je ne comprend pas ce qu’il se passe. L’obstétricien est en colère, il râle après le personnel et passe un temps conséquent à me recoudre. Lors de la visite post partum, il m’annonce que s’il devait y avoir un troisième enfant, ce serait par césarienne. Je me remets sans souci de cet accouchement : deux jours après je peux m’asseoir normalement.

En 2007, notre troisième petit est en route. Tout se passe bien et je souhaite toujours accoucher à la maison. Plus que jamais j’ai le sentiment que c’est chez moi que je serais en sécurité et de ce fait, je n’arrive pas à penser que mon corps puisse me trahir.
Au moment de la constitution du dossier médical à l’hôpital, l’anesthésiste a des paroles très violentes « vous seriez ma femme, je ne vous laisserais même pas le choix, il risque de vous défoncer le périnée ». Il fait le geste de son poing qui cogne dans sa main. L’obstétricienne est plus détendue, elle me laisse prendre ma décision et avoue clairement qu’elle n’a pas de données autres que les chiffres de l’Afrique noire à m’opposer quant à une naissance par voie basse suite à périnée complet compliqué. En France on ne tente pas l’expérience. Le risque de fistule est trop grave. Mais je comprend aussi qu’on ne sait pas vraiment comment se mesure ce risque. Je prend contact avec un obstétricien internationalement connu, par mail. Il me dit qu’il pense que si la sage femme est capable de garder les mains dans ses poches et de laisser faire la nature, la naissance devrait bien se dérouler.
Nous prenons la décision de l’accouchement à la maison. Notre troisième garçon naît à la maison, en douceur, dans le bonheur. J’ai une déchirure qui nécessite 8 points, mais pas de séquelles à ce jour. Il a 7 ans.

Je ne regrette pas les décisions que nous avons prises. Je suis heureuse d’avoir accouché à la maison. Si un quatrième enfant se présentait, je tenterais de nouveau une naissance à la maison, avec plaisir et surtout plus en confiance que dans une structure.

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