« Ne pas être interrompue dans mon travail par des étrangers qui ne me considèrent que comme un corps et non comme une Maman prête à donner la vie »

Publié le Mis à jour le

Madame, Monsieur

Nous sommes parents d’un garçon de trois ans, né à la clinique et je suis à présent enceinte de 6 mois.

Au cours de ma première grossesse, on ne peut plus normale et parfaite, j’ai été sidérée par le manque de douceur, d’écoute et de bienveillance de mon gynécologue. Tous mes questionnements étaient tournés au ridicule, la consultation de 15min se résumait à un toucher vaginal après 2heures d’attente et je me suis sentie très infantilisée. Mais lorsqu’il a ricané et s’est aussitôt fermé aux mots « projet de naissance », je me suis enfin décidée à changer de spécialiste.

J’avais à l’époque entendu parler de l’Accouchement à Domicile ou AAD mais mon conjoint était plein d’aprioris à ce sujet et de mon côté, l’accouchement se faisant « culturellement » en clinique, je n’avais pas de raisons me poussant à explorer un peu plus cette possibilité.

Nous souhaitions offrir à notre enfant une naissance à la clinique dans des conditions les plus naturelles et respectueuses. Je ne souhaitais ni péridurale, ni qu’on me rompe la poche des eaux, ni d’épisiotomie, tout cela bien sûr dans la mesure du possible.

Le travail a duré 23h…

Quand les contractions commencèrent à vraiment s’intensifier, nous sommes partis à la maternité où je fus accueillie par une toute jeune sage-femme qui dès le début m’a infantilisée me menaçant de péridurale (mais n’a-t-on pas le choix de la réclamer ou pas ??) si je ne gérais pas la douleur dans les contractions, me réprimandant à chaque cri que je poussais et me sommant de rester couchée dans cette petite salle où j’allais finalement accoucher.

Au bout de quelques heures, je me suis résolue à accepter la péridurale. Première déception de ma part, que j’ai vécu comme un échec et premier maillon d’une série d’interventions médicales où je me suis sentie dépossédée de mon corps. Une fois la péridurale en place et immobilisée, le travail a stagné. Pour accélérer les choses, ils m’ont perfusé de l’ocytocine, puis la poche des eaux a été percée. J’ai du voir en tout 5 personnes différentes gravitant autour de moi et allant même jusqu’à nous ignorer.

Je suis doucement arrivée à une dilatation de 8cm quand mon bébé a commencé à montrer des signes de souffrance fœtale. Une sage-femme est alors arrivée, brandissant les mots « césarienne » et « bloc opératoire ». Dans un regain d’énergie je m’y suis opposée, elle a alors brandi les mots « santé et bien être de mon bébé », mais elle a conclu en disant que j’allais quand même essayer de pousser avant qu’on m’impose cet ultimatum. J’ai donc été amenée à pousser à des moments très précis, dictés par cette sage-femme et un gynécologue venu pour l’occasion. Je n’étais dilatée qu’à 9 cm quand mon bébé est arrivé par voie basse et sans instruments. Je me suis donc bien déchirée mais mon bébé était en pleine santé c’était le principal. Le séjour à la maternité fut extrêmement fatigant, très peu respectueux de nos besoins et nous n’avions qu’une hâte : nous retrouver tous les trois chez nous !

Nous nous sommes promis de ne plus revivre ces moments humiliants, infantilisants et où un geste médical en entrainait un autre.

L’AAD est donc apparu comme une évidence lorsque nous avons appris cette nouvelle grossesse.

Je suis suivie actuellement par une sage-femme et c’est elle qui m’accompagnera jusqu’à la naissance et même après. Une relation de confiance grandit, je me sens respectée, elle est très à l’écoute et sait entendre nos questionnements et nous rassurer, nous donner confiance.

Nous souhaitons l’arrivée de notre bébé dans le calme, avec le moins de personnes possible, dans un environnement familier et sans que l’on me presse ou que l’on me donne des médicaments. Je souhaite être libre de mes mouvements, d’être avec des personnes de confiance, de pouvoir me déconnecter du monde pour accueillir mon bébé, de ne pas être interrompue dans mon travail par des étrangers qui ne me considèrent que comme un corps et non comme une Maman prête à donner la vie.

Il n’y aura pas de rupture dans ma vie familiale.

Je garderai ma sage-femme avec qui je me sens bien et en confiance tout au long du travail et même s’il dure plus de 12heures de garde !

Nous avons même la possibilité d’être accompagnée d’une doula.

Pour moi il s’agit d’un choix éclairé et responsable, à faire en accord avec ses propres convictions. C’est à la fois un acte militant (contre la médicalisation excessive de la naissance) et une merveilleuse aventure humaine qui laisse des souvenirs très beaux, très forts.

Les femmes souhaitant accoucher à domicile sont souvent bien mieux informées que la femme enceinte lambda du déroulement d’une grossesse et de l’accouchement, des risques de l’hypermédicalisation et des avantages de l’hôpital, des risques de l’AAD et des avantages de l’AAD…

Tout est fait pour que la femme prenne vraiment en main sa grossesse et son accouchement. On nous enseigne les positions pour que l’accouchement aille plus vite, le mouvement de nos os et de nos tissus, des conseils pour supporter la douleur. Nous sommes responsabilisées et vraiment actrices (avec le papa !) de la naissance.

Un AAD doit rester un choix de naissance pour les grossesses ne présentant aucun risque !

Laissons aux gynécologues les grossesses à risques et rendons aux sages-femmes ce pour quoi elles sont formées : la naissance comme un acte de naturel et non comme une pathologie.

Et cela va sans dire que l’AAD est un geste citoyen puisque la facture pour la sécu est considérablement réduite !

Il est possible que nous n’ayons pas que 2 enfants et nous souhaiterions avoir à nouveau la possibilité de choisir notre accouchement, que ma ou mes filles / belles filles et petits filles aient ce choix aussi de naissance respectée à la maison.

Officiellement les institutions publiques garantissent aux parents que l’AAD est un droit reconnu et acquis. Mais en réalité la situation se détériore et elles laissent faire attendant patiemment que le nombre de sages-femmes pratiquant l’AAD se réduise comme une peau de chagrin et que la dernière baisse les bras.

Nous nous révoltons devant cette situation et souhaitons conserver ce choix !

Que risque t-il d’arriver si les sages-femmes ne pratiquent plus l’AAD ?

Deux situations extrêmes risquent d’apparaitre :

Que risque-il d’arriver à ces couples qui souhaitent malgré tout accueillir leur enfant à la maison et qui choisiront de le faire sans assistance ?? Que se passera-t-il si le couple se sent dépassé par les évènements et ne gère plus la situation ? Qui seront alors les responsables de cette prise de risques, l’AAD étant un droit reconnu et acquis !

C’est vraiment LA question à se poser !

Et pour les autres, va-t-on aller vers une banalisation de la naissance hyper médicalisée, une non-information des conséquences de ces pratiques invasives, une infantilisation des mères, une dépossession de leur corps et un pays où les femmes n’auront plus de choix pour leur accouchement ??!

Nous souhaitons que ces questionnements vous permettent une réflexion posée et vous fassent comprendre notre volonté de garder ce choix si précieux de pouvoir encore donner la vie dans notre nid.

Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur l’expression de mes salutations.

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