Une « naissance en douceur »

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Madame,

Il s’est récemment créé le Collectif de Défense de l’Accouchement À Domicile (CDAAD), afin de défendre l’accouchement à domicile et les spécificités conséquentes à ce choix qui ne sauraient être remplacées par toute autre alternative. Les revendications sur CDAAD n’ont reçu de la part des politiques que des réponses insuffisantes telles que le projet de loi adopté sur les maisons de naissance ou la multiplication des « salles nature » ou « pôles physiologiques » dans les maternités. Il me semble aujourd’hui nécessaire et urgent de faire valoir le choix de l’accouchement à domicile. Les femmes qui désirent accoucher chez elles ne veulent pas envisager une autre solution. Elles souhaitent que leur droit d’accoucher librement dans l’endroit qu’elles ont choisi soit respecté et rendu possible.

J’ai accouché il y a deux mois de mon enfant à mon domicile, entourée de mon compagnon, de ma fille aînée et de ma sage-femme. J’ai apprécié cette naissance en douceur, sans manipulation intrusive, dans le respect de ma personne et de ma famille. A la maternité, j’aurais été soumise à certaines contraintes relatives à une prise en charge hospitalière, contraintes que je refuse dans la mesure d’une grossesse non pathologique et d’un accouchement eutocique. Par ailleurs, le fait que le suivi de grossesse, l’accouchement et la surveillance des suites de couches aient été réalisés par la même sage-femme représente un bénéfice important qu’il n’est pas possible de transposer en structure hospitalière. Enfin, je mesure la chance que ma famille et moi avons eu de ne pas subir de rupture dans la vie familiale, de ne pas être séparés dans un moment aussi important, et d’être soutenus et soutenant tous ensemble dans ce moment charnière.

Je souhaite avoir à nouveau la possibilité d’accoucher chez moi pour mon ou mes prochain(s) enfant(s). Je crains que la disparition de ce choix entraîne des alternatives par défaut qui ne combleront pas les besoins des femmes en question. Je redoute que certaines femmes soient frustrées et déçues devant l’obligation d’accoucher à la maternité, ou que d’autres doivent accoucher loin de chez elles voire à l’étranger pour éviter l’hôpital, ou encore qu’elles décident d’accoucher seules sans assistance médicale, au risque de leur santé et de celle de leur enfant.

Ces derniers mois, la chambre disciplinaire du Conseil Inter-régional des Sages-Femmes du Sud-Ouest a radié trois sages-femmes. Le CDAAD ne souhaite pas substituer son jugement de fond à celui de cette chambre mais note deux arguments à charge dans les dossiers les plus récents (communiqué du 17 mai). Les sages-femmes se sont vu reprocher d’avoir manqué à leur obligation d’information des patientes, charge motivée par le fait qu’elles ne pouvaient produire de documents signés par leurs patientes. Il leur est aussi opposé un manquement à leur devoir de confraternité et de bonnes relations avec les équipes des maternités.

Ces manquements ne me semblent pas spécifiques à l’accouchement à domicile puisqu’ils se retrouvent aussi dans les maternités, sans que cela soit à l’origine de sanctions disciplinaires. En effet, lorsque j’ai accouché de ma fille aînée en maternité, les sages-femmes ne m’ont jamais fait signer de document attestant que j’avais été informée des risques relatifs à un accouchement en structure hospitalière. J’ai notamment relevé des touchers vaginaux invasifs et brusques lors du suivi de ma grossesse fait par le gynécologue de la maternité, une information incomplète sur les examens et analyses pratiquées ainsi que sur leurs risques et taux d’échec, une pression exercée suite à l’affirmation d’un refus de l’anesthésie péridurale. Concernant les manquements à l’obligation de confraternité et de bonnes relations, j’ai remarqué que les équipes hospitalières n’avaient pas toujours un regard bienveillant à l’égard des sages femmes pratiquant les accouchements à domicile, usant de culpabilisations ou de pressions pour effrayer la patiente présentant son choix d’accouchement à la maison. Fort heureusement, il existe aussi certaines équipes de maternité plus ouvertes, acceptant de collaborer avec les sages-femmes pratiquant les accouchements à domicile. J’ai d’ailleurs pu en bénéficier pour ma deuxième grossesse, ce qui a permis un suivi rassurant à la fois ma sage-femme libérale et l’équipe hospitalière. Je pense qu’une telle dynamique pourrait servir d’exemple afin d’inclure l’accouchement à domicile dans le parcours de soins en France et transformer les relations entre hôpital et libéral afin que tout le monde puisse exercer (ou accoucher!) dans un climat apaisé et sécurisé.

J’espère que mon courrier vous apportera un éclairage supplémentaire sur la situation des sages-femmes accompagnant des accouchements à domicile et sur celle des femmes voulant faire ce choix.

Je vous prie d’agréer, Madame, l’assurance de mes salutations distinguées.

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