« Et surtout, demain, je veux que mes propres filles aient le choix »

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A partir de cette semaine, vous trouverez sur le blog la copie des lettres envoyées au Conseil de l’Ordre National des Sages-Femmes au mois de juin par les femmes ayant répondu à notre appel.
Nous publierons chaque jour un nouveau témoignage, la totalité de ceux-ci donnant un large panel d’expériences et d’histoires personnelles ayant pour plus grand point commun le désir d’accoucher à la maison, sereinement, aux côtés d’une praticienne de santé compétente et à leur écoute.

Nous remercions une fois encore toutes ces femmes qui ont accepté de prendre leur plume pour apporter leur soutien aux sages-femmes AAD et pour militer pour notre droit de choisir le lieu de naissance de nos enfants.

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Mesdames,

Maman de deux petites âgées de 3 et 1 an, j’ai eu de la grossesse et de l’accouchement des visions parfaitement opposées.

Il y a trois ans et demi donc, je devenais maman pour la première fois. Après une grossesse « classique » : gynéco – O ’Sullivan – échographie mensuelle  etc… et  accouchement tout aussi banal : rupture – contractions – péri – position gynéco – poussée dirigée – épisio. A cette époque, je ne doutais pas que les conseils donnés par les professionnels de santé entourant la grossesse fussent les bons et qu’ils devaient être suivis à la lettre pour ma santé et celle de mon bébé.

Malheureusement, cet accouchement banal se révéla un désastre pour moi et ma relation avec ma fille. Il me ravagea. 6 mois de suivi psychiatrique et psychologique, des antidépresseurs me permirent de mettre des mots sur mes maux. J’avais été abandonnée à ma douleur, sans soutien, sans réponse et n’avais pu gérer cet accouchement comme je le voulais profondément. J’avais été charcutée sans savoir pourquoi et avait souffert de cette épisiotomie non consentie et ma douleur avait été réduit à une banalité, à une simple lubie de jeune maman.

Cette expérience m’amena à me renseigner, beaucoup, et vraiment. Et c’est tout naturellement que j’optais pour un AAD lors de ma seconde grossesse. Il était inconcevable pour moi de revivre le même cauchemar, de repasser par toutes ces étapes infantilisantes, par toutes ces réflexions discrètes, par le mépris parfois. Je souhaitais un accouchement physiologique, à l’endroit où je me sentais le plus en sécurité, où je serais entourée de mon mari et d’une sage-femme compétente et habituée à accompagner ces naissances douces.

« Malheureusement » pour moi, ma fille s’est mise en siège à 40 SA et j’ai donc dû accoucher en maternité (dans une autre région que la première). J’ai eu la chance de croiser les bonnes personnes et mon dossier a été pris en charge rapidement pour que je puisse « négocier » une voie basse malgré le siège. Ma sage-femme m’a tout de même accompagné tout au long de ma grossesse, et j’ai découvert une relation de confiance, de respect. Surtout, elle m’a redonné confiance en moi, en mon corps, en ma capacité à accoucher. Grâce à ces conseils j’ai accouché naturellement, sans péridurale, sans épisiotomie et je suis sortie forte de cette expérience, vraiment forte. Cela m’a permis une relation incroyable avec ma fille, un lien fou, et une grande fierté. Je me suis reconstruite. Comment pourrais-je un jour assez remercier MA sage-femme ?

Parce que demain, quand j’attendrai notre troisième enfant, je n’envisage pas autre chose qu’un AAD sauf pathologie avérée, parce que demain, c’est elle que je veux à mes côtés, je pense qu’il est essentiel que l’AAD soit partie intégrante de l’offre de soin. Et que, sans elle, c’est seule que j’accoucherai, et je sais que nous sommes nombreuses dans ce cas, il faut que l’AAD reste et demeure une possibilité pour les mamans qui le souhaitent.

Plusieurs sages-femmes ont été radiées récemment, on leur reproche un manque d’information auprès de leurs patientes, un manque de confraternité… Il faudrait donc que nous signions un papier officiel disant que nous prenons le « risque » d’un AAD de notre plein gré ? Où ai-je signé à la maternité un papier indiquant que je prenais le risque d’accoucher là-bas ? Jamais telle chose ne m’a été demandée. Jamais. Je n’ai même jamais été informée, écoutée… j’ai subi une épisiotomie douze points, sans information et sans consentement, des touchers vaginaux doublés toutes les heures, toujours sans information, on m’a quasiment imposé une péridurale que je ne souhaitais pas parce que « mais madame si vous le faites pas maintenant l’anesthésiste ne pourra pas revenir » et que « non madame je n’ai pas de ballon à vous proposer, fallait amener le vôtre » et aussi parce que cette pauvre sage-femme devait être seule à gérer 4 ou 5 mamans en travail…. Vu qu’il est de bonne guerre de chercher les points de détails concernant la pratique des AAD, peut être que mon expérience et celles de milliers de mamans vaudrait un signalement à l’ARS pour non-respect de la Charte du Patient ? De la Loi Kouchner ?

Quant au manque de confraternité reproché aux sages-femmes AAD…. Que dire ? Que le peu de praticiens rencontrés lors de ma seconde grossesse à qui j’ai parlé d’AAD se sont empressés de critiquer, de stigmatiser, de me mettre une pression inutile quant aux « risques que je prenais pour mon bébé ». Quelle mère indigne je devais être de choisir qu’une sorcière avec son croc de boucher vienne pour mon accouchement…. Car bien sûr, seuls les médecins savent ce qui est bon pour moi, et que, pauvre femme que je suis, je n’ai pas mon mot à dire quant aux protocoles imposés pour la naissance et à cette médicalisation parfois (souvent) inutile.

Alors oui, si demain je suis enceinte, c’est vers ma sage-femme que je me tournerai. Parce que pour moi, la sécurité c’est être chez moi, entourée par une sage-femme présente pour moi seule, pendant tout le travail et au-delà, parce qu’elle saura et pourra me rassurer, parce qu’elle n’aura pas un chronomètre en main pour chaque étape du travail, parce qu’elle saura aussi m’orienter vers une structure médicalisée si elle le pense nécessaire. Parce que pour moi, avec mon passé et mes expériences, aller à l’hôpital est un non-sens. Parce qu’elle me connait et sait ce que j’appréhende, attend, espère.

Demain, je veux avoir le choix et ne pas me retrouver dans une situation de choix par défaut d’accompagnement possible. Demain, je veux pouvoir accoucher chez moi, accompagnée de ma sage-femme. Et surtout, demain, je veux que mes propres filles aient le choix.

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