TRIBUNE LIBRE : Réponse à l’article “Accouchements dans la nature à la télé : dangereux, obscène, ce programme m’écoeure déjà”, par Corinne B.

Publié le Mis à jour le

Avec ce billet, le Collectif de Défense de l’Accouchement À Domicile inaugure une nouvelle rubrique sur son blog : Tribune libre.
Elle accueillera les billets de ses membres et sympathisants qui voudront faire part de leur point de vue sur l’accouchement à domicile, sur la périnatalité, leurs réactions à l’actualité et aux différents points de vue exprimés ailleurs sur le web et dans la presse.

Important : les billets classés dans cette section seront de la seule responsabilité de leur auteur et ne seront pas nécessairement le reflet des positions adoptées par le CDAAD.

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Depuis quelques jours, une future émission de téléréalité américaine fait couler beaucoup d’encre :  Born in the wild, petit frère de notre émission Baby-boom, dans une version accouchement non assisté en pleine nature.

Très loin donc a priori des images diffusées sur une de nos chaînes françaises, les débats entourant ce nouveau programme sont souvent tendus, entre “pro” et “anti” accouchement hors structure.

Droit des femmes, féminisme, droit de l’enfant, sécurité, souffrance, beaucoup de sujets sont abordés, avec plus ou moins de bonheur et d’exactitude.

Si l’accouchement non assisté sort du domaine d’action du CDAAD, un billet a tout du moins retenu l’attention de beaucoup d’entre nous car évoquant de manière succincte l’accouchement à domicile. J’ai souhaité donc répondre à son auteur, non pas sur la pertinence d’un tel programme télévisuel, mais sur ses assertions sur le déroulement d’un accouchement, la mode de “l’accouchement naturel” qu’elle décrie, et enfin, évidemment, sur ses propos concernant l’accouchement à domicile.

 “Accouchements dans la nature à la télé : dangereux, obscène, ce programme m’écoeure déjà”, par Corinne B.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1211358-accouchements-dans-la-nature-a-la-tele-dangereux-obscene-ce-programme-m-ecoeure-deja.html

 

L’accouchement “naturel” : une lubie anachronique ?

Madame Corinne B. dit : “[ce programme] nous montre des accouchements qui n’existent pas dans la réalité. Pour un premier bébé, le travail (lorsque l’utérus se dilate) peut durer jusqu’à 20 heures. La douleur des contractions varie d’une femme à l’autre mais vient un moment où elle devient insoutenable (merci la péridurale). 

Autre chose : on n’expulse pas un bébé en deux temps trois mouvements. Cela demande un effort considérable. Mais il est vrai que pour un deuxième enfant, voire troisième, les choses peuvent aller beaucoup plus vite.”

L’auteur souligne très justement la diversité des expériences dans l’accouchement. Mais il est inexact de propager l’idée qu’une primipare mettra nécessairement un grand nombre d’heures à enfanter (tout comme prétendre le contraire serait tout aussi erronné). L’estimation même de ce temps de travail est difficile à réaliser. Certaines compteront dès les premières contractions à la maison, d’autres durées de travail seront comptabilisées dès l’arrivée à la maternité, et d’autres encore ne réaliseront qu’avec l’imminence de l’expulsion qu’elles sont arrivées à la fin de cette phase.

Il est important aussi de mettre en lumière la différence de perception de la douleur des contractions d’une femme à l’autre. Mais il est encore une fois péremptoire de dire qu’elle devient systématiquement insupportable.

En dehors de la tolérance propre de chaque femme à la douleur, celle-ci peut trouver son envergure dans de nombreux facteurs : déplacement de la maison à l’hôpital – suspecté ralentir voire arrêter le travail pour un temps – dans l’inconfort d’une voiture, mobilité réduite, position allongée, stress, examens invasifs répétés, … Lorsque la femme a la possibilité d’exclure les causes aggravant la douleur, elle a dès lors plus de chances de pouvoir y faire face.

Des accouchements rapides, à la douleur maîtrisée, existent donc bien, contrairement à ce que prétend Madame Corinne B.. Il ne s’agit pas de science-fiction.

Plus loin, l’auteur reprend cette idée de souffrance incontournable : “Cette émission m’inquiète car elle conforte la tendance de l’accouchement naturel. Pratique à mes yeux rétrograde qui, en plus de faire souffrir les femmes qui s’y collent (accoucher sans anesthésie, ça fait mal), culpabilise les autres.”

Il est regrettable de penser encore en 2014 que la péridurale est le seul sésame disponible pour les femmes afin d’échapper à la souffrance. Mais force est de constater que c’est malheureusement la pensée qui prédomine aujourd’hui, preuve d’un manque d’information flagrant des femmes.

La souffrance. Le mot est fort et fait peur, à juste titre. Il est cependant utile d’apporter à cette souffrance décrite un autre éclairage. L’accouchement n’est pas source de souffrance. Il est vecteur de douleur, qui devient elle-même vecteur de souffrance lorsqu’elle n’est pas correctement prise en charge et que la femme n’est ni suffisamment préparée ni parfaitement informée.

Un accouchement n’est pas comme un accident grave de la circulation qui surgit sans prévenir, où la souffrance est subite, sans but et non délimitée dans le temps ; bien au contraire, la femme dispose de près de neuf mois pour recevoir une information concrète, globale et correcte de ce qui l’attend et de comment s’y préparer le plus sereinement possible (et ce, en ne comptant que la durée de la grossesse, l’éducation à l’enfantement pouvant être antérieure à la conception).  S’il est un point à décrier aujourd’hui par contre, ce sont bien les lacunes d’un trop grand nombre de cours de préparation à l’accouchement qui n’accomplissent pas leur office et ne préparent aucunement à la gestion de la douleur.

Ce manquement aux droits des patients de recevoir une information juste donne une vision déformée de la douleur de l’accouchement qui se transmet de femme en femme, de billet de blog en article de presse.

S’il ne faut pas remettre en cause l’utilité de la péridurale lorsque la femme ne gère plus la douleur et ressent le besoin d’une aide pour pouvoir conserver des forces pour l’expulsion – et plus encore pour le moment où elle accueillera contre elle son enfant -, on peut par contre s’interroger sur sa dimension exacte lorsqu’elle n’est que la conséquence d’une mauvaise prise en charge de la douleur.

Sur cet aspect là, nous pouvons rejoindre l’avis de Madame Corinne B. lorsqu’elle affirme que des femmes qui accouchent sans anesthésie souffrent. Il existe en effet des femmes qui souhaitent accoucher sans ce type d’aide et trouve la force malgré leur souffrance – et non plus seule douleur – de donner naissance ainsi parce qu’elles n’ont reçu aucune formation à la gestion de la douleur et/ou que le contexte ne leur permet pas d’appliquer les techniques apprises ; protocoles médicaux les obligeant à l’immobilité, à une position donnée, touchers vaginaux répétés, monitoring continu, pas de sage-femme disponible, ou même formée, au soutien, stress iatrogène, les raisons contraignantes sont multiples.

Pour reprendre la formule de l’auteur “accoucher […], ça fait mal”. Oui. Mais avoir mal ne signifie pas pour autant souffrir le martyr, et comme vu ci-dessus, les raisons à cette souffrance peuvent être multiples et la problématique est bien plus large que la question “péri / pas péri”. Il est utile aussi de rappeler qu’une anesthésie peut-être elle-même source d’inconfort, voire de douleur (perte totale de sensations, effet d’un seul côté, …) et être tout autant mal vécue.

Cette peur de la souffrance semble cristalliser toute la hantise de l’auteur d’une tendance émergente de “l’accouchement au naturel”, “pratique rétrograde” de son point de vue.

L’utilisation du mot “tendance” est particulièrement intéressant. Celui-ci peut être en effet perçu de deux façons distinctes. La première le rapprochera du mot “mode”. Tout comme la lubie de porter tel ou tel accessoire vestimentaire, la volonté actuelle de sortir du schéma préconçu de l’accouchement tout médicalisé est-elle vouée à être éphémère ? A n’être qu’un simple effet de groupe, un anti-conformisme consumériste périssable ? Il est vrai qu’on peut constater dans une certaine presse un engouement pour les accroches jouant sur la notion de “naturel”, sorte de greenwashing de la féminité 2014. Mais cette mouvance marketing est-elle l’exacte image de cette idée émergente ?

On peut plutôt penser qu’elle s’entend bien au contraire dans le sens plus profond d’aspiration, d’inclination. Il serait dès lors peut-être pertinent de placer les femmes faisant le choix, encore certes minoritaire, de l’accouchement “naturel” dans une plus haute considération au lieu du mépris malvenu qui leur est souvent opposé.

Cet intérêt pour une autre voie est peut-être tout simplement le signe d’un changement, d’une évolution, d’une révolution même dans leur conception de la féminité et du féminisme. Une évolution pas si neuve que ça au final même, le nombre d’accouchements à domicile par exemple étant longtemps resté stable (la tendance s’inversant du fait de l’arrêt de nombreuses praticiennes à cause des pressions). Aucune roue n’est réinventée, elle ne peut qu’être améliorée.

La modernité d’un choix se jauge t’elle à sa seule technicité ? On peut croire plutôt que le modernisme est d’apprendre ses leçons du passé et de tirer de chaque expérience le meilleur pour donner naissance à de nouvelles pratiques, dans la continuité plus que dans la rupture.

L’accouchement non médicalisé aujourd’hui est la somme de ces réflexions sur l’accouchement au fil des décennies, si ce n’est des siècles passés. Il est autant l’enfant de la science que de la nature. Débarrassé des normes sociétales qu’on voulait faire peser sur lui, tant religieuses que morales ou politiques, il ne cherche pas à remplacer l’actuel standard qu’est l’accouchement médicalisé dans sa quasi hégémonie. Il se pose en alternative, non pas en choix unique. Il se veut le choix particulier de chaque femme, résultat d’une histoire personnelle intime et ne répondant pas à des statistiques, ne rentrant pas dans des cases pré-étudiées. S’il y a volonté d’imposer une mode, elle est le fait d’une minorité qui chercherait à récupérer un “concept”. Pour chaque femme, au niveau individuel, il n’est question que de choix personnel, sans viser à révolutionner le monde par son seul accouchement.

L’erreur de perception provient peut-être de la possibilité qu’offre aujourd’hui internet aux gens de communiquer aisément avec des personnes aux sensibilités proches et donnant ainsi lieu à des échanges, des discussions.

Pour finir la contre-analyse du propos de l’auteur lorsqu’elle parle de culpabilité, on peut estimer qu’il est dommage que cette dynamique d’échanges soit ainsi perçue. Les femmes ayant opté et vécu un “accouchement naturel” ne revendiquent pas, pour la très grande majorité, de hauts faits de guerre. Elles réinventent simplement la communication entre femmes et brisent le tabou de notre société moderne occidentale qui voudrait enfermer les secrets de l’enfantement entre les murs des bureaux des médecins. Pourquoi sauter à la conclusion que rapporter une expérience différente aurait pour but inavoué de culpabiliser d’autres femmes ? Et pourquoi les femmes se sentiraient obligées de culpabiliser de leur choix ?

Il est au contraire sain aujourd’hui que les femmes se saisissent pleinement de leur corps, de leur grossesse, de leur accouchement.

Madame Corinne B. s’indigne : “Une chose est sûre, l’émission va cartonner. Les femmes ont toutes envie de savoir comment se passe un accouchement. Et les pervers aussi. L’expression « vidéo accouchement » fait partie du top des recherches sur Google”.

Au-delà de la question de voyeurisme de l’émission, programme qui au final se révèle être un détail peu important ici au vu du reste des questions soulevées, l’auteur reconnaît l’intérêt porté à cette question. Pourquoi brandir immédiatement la perversion qui reste très certainement marginale ? Les femmes sont à la recherche d’explications, preuve supplémentaire de l’ignorance dans laquelle nous restons cantonnées. Plus loin, elle qualifie la tendance “d’accouchement naturel” de “triste retour en arrière”. On peut objecter que bien au contraire, il s’agirait là d’une libération supplémentaire des femmes d’un diktat vieux de plusieurs décennies, dernier héritage du patriarcat judéo-chrétien voulant que l’accouchement serait un sujet avilissant, sale, sur lequel on ne devait pas communiquer, une question qui ne devrait pas être discutée publiquement.

Il est donc salutaire qu’aujourd’hui les femmes se sentent le droit de parler librement de ce dernier bastion de la féminité, qu’elles se sentent libres de briser les tabous, d’opposer d’autres expériences à la seule idée de “souffrance absolue”. Cette parole unique que l’on nous vend au travers de noms redondants dans les journaux n’est-il pas au contraire bien le reliquat de l’ancienne position qui voulait que l’enfantement devait se faire dans la douleur ?

Il était urgent que les femmes initient cet échange d’informations et de points de vue, et que les mères offrent une vision plus représentative de l’accouchement au travers de la multitude de leurs ressentis et expériences.

Nonobstant une fois de plus la pertinence de tels programmes télévisuels, ou même la question de la motivation des femmes à proposer la vidéo de leur accouchement, il est étonnant en 2014 de parer encore de telles images d’une aura négative alors qu’elles pourraient être considérées sous un angle purement informatif à destination des autres femmes. Il y a quelques jours, un autre scandale secouait le net avec la performance d’une artiste ayant posée nue sous le tableau L’origine du monde de Gustave Courbet. Le sexe “qui accouche” est-il encore à ce point mystifié qu’on ne peut le montrer, du moins entre femmes ? Est-ce là l’exemple de la femme libérée des carcans ?

L’auteur opère un raccourci dangereux à relever : “Pour être une bonne mère aujourd’hui, il faudrait aussi avoir accouché dans la douleur quand on écoute les médias, les sages-femmes. Sans compter les dizaines de bouquins qui plébiscitent cette pratique”. Cette classification des femmes en tant que bonnes ou mauvaises mères est à déplorer et signe encore d’une compétition malvenue qu’on cherche à créer entre elles lorsqu’il est question de choix personnels et intimes. On peut noter que dans la phrase suivante, l’auteur elle-même plébiscite le dernier ouvrage d’Odile Buisson alors qu’elle semble dénier le droit de se référer aux “dizaines de bouquins” informant des alternatives à l’accouchement en structure…

Il est étonnant et en même temps très révélateur que l’auteur ne développe sa vision de l’accouchement quasiment que sur les seuls axes de la souffrance et de l’anesthésie.

La péridurale n’est pas le symbole de la dure lutte des femmes dans l’obtention de leurs droits ou de l’héritage des générations passées. Le réel symbole pour beaucoup de femmes, certainement en effet de plus en plus nombreuses, ne s’injecte pas via un cathéter. Il est intangible mais ô combien plus important au jour le jour : le droit de choisir, sans pression, ni d’un extrême ni de l’autre dans une réelle application d’un principe cher à notre pays, la liberté individuelle.

Arrêtons de faire peser sur les épaules des femmes le combat de celles les ayant précédées comme si c’était un fardeau intouchable à vénérer. Accordons leur au contraire le droit d’inventer de nouvelles convictions, qui, contrairement à ce qu’on veut faire penser, peuvent s’inscrire parfaitement dans l’idée de libérer toujours plus la femme. Lorsqu’il est question de DROIT AU CHOIX, on ne peut absolument pas parler de retour en arrière.

Arrêtons de ne voir dans les approches alternatives à l’accouchement en structure qu’une simple réaction à l’hypermédicalisation. Si celle-ci fait probablement partie des premières causes à cette nouvelle évolution, il serait réducteur de la poser en seul moteur. Reconnaissons aux femmes la victoire ultime : celle d’être des êtres dotés d’une réflexion propre, ne suivant pas aveuglément tel ou tel diktat, telle ou telle voix que la société accepte de voir prédominer. C’est là notre réel héritage de filles de nos mères, grands-mères, arrières-grands-mères : nous ne sommes pas des brebis égarées tremblant d’incertitudes à la recherche d’un berger clairvoyant. Les femmes sont plurielles et ne sauraient être réduites à un seul schéma. C’est, à mes yeux, là l’outrage rétrograde qui leur est fait et une insulte pour nos aïeules. Je suis intimement persuadée qu’une grande majorité serait fière de voir leurs descendantes dire clairement : “Personne ne me passera la muselière, personne ne me dictera mes choix ! Je suis libre, ma vie et mon corps m’appartiennent !”. Ni dieu, ni maître. Ni déesse, ni maîtresse.

L’accouchement à domicile: une pratique dangereuse ?

Il est regrettable que dans cette volonté de détruire le droit au choix l’auteur n’ait pas fait preuve de plus de rigueur d’investigation en abordant la question de l’accouchement à domicile, expédié en un passage lapidaire : “Rappelons que les accouchements à domicile comportentplus de risques pour la maman et le bébé : mort fœtale in utero, hémorragie…Et encore, ces femmes qui mettent au monde leur enfant chez elles sont souvent accompagnées par leur sage-femme le jour J.”  avec un renvoi à un article lui-même laconique du magazine Parents.

Cet article ne fait lui-même preuve que de peu de rigueur journalistique. Il porte sur l’étude  « Apgar score of 0 to 5 minutes and neonatal seizures or serious neurologic dysfunction in relation to birth setting », Amos Grünebaum, Franck Chernevak et coll., publié dans l’American Journal of Obstetrics and Gynecology (AJOG) en 2013 (1). Contrairement aux approximations de Parents, elle porte sur l’analyse de 17 millions de naissance, dont près de 14 retenues finalement, sur la période allant de 2007 à 2010.

Si Parents rapporte cette fois ci correctement leurs conclusions, à savoir un risque multiplié par 10 de mort foetale et par 4 des problèmes néonataux, il faut savoir que celles-ci ont été remises en question à cause de la méthodologie adoptée.

Plusieurs critères méthodologiques souffrent en effet de critiques : l’étude se base uniquement sur les certificats de naissance, dont la fiabilité n’est pas assurée ; plus important encore, on peut noter qu’aucune distinction n’est opérée entre accouchement hors structure planifié et accouchement inopiné et que le suivi durant la grossesse, l’évaluation du risque de chaque cas par un personnel qualifié n’est pas intégré dans les critères, alors même que les auteurs définissent l’accouchement à domicile comme issue d’une grossesse à bas risque. Il est pertinent de souligner aussi qu’aux États-Unis, il existe plusieurs niveaux de qualification des sages-femmes en exercice, certaines certifiées (“certified nurse-midwives”) d’autres n’ayant aucune qualification. Ces différences ne sont pas actées dans l’étude suscitée.

On peut aussi relever que si en effet les risques sont multipliés dans le cadre d’un accouchement à domicile, tous types confondus, ils sont toujours classifiés en “risques relatifs”.

Il est toujours délicat de se référer à des études portant sur un système de santé totalement différent, dans la qualification du personnel, le système de remboursement des soins, le parcours de soin, etc.

Cependant, on peut plus volontiers se baser sur la somme des conclusions d’un nombre plus étendu d’études. On retiendra ainsi qu’elles sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses à conclure que l’accouchement à domicile programmé ne présente pas plus de risques qu’un accouchement en structure, sous conditions de suivi optimal et de qualification professionnelle suffisante de ses praticiennes ; certaines concluent même en faveur de l’accouchement à domicile sur certains points (moins de gestes médicaux superflus, récupération plus rapide, …).

On citera en premier lieu des études favorables pour l’accouchement à domicile programmé la meta analyse “Planned hospital birth versus planned home birth “, Ohlsen O, Clausen JA.. The Cohrane review. The Cochrane Library 2012, Issue 9 (2).

“La Collaboration Cochrane est une organisation à but non lucratif indépendante qui regroupe plus de 28 000 volontaires dans plus de 100 pays1. Cette collaboration s’est formée à la suite d’un besoin d’organiser de manière systématique les informations concernant la recherche médicale. De telles informations consistent en des preuves scientifiques pour la prise de décision médicale, fondées sur des essais cliniques bien menés. Les preuves scientifiques sont nécessaires pour prendre des décisions de soin efficaces et pour mettre en lumière les domaines où les données sont insuffisantes et où plus de recherches sont nécessaires2. La collaboration a pour but de regrouper des données scientifiquement validées de manière accessible et résumée. Elle conduit des revues systématiques (méta-analyses) d’essais randomisés contrôlés d’interventions en santé3,4. Ces travaux sont publiés dans la bibliothèque Cochrane (enanglais : Cochrane library). La collaboration a gagné des relations officielles avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en janvier 2011 en tant qu’organisation non gouvernementale. Elle a un siège à l’organisation mondiale de la santé pour apporter des contributions à l’organisation mondiale de la santé” (3) (4).

La conclusion des auteurs de cette étude : “Il n’existe pas de preuves solides issues d’essais randomisés en faveur de l’accouchement planifié à l’hôpital ou de l’accouchement planifié à domicile pour les femmes enceintes à faible risque. Cependant, les essais démontrent que les femmes habitant dans des zones où elles ne sont pas bien informées à propos de l’accouchement à domicile peuvent apprécier des essais bien conçus au plan éthique qui garantiraient un choix éclairé. Du fait que la qualité des preuves en faveur de l’accouchement à domicile issues d’études observationnelles semble en constante augmentation, il pourrait être tout aussi important de préparer une revue systématique régulièrement mise à jour, notamment des études observationnelles, ainsi que décrit dans le Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions que de tenter de mettre en place de nouveaux essais contrôlés randomisés.”

Je renvoie Madame Corinne B., ainsi que toute personne souhaitant s’informer réellement, à la dernière partie de notre dossier de presse actualisé (5), présentant succinctement les principales études publiées à ce jour sur l’accouchement à domicile.

On peut aussi porter à la connaissance des lecteurs de ce billet que les dernières recommandations du très sérieux National Institute for Health and Care Excellence britannique (NICE) poussent à favoriser l’accouchement à domicile, tout particulièrement pour les puînés (6). En date de mai dernier, ces recommandations, soutenues par le Royal College of Midwives (RCM), si elles étaient suivies pourraient révolutionner le schéma global périnatanal en Grande-Bretagne. Le Royal College of Obstetricians and Gynecologists (RCOG) ne s’est pas opposé aux arguments du NICE et s’est dit ouvert à l’idée d’un accès simplifié à l’accouchement à domicile pour les femmes vivant une grossesse à bas risques et correctement suivies, signalant simplement la nécessité de parfaire le parcours de soin pour optimiser les garanties de sécurité dans le cadre des transferts vers une structure médicalisée.

La démarche consistant à juger de la sécurité de l’accouchement à domicile au travers d’une seule étude américaine sujette à caution est donc à rejeter.

On peut par contre remercier Madame Corinne B. d’avoir très justement mis en valeur le rôle important de la sage-femme aux côtés des femmes (même si plus loin, elle semble les accuser de promouvoir la douleur dans l’enfantement).

C’est pour cette reconnaissance que le Collectif a été créé et oeuvre aujourd’hui. Au vu du court billet de l’auteur, il apparaît de manière encore plus flagrante la nécessité pour toutes les associations périnatales de travailler à la diffusion d’une juste diffusion et d’offrir un biais de communication aux personnes soucieuses de présenter l’accouchement respecté comme un droit à asseoir et défendre.

Paule BOUFFERET

 

(1) : « Apgar score of 0 to 5 minutes and neonatal seizures or serious neurologic dysfunction in relation to birth setting », Amos Grünebaum, Franck Chernevak et coll., publié dans l’American Journal of Obstetrics and Gynecology (AJOG) en 2013 : http://cfpcwp.com/MCDG/wp-content/uploads/2013/02/Grunbaume-home-birth.pdf

(2) : “Planned hospital birth versus planned home birth “, Ohlsen O, Clausen JA.. The Cohrane review. The Cochrane Library 2012, Issue 9  : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/14651858.CD000352.pub2/abstract

(3) : Présentation de la Collaboration Cochrane : http://fr.wikipedia.org/wiki/Collaboration_Cochrane

(4) : Collaboration Cochrane :  http://www.cochrane.org/ et http://www.cochrane.fr/

(5) : dossier de presse, CDAAD, 05/14 : https://choisirsonaccouchement.wordpress.com/2014/05/21/communique-de-presse-et-dossier-de-presse-pour-les-animations-du-24-mai-2014/

(6) : “Intrapartum care : care of healthy women and their babies during the childbirth”, NICE, 05/14 :  http://www.nice.org.uk/nicemedia/live/13511/67644/67644.pdf

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