Invisibles !

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C’est le qualificatif qu’on pourrait attribuer aux familles ayant fait le choix de l’accouchement à domicile. Nous n’apparaissons nulle part, nous sommes transparents. Nous ne sommes pas comptabilisés.
Il n’y a qu’un pas à franchir avant d’en conclure que nous ne comptons pas ?

Courant Octobre, le Ministère de la Santé a publié les résultats de la dernière enquête périnatale 2016. Malheureusement aucune donnée de celle-ci ne porte sur l’accouchement à domicile ; ce qui ne constitue pas une surprise puisque l’enquête ne s’attache exclusivement qu’aux résultats des établissements de santé.
Les accouchements à domicile passent au travers de tous les scopes : statistiques de l’État Civil, enquêtes qualitatives, études sur la naissance en France, groupes de travail des autorités de santé, …
Depuis des années, sous la pression, les sages-femmes pratiquant les AAD ne sont pas encouragées à participer à ces recueils de données. Et on ne peut que les comprendre ! Plus généralement, le domaine de la recherche commence tout juste à s’ouvrir à cette profession, avec difficultés.

Pour autant, la situation qui découle de cette absence de prise en compte est un lit bien confortable pour les détracteurs de ce choix alternatif à l’accouchement en structure. Sans chiffres officiels sur lesquels s’appuyer, ou qui pourraient leur être opposés plus vraisemblablement, il leur est facile d’extrapoler et d’agiter le chiffon rouge de la sécurité en argumentant sur des ressentis plus ou moins… tirés de l’expérience “personnelle” des commentateurs ou en se basant sur des données globales non nécessairement applicables en l’espèce à l’AAD.
Dès lors, chacun peut manipuler à sa guise les résultats et imputer les risques, lorsque cela sert le discours, à la pratique AAD.

On peut prendre en exemple les résultats des accouchements non hospitaliers de l’État Civil… mais qui ne font pas la distinction entre AAD (donc dans le cadre d’un suivi de grossesse ET sous la supervision d’une professionnelle de la santé), accouchements à la maison non assistés volontairement et accouchements dits inopinés, “sur la voie publique”.
Ces naissances prématurées, imprévues, rapides, très rapides, à la maison après avoir été renvoyés de la maternité parce que trop d’accouchements en cours (un autre article sur le sujet), mais également sur la voie publique, coincés dans les embouteillages, …

Ces naissances dont les journaux font régulièrement état – les six exemples cités, non nécessairement exhaustifs, se sont déroulés au cours des six dernières semaines – et pour lesquels on félicite vivement les équipes de secours, les conjoints, les amis ou voisins voire les enfants présents pour leur courage, leur présence d’esprit ou leur calme (parfois, on pense à citer la maman…).
Des histoires souvent heureuses – parce que la naissance n’est, de manière définitive, pas obligatoirement un scénario-catastrophe tout simplement…, – mais parfois aussi compliquées, en particulier dans le cas de grande prématurité ou de grossesse pathologique.

Une situation qui ne laisse d’ailleurs pas les pouvoirs publics totalement indifférents puisqu’on assiste à la création d’unités de secours spécifiques composées de et/ou formées par des sages-femmes (comme dans le Lot). Une reconnaissance de la préciosité de l’expertise des sages-femmes en la matière…
Il est dommage que cette reconnaissance ne soit pas étendue aux sages-femmes AAD, en particulier dans le cadre des transferts où elles se retrouvent trop souvent exclues de la continuité de la prise en charge… et ce alors que l’accouchement hors structure est LEUR spécialité.

Devraient-elles rejoindre les rangs des pompiers pour bénéficier de la même considération ?

Pour revenir à l’inexactitude des chiffres du fait de l’absence de données officielles sur l’accouchement à domicile, l’autre raccourci régulièrement pris pour argumenter sur ses prétendus risques est de citer les résultats globaux de la périnatalité, comme ceux concernant l’hémorragie du post-partum. Or, il est désormais acquis que les actes posés en structure hospitalière , actes qu’on ne retrouve pas en AAD, viennent influencer ces statistiques.
Dès lors, comment utiliser des données reflétant exclusivement les résultats hospitaliers ?
Nous ne pouvons que conseiller, encore et encore, de se référer au travail du Ciane sur les risques réels liés à l’AAD en l’absence d’autres études françaises solides.

Enfin, la méthode consistant à citer les études internationales mettant en avant des risques trois à dix fois supérieurs à l’accouchement hospitalier, est tout particulièrement étonnante (d’autant plus quand lesdites études sont  essentiellement au nombre de deux, publiées aux États-Unis en 2010 et 2014).
En citant les conclusions des auteurs, les détracteurs français de l’AAD semblent en effet alors reconnaître la pertinence de faire appel à la qualité des évaluations à l’étranger de l’AAD.

Comment se fait-il, pourtant, que lorsque les partisans de l’accouchement à domicile citent les nombreuses, très nombreuses, de plus en plus nombreuses, études attestant de la sécurité de l’accouchement à domicile (et insistant en seconde intention sur l’importance de laisser les femmes choisir leur lieu d’accouchement), on leur renie le droit de s’appuyer sur cette bibliographie scientifique ?
Et ce, sous le prétexte qu’on ne pourrait soudainement plus transposer les résultats provenant de systèmes de santé différemment construits ou bien encore de pays à la “topologie géographique” trop différente de notre belle contrée toute en vallées et montagnes (le Canada étant, il est vrai, réputé pour ses paysages uniformes, son territoire restreint et son climat tempéré…).

Ou bien encore sous le prétexte que l’AAD ne saurait être éligible à la méthodologie d’étude par excellence, la randomisation, et que les études observationnelles ne sauraient suffire (quelle femme accepterait que lui soit attribué au hasard son lieu d’accouchement !).
N’est-ce pas simplement le constat qu’une seule méthodologie ne saurait être la seule approche possible pour tous les sujets d’étude ?

(à noter que les études, observationnelles donc, concluant favorablement sur la sécurité globale de ce choix sont largement supérieures en nombre à celles ayant identifié des risques supérieurs à l’accouchement en structure.
À savoir également,  les études concluant sur les risques de l’AAD ont été depuis remises en question du fait des biais d’analyse, telles que la non-homogénéité des données de l’État Civil recueillies ou encore la non-distinction entre les différentes qualifications des accompagnantes à la naissance, dont certaines n’ont ni le niveau de formation initiale ni les compétences des sages-femmes françaises)

Où on voit que la logique de se référer aux études internationales pour critiquer l’AAD est tronquée et orientée : bien que citant les études réputées à charge contre l’accouchement à domicile, les détracteurs français oublient de préciser que, sans promouvoir ce choix, pour autant, l’American Congress of Obstetricians and Gynaecologists (ACOG) a publié au mois d’avril un “committee opinion” faisant évoluer leur positionnement en reconnaissant aux femmes le droit d’être décisionnaires de leur lieu d’accouchement.
Ils reconnaissent aussi certains bénéfices constatés de l’AAD et ils informent de la nécessité de délivrer aux femmes une information complète sur les résultats de l’AAD aux États-Unis et des conditions à prendre en compte pour sécuriser ce choix (suivi par une sage-femme diplômée, profil de grossesse à bas risque correctement évalué, transfert rapide possible vers un établissement de santé, …).
Ce communiqué fut rédigé en collaboration avec l’un des auteurs des études pré-citées, J.R. Wax.

Deux poids, deux mesures donc en ce qui concerne le droit de manier certaines sources selon le placement qu’on prend vis à vis de l’AAD.
Des conditions de débat qui ne sont pas acceptables.

Ces procédés manquent de transparence et contreviennent au principe d’information éclairée qui doit être la base de toute communication dans le domaine de la périnatalité.

Si la question de la sécurité des patientes est essentielle et ne peut être traitée avec légèreté, bien au contraire, on ne peut s’en emparer qu’avec méthodologie et objectivité. Les femmes méritent de baser leur choix sur des données validées et accessibles et non pas sur des positionnements personnels biaisés.
L’organisation de l’offre de soins ne peut pas non plus s’envisager en excluant purement et simplement ce qui fait office d’épine dans le pied à certains ou qui fait peur à d’autres, par méconnaissance du sujet.

Nous réitérons notre positionnement : si l’accouchement à domicile devait disparaître dans les années à venir par manque de volonté politique et/ou sous la pression, pour autant, les naissances à la maison continueront.
La différence sera qu’elles se feront sans la présence d’une professionnelle de santé.

La seule approche acceptable, digne d’une démarche scientifique cadrée, la seule qui pourra nous éloigner de la tentation de céder à l’angélisme ou à la diabolisation consistera donc à faire émerger ces données françaises afin que la réelle sécurité intrinsèque de l’accouchement à domicile soit évaluée et que soient mises en œuvre des évolutions de pratique ou d’organisation des soins si nécessaire.

Et ce aussi afin, d’un point de vue humain, que nous ne soyons plus invisibles. Que sur les 800.000 naissances annuelles, nous ne soyons que 2000, 3000, 4000 familles par an à accueillir nos enfants par choix sous la supervision d’une professionnelle de santé dans nos foyers, cela ne justifie pas que nous soyons considérés comme quantité négligeable.
Si le ratio rapporté reste faible, le nombre d’individus concernés ne l’est pas et ne le sera jamais.
Nous devons donc trouver les moyens nécessaires à la prise en compte de l’existence, de l’expérience et du savoir tant des femmes que des sages-femmes, et ce, dans une approche globale qui ne pourra être bénéfique qu’à tous les acteurs de la périnatalité.

Petit calcul amusant pour illustrer : si le nombre d’AAD est stable dans le temps et concerne, disons, 3000 naissances par an, depuis 10 ans, les bébés “made in home” sont aussi nombreux que les habitants des villes d’Agen, Biarritz, Orange ou Périgueux ! Et ça, sans compter leurs parents… et encore moins les fratries !

Accepterait-on qu’on dise aux Agenais qu’ils comptent pour des prunes ?

À méditer…

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L’accouchement physiologique expliqué aux enfants

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On vous avait annoncé une surprise, la voilà !

Le CDAAD a le plaisir de devenir le distributeur en France du livre de Gayelle,  » Comment naissent (aussi) les bébés »

Une partie du prix de vente permettra de soutenir les activités associatives du CDAAD.

Pour commander, c’est par là !

 

On vous prépare une surprise avec Gayelle, auteur illustratrice de « Comment naissent (aussi) les bébés »

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Fin avril , nous avions découvert sur Facebook  l’artiste illustratrice Gayelle et son libre « Comment naissent (aussi) les bébés »   qui a été un vrai succès puisque le crowdfunding sur la plate-forme Ulule  a fini à 235% de l’objectif.

Aujourd’hui, nous vous préparons une petite surprise avec elle.  Affaire à suivre….

 

En attendant,  vous pouvez soutenir son nouveau projet : https://fr.ulule.com/et-moi-aussi-alors/ banniere_ulule.J78qGcvhhJOX

 

 

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Gayelle, alors enceinte, profitait de cet espace pour faire découvrir son projet, un livre pour parler avec ses enfants de la naissance à la maison et de l’arrivée prochaine de son bébé. En peu de temps, sa page a rapidement compté plusieurs centaines de followers lui faisant part de leur enthousiasme et de leur soutien.
C’est ainsi, quelques jours plus tard, que Gayelle a décidé de se lancer et de donner une nouvelle dimension à ce projet jusqu’alors intimiste en ouvrant un crowdfunding pour permettre à son livre d’être édité. Finalement, ce sont plein de fratries qui pourront découvrir en images l’aventure familiale de la naissance respectée !

Au CDAAD, on a eu envie d’en savoir un peu plus et de vous faire découvrir Gayelle que nous avons donc interviewée.

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Au départ, ce livre était uniquement destiné à tes enfants ? Qu’est-ce qui t’a poussée à prendre tes crayons pour leur dessiner cette histoire ?

« À vrai dire… Je ne le sais pas moi-même ! Avec le recul, j’aime penser que c’est mon petit bébé qui grandit en moi qui m’a soufflé cette idée… Ma sage-femme, Alinoë, dit que ce sera un grand artiste ! Il y a aussi probablement l’instruction en famille toute récente qui a du débloquer quelque chose en moi. En effet, nous avons récemment déscolarisé Arthur, mon “grand”. Chaque matin, je lui propose des petites activités, des bricolages, sur un thème choisi. L’instruction en famille et la volonté de lui proposer des chouettes activités m’a redonné un élan de créativité. Le fait d’avoir coupé les ponts avec des personnes qui n’ont jamais cru en mes capacités artistiques (entre autres) m’a inconsciemment donné des ailes également… Si on ne s’affranchit pas des personnes qui nous tirent vers le bas, nous ne pouvons pas avancer.

Je ne suis pas encore habituée à la dénomination d’artiste illustratrice. En effet, “Comment naissent (aussi) les bébés” est mon tout premier projet ! J’ai toujours pensé que je n’avais pas les épaules pour ce métier. »

 

Tu es actuellement enceinte et tu prépares à donner naissance à ton bébé à la maison. C’est ton premier accouchement à domicile ?

« Non c’est mon deuxième aad. J’avance vers cet accouchement confiante et convaincue que je fais le bon choix pour ma famille et moi. En plus, ma fée est vraiment une femme fantastique. Je n’ai pas pu faire appel à Maud qui m’a assistée pour mon premier aad car elle est en voyage, mais j’ai été chaleureusement confiée à Alinoë. Sa présence nous confère, à mon amoureux, mes enfants et moi, une confiance et un bien-être indescriptible.
J’étais déjà attirée par l’accouchement à domicile lors de ma première grossesse, mais mes “proches” m’en ont dissuadée. J’ai alors opté pour un suivi avec une sage-femme en plateau technique. Malheureusement, l’accouchement ne s’est pas du tout passé comme prévu : blocage du travail lorsque je suis arrivée à l’hôpital à 7cm de dilatation, péridurale dysfonctionnelle, poussée de 2h30, ventouses, déchirure quasi complète, hémorragie… Si la plupart des gens en ont déduit que j’avais été folle d’avoir pensé à l’aad vu le déroulement de mon accouchement, moi, au fond, je savais que c’était PARCE QUE j’avais été à l’hopital que tout avait capoté.
Et j’étais convaincue d’une chose : mon deuxième enfant naîtrait à la maison…
C’est ce qui s’est passé 18 mois plus tard ! J’ai donné naissance à ma fille Olivia, dans mon salon, un accouchement incroyable, avec une “poussée qui fait du bien”, et j’en suis sortie grandie et heureuse d’avoir fait confiance à mes instincts. J’ai donné naissance “toute seule” et c’est gratifiant !
Petite anecdote : Florence, la “sage-femme d’Arthur”, a accepté d’assister Maud à mon deuxième accouchement. C’était son premier aad, et avec Maud, elles ont été merveilleuses… Sa présence a “bouclé la boucle” de ce premier accouchement difficile. »

Comme tu le sais, en France il reste aujourd’hui difficile d’avoir un projet d’accouchement à domicile. Toi qui vis dans un pays voisin, comment ça se passe en Belgique ? Est-ce que c’est un choix que l’on peut faire facilement ?

« C’est un choix qu’on peut faire facilement… en théorie.
Les gens sont encore très frileux à l’évocation de l’accouchement à domicile. Généralement, ils ne savent pas comment ça se déroule, pensent que c’est dangereux voir inconscient. J’essaie d’y répondre toujours avec bienveillance, je garde à l’esprit que ces phrases (parfois très agressives) ne sont que le reflet de leurs propres peurs et de l’inconnu.
J’ai souvent eu affaire aussi à des femmes qui trouvent que c’est génial, mais qui avouent qu’elles n’oseraient pas. Quand je creuse pour savoir de quoi elles ont peur, elles me répondent qu’elles ne le savent pas elles-mêmes. J’en conclus qu’il y a un gros travail à faire encore pour déconstruire les idées reçues sur l’accouchement, parce qu’on est toutes capables !

Concernant le choix du suivi en lui-même, il est relativement facile de trouver une sage-femme qui pratique les accouchements à domicile en Belgique, pour peu qu’on s’y prenne à temps. Les sages-femmes qui pratiquent l’aad restent cependant peu nombreuses.
Aussi, j’évite de parler de mes projets d’aad aux gynécologues que je rencontre pour mes échographies. Par deux fois, j’ai été sommée de réfléchir à une autre alternative. Une gynécologue a même menti sur le poids théorique de ma fille lors de l’échographie des 32sa. “Madame, je vous déconseille formellement un aad. C’est très dangereux quand on attend un bébé de ce gabarit. Elle dépassera probablement les 4kg !” Ce à quoi je lui ai répondu que plus elle était lourde, plus vite elle descendra !
En réalité, elle m’avait quand même mis un petit doute quant au bien fondé de mon projet. Fort heureusement, je suis restée confiante et je ne me suis pas laissée atteindre par ses “avertissements” (Et pour la petite histoire, ma fille est finalement née à 41+3 avec un “énorme” poids de 3kg420…).

En fait, la Belgique se trouve entre deux pays où l’aad est vu d’une façon diamétralement opposée : Les Pays-Bas, où une femme sur cinq donne naissance à son enfant chez elle, et où ce genre de projet est “banal”, et la France, où le corps médical, parfois les sage-femmes elles-mêmes, considèrent cette option comme un retour au Moyen-Age et une mise en danger de la maman et du bébé.
J’ai la sensation que la Belgique oscille entre ces deux visions.

La situation française m’interpelle et me gêne beaucoup bien entendu. J’espère voir très vite une modification, notamment concernant cette assurance, afin que les femmes puissent disposer de leur corps et choisir l’endroit où elles désirent mettre leurs enfants au monde, en toute sécurité pour tous ! »

Revenons à ton projet ! Lorsque tu as posté ton premier statut sur ta page Facebook, tu n’étais pas encore certaine de lancer le projet de financement participatif. Quelques jours après, tu le mettais en ligne et en à peine 48h, l’objectif était atteint ! Dix jours plus tard, tu frôles les 150%. Tu sembles toujours étonnée de l’engouement autour de ton livre, tu ne t’attendais pas à cela ?

« Absolument pas ! En fait, j’ai toujours douté de mes capacités à créer. Je sais bien que j’ai des dispositions artistiques, mais de là à créer toute une histoire, voire même me professionnaliser ? Non… J’admire des gens qui ont un talent incroyable, et j’ai toujours tendance à me comparer à eux.
Mais … je COMMENCE à comprendre et accepter que je fais “mon truc” et ils font le leur. Que j’ai mon style, et que la seule façon de s’améliorer, c’est … en pratiquant quotidiennement. Pas de soucis de ce côté là ! J’ai dû demander à l’équipe d’Ulule de bloquer un des packs que j’avais imaginé : un livre + un dessin personnalisé. J’en ai eu très vite une quarantaine, je ne m’attendais pas du tout à autant de succès, de demandes.
Je ne sais pas si les gens qui me soutiennent se rendent compte de tout ce que ça représente pour moi. Ils n’ont pas seulement permis au livre de se faire éditer, ils m’ont permis de devenir ce que j’ai toujours rêvé d’être : illustratrice.
Tout s’est passé tellement vite, j’ai parfois encore du mal à réaliser. Mais je n’y pense pas trop, je fonce, je travaille, et j’avance. Et je n’ai pas intérêt à être en retard ! La campagne prend fin le 30 mai, ensuite, j’imprime les livres, je les dédicace et je les envoie. Après ? Et bien j’accouche de mon troisième bébé qui arrivera fin juin ! Pas question de traîner donc 🙂 …

Aujourd’hui, des copines et des internautes me proposent spontanément d’écrire sur d’autres sujets qui sont trop rares dans les bibliothèques de nos petits, comme l’allaitement, l’instruction en famille, et d’une façon générale tout ce qui a trait à la bienveillance.
Des beaux sujets qui, pour ne rien gâcher à mon plaisir, me tiennent fort à coeur !
Mais avant de penser à l’après, je vais me concentrer sur “Comment naissent (aussi) les bébés” et les contributeurs qui y ont participé. Je leur serai reconnaissante à jamais pour cette belle aventure, et je l’espère, un démarrage professionnel pour moi qui me correspond ENFIN ! »

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Nous remercions Gayelle de nous avoir accordé du temps pour répondre à nos questions ainsi que pour sa grande gentillesse et l’autorisation d’utilisation de ses illustrations pour l’article.

 

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Entretien avec Hélène Sautriau, sage-femme AAD à Digne

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Le documentaire Sages-Femmes (titre provisoire), dont nous vous avions parlé en fin d’année 2016, est actuellement en tournage. Pour patienter, nous vous proposons à la lecture notre entretien avec Hélène Sautriau qui y participe.

La diffusion de cette interview était initialement programmée pendant la campagne de crowdfunding du film. Nous n’avions pas été en mesure de le finaliser dans les temps et le gardions depuis de côté pour pour attiser à nouveau votre curiosité pour Sages-Femmes ;).

 

« Bonjour Hélène Sautriau. Pouvez-vous tout d’abord nous faire une présentation de votre parcours personnel en tant que sage-femme ?

Je suis sage-femme depuis vingt ans. J’ai fait ma formation à Grenoble à l’époque où le passage par médecine était devenu obligatoire. C’était donc un apprentissage très technique. Mon parcours et ma pratique ont changé ensuite avec les sages-femmes que j’ai rencontrées. En particulier l’une d’elles à Grenoble qui faisait des AAD : j’étais en désaccord avec ce qu’elle faisait, je me disais qu’elle était folle, mais c’était la seule à effectuer des suivis de grossesse et j’étais enceinte. J’avais donc eu recours à ses services. Petit à petit, j’ai « désappris » avec elle. C’est mon expérience de femme qui m’a permis de prendre du recul par rapport à l’enseignement que j’avais reçu. J’ai découvert que la femme a sa compétence en elle pour donner naissance.

J’ai donc évolué de plus en plus vers la physiologie, ce qui était facilité par mon travail en maternité de niveau 1, où l’on a une plus grande disponibilité.

J’ai travaillé à la maternité de Pertuis dans le Vaucluse, avec une équipe qui réfléchissait beaucoup sur la physiologie. Un jour, une femme m’a appelée pour une naissance à la maison, ma première. Elle m’a appris à observer, à écouter. J’avais encore mes peurs, j’étais mariée à un médecin urgentiste et j’avais trois enfants. Je manquais donc un peu de temps aussi. Et puis je m’y suis mise, mais je me pose la question de continuer tous les jours.

Qu’est-ce qui vous a motivée pour accepter de participer au film Sages-Femmes (titre provisoire) , qui est le motif originel de cet entretien ?

Je connaissais déjà Sandra, la réalisatrice du film. Je savais que ce serait bienveillant et qu’elle n’opposerait pas de façon rigide hôpital et domicile. Je voulais pouvoir montrer la richesse de mon travail, l’accompagnement des femmes qui permet de leur faire découvrir leur puissance, même en dehors de l’AAD proprement dit. Cela va beaucoup plus loin que l’aspect médical, il y a un côté très militant dans la démarche qui m’a conduite à accepter de figurer dans ce film. Parler de la puissance des femmes et de mon expérience de travail, c’est toujours gratifiant et c’est un plaisir de transmettre ce message aux parents et aux sages-femmes par le biais d’un film.

Avez-vous vu les demandes pour les accouchements à domicile augmenter depuis que vous en faites ?

Il y a toujours eu une demande dans ma région, les Alpes (Hélène habite à Digne, NDLR), mais ici elles ont rendues compliquées par la géographie, les montagnes, l’éloignement. C’est compliqué de suivre certaines mamans, du fait des routes, de la neige. Je sélectionne les femmes à la fois en fonction de la distance et de la possibilité d’un suivi physiologique. La motivation des parents est bien sûr essentielle, aussi. Je m’économise pour tenir la distance, pour continuer.

Il est important de rappeler qu’on peut aussi accoucher de manière physiologique à la maternité, ça se travaille en couple et avec l’équipe médicale.

Les attentes des parents ont-elles évolué depuis que vous pratiquez ce métier ?

Je ne sais pas si leurs attentes ont évolué ou si c’est moi qui les ai entendues. J’ai un savoir mais il ne sert à rien si je n’écoute pas les femmes, les parents. Nous, on est là avec nos compétences et on peut intervenir en cas de problème, si nécessaire. Comme dit Jacqueline Lavillonnière, il faut toujours se poser la question de la nécessité d’une intervention, avec la possibilité qu’il y a de perturber le processus physiologique de la naissance. Toute intervention peut perturber le déroulement d’une naissance, même une toute petite chose. Sinon, la naissance peut révéler chez les femmes une puissance qu’on n’imaginait pas.

Vous savez qu’il y a 150 maisons de naissance en Allemagne et qu’aux Pays-Bas près d’un quart des accouchements se font à domicile. Pourquoi tant de résistances opposées en France au souhait de plus en plus de femmes d’accoucher naturellement, alors qu’en Europe du Nord ça ne pose pas de problèmes ?

En France, les résistances sont liées à l’Histoire des sages-femmes et des médecins, je crois. Cela vient de là et du fait qu’on apprend donc surtout la pathologie, pas la physiologie. On a tellement peur de la mort qu’on pense que c’est la médicalisation du processus qui va résoudre tous les problèmes. Dans le Nord de l’Europe, il n’y a pas eu cette scission entre les sages-femmes et les médecins.

Les sages-femmes qui font des AAD disent que pour comprendre pourquoi c’est si difficile en France, c’est une question politique, une histoire de pouvoir médical. Si la femme découvre le pouvoir qu’elle a en elle pour accoucher, elle prendra le pouvoir sur la naissance, et ça ne plaît pas à certains praticiens.

Mais la demande des parents et l’expérience de certains soignants peuvent faire changer les pratiques des autres. C’est une histoire de capacité à évoluer dans le dialogue et le respect. On a toute la vie pour changer, tant qu’on n’est pas mort. »

Propos recueillis par PV, le 18 décembre 2016.

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